Ambitions déçues, amour déchu, avidité…le teaser de cette intrigue tropicale fait froid dans le dos. Pourtant, sa lecture est captivante du début à la fin. Explications.

Avec cette adaptation de Quartier nègre, quatorzième roman dur du maître belge Georges Simenon (1903-1989) publié en 1935, puis adapté au théâtre en 1936, enfin à la télé en 1989, Bocquet le scénariste nous convie au naufrage de Joseph Dupuche, jeune ingénieur amiénois des années trente, frais marié et plein d’avenir.

Joseph doit partir travailler dans une mine en Equateur, avec son lot de promesses enivrantes. Mais très rapidement, rien ne fonctionne. A son arrivée avec sa femme à Panama, il apprend que sa société vient de faire faillite. Il se retrouve donc sans le sou et doit trouver à s’employer. Débute alors une lente et très touchante plongée dans la torpeur et les désillusions, à peine sauvée par la rencontre de Véronique.

Simenon a imaginé cette histoire qui met en scène le déracinement autant que la liberté juste après son tour du monde achevé en 1935. Le dessin est sobre, toujours dans des tonalités de couleurs légères. Il est surtout précis et très juste. Le scénario exploite une voix off acérée et désabusée qui creuse davantage l’abîme. La plume et l’intelligence de Simenon font royalement le reste, entre peinture des obscurités de l’âme humaine et galerie de portraits de Français exilés avides de tout, dans la touffeur panaméenne. On pourrait toutefois interroger le choix narratif de l’ellipse finale. Elle nous fait abruptement bondir de plusieurs années en deux pages, avant l’épilogue.

Cinquième bd adaptée des « romans durs », un terme choisi par l’écrivain pour dénommer ses romans dans lesquels le personnage de Maigret n’apparaît pas, ce Barrio negro est excellent. C’est un livre à lire, en une seule fois. Comme un bon film.

Présentation de l’éditeur : ICI

Le téléfilm : https://www.rts.ch/play/tv/telefilm/video/quartier-negre?urn=urn:rts:video:15289730