Ce roman graphique, nous embarque entre la France et le Japon. Nous suivons le parcours d’un jeune homme, Jules, originaire de Belfort et condamné à mort pour meurtre, alors même qu’il est innocent. En voulant échapper à l’échafaud, il se retrouve enrôlé dans l’armée française et dans de multiples guerres, à travers l’Europe et le monde, notamment au Mexique et au Japon. Son destin, est celui d’un jeune homme, mal compris, rejeté, et qui cherche sa voie, sa place dans la société des hommes.

Les auteurs nous proposent une histoire sans concession, brute, dure. Jules est confronté en permanence à la violence, celle des combats, évidemment, celle du regard des autres, celle des échecs amicaux, sentimentaux et amoureux. Malgré cela, s’incarne en lui, une farouche envie de liberté, d’aimer et d’être aimé. C’est ainsi que dans son parcours, il fréquente plusieurs femmes, dont celle qui va être la narratrice de cette histoire, une femme japonaise que Jules va rencontrer après de multiples déboires.

D’un point de vue historique

Nous sommes en plein régime napoléonien. Napoléon III, rêve de grandeur pour la France. C’est ainsi qu’il s’investit dans une intense activité diplomatique et qu’il engage son armée dans l’aventure mexicaine, qui se transforme rapidement en fiasco, et dans la guerre de l’Année du Dragon au Japon (1868-69), à la fin de la période Edo.

D’un point de vue graphique

Très clairement, le style du dessinateur peut paraître un tant soit peu rédhibitoire à la première lecture. Les couleurs sont extrêmement brutes, voire criardes, en utilisant beaucoup de couleurs primaires. Le dessinateur mélange de l’aquarelle et du crayonné. De la France, du Mexique ou du Japon, nous ne perdons pas la réalité de ces territoires et nous ne sommes clairement pas dans les attentes classiques autour du style qui pourrait définir le Japon. De même, les auteurs ne nous livrent pas d’aspects beaucoup plus sociétaux, religieux ou culturels sur les pays traversés. On n’a pas cette impression de dépaysement que l’on pourrait espérer ou imaginer sur une histoire qui se déroule essentiellement dans ce pays.

Cependant, on s’attache très rapidement à la fois au personnage principal et aux dessins. Le style graphique représente particulièrement bien le caractère de Jules, aux difficultés qu’il vit et à sa farouche volonté de devenir acteur de son propre destin, au mépris des conventions, des barrages et des difficultés rencontrées.

Au final, il reste une histoire très originale, un attachement sincère du lecteur au personnage principal et un dénouement qui propose à la fois du soulagement, de la mélancolie et de l’espoir.