Paru aux Éditions Glénat, ce nouvel opus écrit par Rodolphe et dessiné par Griffo, est une libre adaptation du roman d’Honoré de Balzac, La peau de chagrin.

Une BD plutôt fidèle au roman

Nous sommes à Paris, dans les années 1830. Raphaël de Valentin, écrivain sans lecteur, noble sans argent (sa famille ayant tout perdu au fil des changements politiques), joueur invétéré, rêve de succès, de femmes et de gains faciles. Mais comment vivre dans la capitale sans le sou ?

Notre héros ne sait résister au chant des sirènes. Alors qu’il perçoit l’amour sincère de la fille de sa logeuse, Pauline Gaudin, il se détourne d’une liaison sans fortune. La rencontre avec Eugène Rastignac le pousse à prendre de mauvaises décisions, à multiplier les fréquentations douteuses comme celle de la belle comtesse Foedora qui l’éconduit. Alors que son éditeur doute de son talent, l’écrivain suit son ami dans l’illusion du jeu et perd tout ce qui lui restait. Au bord du suicide, il erre dans les rues et entre chez un antiquaire qui lui propose un objet magique et mystérieux. Une peau tendue dans un cadre exaucerait tous les vœux offrant l’amour, la richesse et le bonheur en échange d’un raccourcissement de son existence. A chaque souhait, la peau rétrécit ainsi que le temps de vie de son propriétaire.

Grisé par les plaisirs faciles et le pouvoir que lui apporte la peau, Raphaël voit sa vie s’accélérer dangereusement à mesure qu’il satisfait ses désirs. Au fil du récit, il doit affronter les conséquences de ses choix ne pouvant résister à son goût du faste. Chaque satisfaction fait rétrécir la peau et il doit s’employer à ne plus rien vouloir. Cependant, même ne rien vouloir devient un désir. Notre héros connaît une fin tragique consumé par ses propres désirs.

Deux protagonistes opposés

Si Rastignac est ici un personnage secondaire, on perçoit l’intérêt de comparer les deux protagonistes. Si tous deux aspirent à la réussite sociale, ils ne réagissent pas de la même façon au contact de la société parisienne. Raphaël se montre avide de satisfaire ses désirs et de réaliser ses rêves sans établir de plan ou de calcul. Rastignac incarne l’ambition, la combine et utilise ses relations pour réussir et faire fortune. Au passionné s’oppose l’opportuniste.

Si Rodolphe a imaginé un scénario brillant au service du texte de Balzac, le dessin de Griffo sublime le Paris du XIXe siècle. Le graphisme rend bien compte des tribulations du personnage central dont les malheurs se lisent dans les expressions du visage. La mise en couleur contribue aussi à dépeindre les états d’âme du héros.

Si on appelle « Chagrin » un cuir d’âne ou de chèvre utilisé en reliure, un spleen qui suinte le malheur, cet ouvrage du même nom, se parcourt avec beaucoup de plaisir. Il réunit un récit romanesque et une fable fantastique.