Paris allemand est le titre d’un ouvrage publié en 1981 chez Albin Michel par l’historien Henri Michel, ancien résistant et président du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, première synthèse sur l’histoire de Paris sous l’Occupation, à une époque ou l’historiographie de la Résistance était incomparablement moins avancée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Dominique Veillon sait que « tout ou presque a été dit sur l’occupation de la capitale, qu’elle soit administrative, politique, économique, policière et intellectuelle ». Par contre, elle entend étudier le « ressenti des habitants au jour le jour », « leurs rapports journaliers avec l’occupant » et les comportements de ces deniers à leur égard.  Son objectif est de nous faire appréhender les réactions des habitants de Paris confrontés à une occupation soudaine et brutale, et les perceptions des occupants face à une population qu’ils soumettent. Elle nous propose une histoire des comportements individuels et collectifs. Sa parfaite maîtrise de l’historiographie de ces quarante dernières années le lui permet.

Historienne de l’Occupation, de la Résistance et de la mode, directrice de recherche honoraire au CNRS, membre du Conseil national de la médaille de la Résistance française et du Conseil scientifique de la Fondation de la Résistance, Dominique Veillon  a longtemps travaillé au sein du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale puis de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP-CNRS). Elle est l’autrice de nombreux ouvrages sur l’Occupation et la Résistance en France : Vivre et survivre en France, 1939-1947 (Payot, 1995), La Mode sous l’Occupation (Payot, 2014), Jean Moulin, artiste, préfet, résistant, avec Christine Levisse-Touzé (Tallandier, 2023), 50 objets racontent la vie quotidienne sous l’Occupation (Eyrolles, 2025). Les éditions Tallandier publient aujourd’hui dans leur collection de poche « Texto », l’ouvrage de Dominique Veillon paru en 2021, Paris allemandEntre refus et soumission.

Un travail scientifique au service d’une histoire sensible, vivante et incarnée

L’originalité et la qualité de cette étude repose sur une exploitation rigoureuse de sources variées. La première, nouvelle et essentielle, est constituée par les registres des mains courantes de la Préfecture de police de Paris, « vivier sans égal pour suivre au plus près les réactions de l’opinion publique face à l’Occupant dans les différents quartiers de la capitale ». Elle est complétée par les rapports hebdomadaires des Renseignements généraux, et les notes des commissariats adressées au Directeur de la police judiciaire (Archives de la Préfecture de police), ainsi que par différents fonds d’archives consultés aux Archives nationales et à l’IHTP, et de nombreuses archives privées. La seconde source majeure de l’étude est constituée par les journaux et témoignages personnels, dont certains inédits, en provenance de la population occupée mais aussi de l’Occupant. On retrouve souvent au fil des pages, à l’appui des analyses, des voix avec lesquelles nous nous familiarisons. Ce sont parmi bien d’autres, celle de la lycéenne Michèle Blood, du journaliste écrivain Jean Guéhenno, de l’essayiste Jean Galtier-Boissière, de l’institutrice Berthe Auroy, des sœurs Benoîte et Flora Goult (savoureux « Journal à quatre mains » de deux jeunes intellectuelles bourgeoises), du journaliste juif Jacques Bielinsky, d’Hélène Berr. Et chez les Occupants, principalement le célèbre journal d’Ernst Jünger et celui de Gerhard Heller.

Bien sûr l’étude est nourrie de tous les ouvrages et études fondamentaux sur la guerre et l’Occupation cités en bibliographie et en notes. En effet le texte structuré en 17 chapitres est complété par 40 pages de notes, une bibliographie et un index des noms de personnes. Ainsi, à partir des archives parisiennes et des témoignages, l’autrice bâtit une histoire des comportements collectifs et individuels dans une capitale occupée et humiliée.

