Du « coq rouge aux Gilets jaunes et aux cités qui flambent », une histoire, synthétique et dynamique, des révoltes populaires, en France, du XIIIème au XXIème siècleIl s’agit de la réédition d’un ouvrage paru en 2021 chez le même éditeur.

Aux origines d’une recherche

               Les lecteurs de la Cliothèque le savent, les événements contemporains amènent souvent les historiens à revenir sur le passé avec un œil neuf. Ici, c’est le surgissement du mouvement des Gilets jaunes qui semble avoir poussé Gérard Vindt à proposer une histoire des révoltes populaires en France sur la longue durée. Non que les révoltes aient été jusque-là ignorées des historiens. Et l’auteur de citer les travaux de Roland Mousnier, Boris Porchnev, Yves-Marie Bercé, Jean Nicolas et bien d‘autres encore. Mais G. Vindt en propose ici une synthèse vigoureuse, en une centaine de pages, qui s’étend sur de nombreux siècles.

Révoltes, vous avez dit révoltes ?

               Dans l’introduction, l’auteur définit ce qu’il entend par « révoltes », par « mouvements sociaux » et par « populaires » en s’appuyant sur les travaux d’historiens, Jean Nicolas, Michel Pigenet, Danielle Tartakowsky mais aussi de politistes, tel Erik Neveu, ou de sociologues comme Alain Touraine.  Après avoir justifié le cadre chronologique choisi (de la Grande Jacquerie de 1378 aux Gilets jaunes), il présente un bref aperçu historiographique de la question et annonce son plan, clair et efficace, qui permet de repérer ruptures et continuités dans ces mouvements protestataires.

Permanences et mutations dans les révoltes populaires

               L’auteur, tout d’abord, étudie « contre qui » se sont développées les révoltes au fil des siècles. Seigneurs, État moderne, employeurs, régimes politiques, les cibles ont évolué en huit cents ans. Et si les années 1968 voient se développer une « insubordination contre toutes les autorités », depuis 1981, c’est contre les inégalités, la précarité ou le racisme qu’elles s‘affirment dans l’Hexagone et Outre-mer (avec une dimension post-coloniale dans ces territoires).

Pourquoi se révolte-t-on ? Pour l’auteur, trois grandes causes sont perceptibles : le refus de l’injustice fiscale, la volonté de lutter contre l’insécurité alimentaire mais aussi contre l’insécurité sociale (peur du chômage, atteintes aux droits coutumiers…).

Dans une autre partie, la diversité des révoltés est analysée : habitants des campagnes ou des villes, groupe sociaux dominés (ouvriers) ou dont l’existence est mise en péril (travailleurs indépendants du mouvement Poujade). Mais il dresse aussi le portrait des révoltés qui s’affirment depuis quelques décennies, non sans susciter de vives craintes parmi les courants conservateurs : femmes, jeunes, habitants des quartiers populaires ou des territoires d’Outre-mer.

Le répertoire d’action des révoltés est ensuite présenté. Les lieux des révoltes, le rapport à la violence que celles-ci entretiennent mais aussi les moments de fête sont ainsi évoqués. La dernière partie est, elle, centrée sur la façon dont les révoltes et les révoltés sont perçus par la société.

D’hier à aujourd’hui

La conclusion revient sur l’inscription dans l’histoire des révoltes récentes qui ont secoué le pays. Les Gilets jaunes, les jeunes des quartiers populaires, les mouvements puissants en Nouvelle-Calédonie (Kanaky), en Guadeloupe ou en Martinique s’appuient sur des expériences passées, les interprètent et les réactualisent, en les transformant, à l’heure des réseaux sociaux. Reste que le « repli nationaliste et xénophobe » pèse sur ces révoltes et sur leur perception.

Une synthèse bienvenue, claire, tonique, accessible à des élèves du lycée et accompagnée d’une solide bibliographie et d’une chronologie au long cours. Au total, un ouvrage qui devrait trouver sa place dans nombre de CDI.