L’Amérique française est bien vivante au Québec, mais elle est moins connue en France. Cet ouvrage Encyclopédie des patrimoines de l’Amérique française, sous la direction de Laurier Turgeon, Yves Bergeron, Martin Fournier, tous trois historiens canadiens, devrait permettre à ses lecteurs de découvrir ou mieux connaître un riche patrimoine au Canada, aux États-Unis et en France.

Comme l’écrit Philippe Joutard dans sa préface, c’est un patrimoine vivant des différentes expressions de l’héritage de la Nouvelle-France : patrimoine bâti, langue et toponymie, littérature, chansons, gastronomie, sports. Quelques grands noms jalonnent cette histoire : ChamplainSamuel de Champlain – Aux origines de l ’Amérique française, Éric Thierry, Québec, Editions du Septentrion, 2024, Cartier, Louis de Buade de Frontenac, Louis Riel.

Laurier Turgeon retrace à grands traits l’histoire de l’Amérique française et la construction patrimoniale

[L’Encyclopédie a été mise en œuvre à partir de 2008 dans la cadre des 400 ans de la fondation de Québec

Les auteurs ont fait le choix d’une présentation géographique d’est et ouest, des provinces maritimes à la Colombie-britannique, avant d’aborder la France et les États-Unis.

La mémoire acadienne reste présente dans les provinces maritimes : son drapeau, Louisbourg et sa forteresse ou grâce aux traces d’une vieille technique qui permettaient de cultiver sous le niveau de la mer, les aboiteauxp. 27 à 31 et en ligne.

Le Québec

On ne sera pas étonnée de l’ampleur du Québec, représenté par 47 articles.

Les premiers contacts entre les Européens et l’Amérique sont rappelés brièvement : l’Île aux Basques sur le Saint-Laurent, devenue une réserve naturelle. Pour des personnages emblématiques de ces contacts, il faut se reporter à la version en ligne : Étienne Brûlé, Radisson

Le Patrimoine industriel du Québec est illustré par la pulperie de Chicoutimi, Les Forges de Saint-Maurice. Les auteurs ont choisi aussi de ne pas occulter la modernité par exemple avec le barrage hydroélectrique Daniel Johnsonp. 54-58, en ligne.

Plusieurs articles sont consacrés aux différents éléments patrimoniaux des villes de Québec et Montréalà noter un article sur l’exposition universelle en 1967, p.207-211, en ligne. Des événements historiques sont mis en valeur : la Grande paix de Montréal (1701-2001)p. 285-289, en ligne , la révolte des patriotes et la ceinture fléchée, le discours du général de Gaulle , « Vive le Québec libre ».

On quitte le Québec à Obadjiwan-Témiscaminguep. 290-294, en ligne qui rappelle la traite des fourrures et les relations entre les colons et les premiers peuplesInterprètes au pays du castor, Jean Delisle, Québec, Presses de l’Université Laval, 2019.

Plus à l’ouest au Canada

Viennent ensuite des sites qui rappellent que la Nouvelle-France s’étendait au XVIIIe siècle au-delà de l’actuelle province du Québec : Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons en Ontario, Mission de Notre-Dame des victoires en Alberta et plus à l’ouest : la cathédrale Saint-Boniface à Winipeg, le théâtre de la Troupe du jour et la toponymie de la rivière Chruchill au Saskatchewan.

Quelles traces en France métropolitaine ?

Les auteurs mettent en lumière Jeanne Mancep.391-395, en ligne, fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal, née à Langres où elle a une statue depuis 1968 ; Paul de Chomedey, premier gouverneur de Ville-Marie (Montréal), né en Champagne ; Marie Guyard, mère de l’incarnation, fondatrice du couvent des Ursulines et native de Tours, Louis Buade, comte de Frontenac.

Des villes n’oublient pas cette part de leur histoire : La Rochelle, Saint-Malo, d’où sont partis de nombreux colons. Des traces sont bien présentes à Versaillesp. 430-434, en ligne. L’exposition « 1725. Des alliés amérindiens à la cour de Louis XV » redonne vie à un épisode méconnu des relations entre les Amérindiens venus de la vallée du Mississippi et la cour du roi Louis XV. . Enfin, Vimy garde le souvenir du sacrifice des soldats canadiens pendant la Première Guerre mondiale.

Les États-Unis

Si les traces de la présence française sont souvent associées à la Louisiane, la présence des HuguenotsLes Huguenots en Amérique, un patrimoine paradoxal. Sur ce thème : Figures huguenotes dans les Amériques – de l’histoire à la mémoire,, Mickaël Augeron (dir.), Presses universitaires de Rennes, 2020 demeure dans la toponymie : rue Huguenot à New-Rochelle, dans l’État de New-York ou par quelques forts : fort Saint-Joseph au Michigan ou Fort de Chartres en Illinois. La trace des coureurs de bois des grandes plaines est méconnue : Contribution des Canadiens français à l’expédition de Lewis et Clarkp. 462-467. Ils sont cités dans Les aventuriers du Missouri – Sacagawe, Lewis et Clark à la découverte d’un nouveau monde, Daniel Royot, Vera Guenova, Vendémiaire, 2015 et Christian Clot, Philippe Thirault, Sandro leur ont consacré une BD, Lewis & Clark à la découverte de l’Ouest, parue chez Glénat en 2021. comme le rappelait Gilles Havard dans son ouvrage L’Amérique fantômeFlammarion, 2019.

 

Un ouvrage de grande qualité, à déguster par petites touches, une invitation au voyage. Les lecteurs français qui iront en Amérique y trouveront de nombreuses visites et sites à découvrir.

L’encyclopédie est consultable sur internet : https://www.ameriquefrancaise.org/