La « drôle de guerre », l’exode, le retour dans la ville occupée

 

Paris, capitale politique et géographique, s’avère être de fait « une cible double pour l’ennemi  ». Sa population doit se protéger, mais avec un fort souci du bon goût. Ainsi, l’organisation des refuges, « microcosmes de la vie sociale  », devient aussi un sujet d’exposition dans les grands magasins et jusqu’à la cave du Ritz qui « ressemble fort au dernier salon à la mode où les femmes du monde se montrent en exhibant le pyjama d’alerte dessiné par les meilleurs couturiers  ». La propagande bat son plein quand s’ébauche une première fracture entre les désirs de maintien d’une vie normale et luxueuse du côté de la population aisée. Alors que le monde des ouvriers et des employés subit de plein fouet les conséquences des premières restrictions drastiques, le troc et le marché noir font irruption : « tout le monde n’est pas perdant, la mafia parisienne s’organise et profite très tôt des difficultés des habitants  ». Notons que tout au long de l’ouvrage, Dominique Veillon parvient à montrer les différences sociales et géographiques au sein de la population parisienne.

L’offensive allemande du 10 mai 1940 est accueillie sans panique, jusqu’au « grand déferlement de réfugiés fuyant l’avance ennemie  » venu de Belgique et des départements du Nord. « Le choc est visuel  », puis sonore, avec les premiers bombardements allemands touchant la capitale. Dominique Veillon ne retient pas l’explication proposée par d’autres historiens et historiennes sur les motifs de l’exode, « plébiscite par les pieds  » contre l’envahisseur. Au contraire, elle l’explique par un strict sentiment d’insécurité. Et à son sujet, elle remarque une « hiérarchie de l’exode dont l’histoire diffère selon le milieu  ». D’une part, il y a les « bourgeois et les classes aisées  » qui, dissimulant leur frayeur, prétendent rallier leur résidence secondaire pour les vacances, d’abord en automobile pour la première vague, puis en train pour les suivantes.

Le départ du gouvernement pour Bordeaux le 10 juin 1940, puis des autorités constituées, « intensifie la cohue  » et la « contagion de la peur  » dans les quartiers populaires et laisse sans défense le quart des parisiens restés sur place. La ville est déclarée « ouverte » le 13 juin 1940 et, le lendemain, débute l’occupation de Paris : « c’est dans un calme extraordinaire et devant un public clairsemé que les troupes allemandes défilent sur les Champs-Elysées  ».

Un occupant maître de l’espace et du temps

Les retours d’exode s’effectuent majoritairement en juillet et août 1940. L’autrice propose une histoire sensible de la perception des variations du paysage urbain qui se modifie par l’irruption de l’occupant. Les Parisiens subissent les transformations rapides que connaît leur environnement, où flottent désormais des drapeaux à croix-gammées et où fleurissent des écriteaux en langue allemande. Au même moment, l’occupant profite d’un « rêve devenu réalité  » et découvre la capitale avec un bonheur jamais dissimulé. La variété des produits les surprend, et la puissance du mark leur permet de dévaliser les magasins et d’envoyer nombre de cadeaux en Allemagne. Dominique Veillon insiste sur « le silence et la tristesse de la ville  », l’apathie voire le soulagement concernant l’attitude adoptée par les vainqueurs jusqu’au retour des « amères réalités  » : l’établissement des structures administratives visant à la soumission, l’installation du rationnement et des restrictions drastiques et la présence physique des uniformes dans tous les lieux du quotidien. « L’Allemand est partout. La ville leur apparaît défigurée ». « Des quartiers entiers sont réquisitionnés pour loger les civils allemands, et des bâtiments pris d’assaut pour aménager les services de l’occupant ». L’autrice insiste sur le paysage transformé par les multiples panneaux de signalisation en langue allemande, par les camions et les grosses voitures, par les uniformes, par les affiches. Maîtres de l’espace, les Allemands sont aussi les maîtres du temps. « Les horloges marquent désormais l’heure allemande et un couvre-feu est instauré à 20 heures ».

La correction allemande fait vite place à l’arrogance, et à la brutalité. Bientôt, ils deviennent, avec l’active collaboration du lointain régime de Vichy,  les bourreaux des juifs, victimes de persécutions antisémites et des spoliations, puis des militants communistes et des résistants. À cet égard, la puissance allemande ne lésine pas sur les moyens pour « convaincre la population de sa supériorité  » et de la nocivité de « l’anti-France » à travers des manifestations culturelles et éducatives. L’autrice confirme ainsi le succès des expositions, notamment celle intitulée Les Juifs et la France débutant en septembre 1941, qui « attire un public important auquel se mêlent des collégiens et des lycéens fortement incités à venir s’informer, sous la conduite de leurs professeurs d’histoire, de ce qui est présenté comme la peste juive  ». Paris devient-elle antisémite ? En fait, à la lecture de l’ouvrage, Dominique Veillon invite plutôt à dissocier ce qui relève de l’exposition au monde, parfois contraint, et des attitudes plus dissidentes manifestées dans l’obscurité d’une salle de cinéma, comme en témoignent les sifflets accompagnant la projection du film Le Juif Süss en mars 1941. De fait, à la lecture de l’ouvrage, le degré d’adhésion à une attitude ou à une autre reste toujours difficile à quantifier.

Le rationnement, la faim, le froid, le marché noir

Le paysage urbain se modifie, également, du fait des nouvelles contraintes de la vie quotidienne. Les boutiques sont vides, les rations diminuent, la faim devient une réalité pour beaucoup. Le rationnement débouche sur la disette ; des manifestations de ménagères éclatent dès l’hiver 1940-1941, par ailleurs terriblement froid (66 jours de gel). On manque aussi de chaussures, de vêtements, de charbon. Beaucoup de familles se rassemblent dans une seule pièce chauffée dans la mesure du possible. On cultive des légumes dans les parcs, les terrains de jeux, les stades, sur les pelouses.

Dans ces conditions, se développe le troc et le marché noir, auxquels est consacré le chapitre 9. Le chapitre suivant est tout entier consacré aux colis familiaux : « Les statistiques des PTT montrent que Paris a reçu 45 millions de paquets en 1942, 70 millions en 1944 ». La réception de colis de nourriture fournit dans bien des familles un nécessaire complément calorique. Mais beaucoup de ces colis ne viennent pas vraiment des familles : ils sont payants, les réceptionnaires ayant passé des petites annonces pour se faire expédier tous les quinze jours de la nourriture.

La faim et le froid font des ravages sur la santé. On observe une recrudescence de la tuberculose dans les quartiers pauvres, une croissance de la mortalité ; celle des vieillards augmente d’un quart ; elle explose dans les hôpitaux, asiles et prisons.

Sociologie de la queue

Des pages originales et passionnantes  sont consacrées au quotidien des Parisiens, notamment ce développement sur les files d’attente qui « envahissent le paysage  », à cette « épreuve de la queue  » indispensable pour obtenir denrées et documents nécessaires à la survie. « Qu’on le veuille ou non, il faut se résoudre à cette triste tâche ». Le combat des Parisiens, c’est de trouver la file menant aux produits obtenus par tickets de rationnement : « à chacun de préparer son plan de bataille », « en fonction de ce qu’annonce la presse, chargée de répertorier et de signaler les tickets dits « débloqués », c’est à dire les seuls censés être honorées au jour dit  ».

Un nouveau métier apparaît, celui de « queuetière », personne qui fait la queue pour une autre, moyennant un tarif assez élevé ; « Il y les queues des quartiers bourgeois où l’assistance est bien habillée (…) les queues des classes moyennes où l’employé au costume élimé côtoie l’ouvrier d’usine en cote bleue, les queues des mères de famille pourvues d’une nombreuse marmaille agrippée à leur jupe (…) les queues des quartiers populaires » Il y a aussi des « queues à relais » où les enfants commencent la queue avant l’école, puis vient la mère. Dans les queues se forment et se répandent rumeurs et bobards, mais on peut aussi y distribuer des tracts, en 1943 et 1944,  ou se faire repérer pour propos tendancieux car la surveillance policière y est grande et utilise des informateurs.

Une « mosaïque de vie juxtaposées  »

C’est le titre du chapitre 7. Dominique Veillon écrit une histoire comparée des expériences vécues dans Paris occupé par les chômeurs, les artisans, les ouvriersles fonctionnaires mais aussi la jeunesse qui fait l’objet d’un chapitre spécifique.

Ces contraintes, tous les Parisiens n’en souffrent pas avec la même intensité. Pour certains, l’occupation constitue une occasion de « revanche » : « Vivre au quotidien sous l’Occupation favorise la mise en lumière de certaines professions qui, par leur statut, ont tendance à prendre de l’importance  ». Il s’agit des bonnes, des commerçants de quartier, mais surtout des concierges. Ce dernier s’affirme comme « la figure incontournable du petit peuple parisien  » du fait de sa place centrale à l’échelle micro-sociale, se dévouant à ses voisins, profitant de la situation pour améliorer son quotidien sur le dos de ses concitoyens, voire exerçant du chantage envers les juifs persécutés dans la capitale.

Ce que démontre également Dominique Veillon, c’est la fracture qui s’opère entre les populations aisées d’avant-guerre et celles qui vivaient déjà dans un dénuement considérablement aggravé par la situation, avec un très fort impact sur la santé. Certes, les classes les moins aisées profitent occasionnellement d’un bon repas dans un restaurant pour « oublier le triste ordinaire  ». Mais la fréquentation conjointe et plus régulière des restaurants huppés par les haut-gradés allemands, le gratin parisien, des collaborateurs ou des truands donne l’occasion d’entretenir les mondanités et de tisser des liens.

Les occupants, eux, profitent des divertissements de la capitale comme le cinéma, le théâtre ou l’opéra et fréquentent les maisons closes, notamment du côté des cabarets de Montmartre. Inquiète, l’administration militaire allemande, convaincue par l’image négative qu’elle pouvait avoir des Françaises, s’efforce de contrôler la prostitution et « organise méthodiquement les relations entre les prostituées et les membres de la Wehrmacht  ». Un chapitre traite des « restaurants, cafés et bistrots », un autre des distractions : celles des occupants et celles des Parisiens (énorme fréquentation des cinémas, essor de la création théâtrale, débauches qui rassemblent les officiers allemands et le gratin de la collaboration etc.)

Dominique Veillon propose plusieurs chapitres tout aussi minutieux, concernant tant les difficultés des Parisiens face à l’emprise allemande que les rapports entretenus avec Vichy, où le nouveau régime du maréchal Pétain s’est installé de l’autre côté de la ligne de démarcation. L’évolution de l’opinion parisienne face à Pétain suit la courbe décrite par l’historiographie de la France sous l’Occupation : la « réelle sympathie  » laissant progressivement la place à un lent désenchantement tandis que le gouvernement de Vichy n’attire bientôt que de la défiance : « Les Parisiens comprennent assez vite que l’État Français, loin de jouer le rôle de bouclier face aux Allemands, se montre plutôt un allié  ».

Résistance

Les chapitres 5, « Refuser la situation » et 16, « La Résistance s’impose dans un Paris révolté », sont consacrés à la naissance, à l’évolution, à l’action et à la répression de la Résistance. Il s’agit d’aller à l’essentiel avec clarté, sans refaire ici l’histoire de la Résistance dans laquelle Paris prend une large place. « Dans un Paris où les Allemands sont omniprésents, se montrent arrogants et bien décidés à s’imposer, seule une minorité de Parisiens ne s’avoue pas vaincue. Leur refus prend la forme d’une multitude de petits gestes (…) Quelques noyaux se forment qui se rejoignent au fur et à mesure pour donner naissance à des groupes structurés. » Sont évoqués, la naissance de Libération-Nord, le « réseau du musée de l’Homme », la manifestation du 11 novembre 1940, la « campagne des V » au printemps 1941, la naissance du journal et du mouvement Défense de la France, l’évolution du Parti communiste vers la Résistance à l’occupant.

Puis vient le temps d’organisations plus structurées, d’une action plus diversifiée, et en particulier des attentats communistes contre les officiers allemands (Bataillons de la jeunesse, puis FTP-MOI), de la répression accrue avec la politique des otages, des procès spectaculaires, des exécutions au Mont-Valérien. Dans ce chapitre est aussi traitée la question des bombardements et des réactions de la population. Le dernier chapitre est une approche synthétique de la Libération, à hauteur de Parisiens et de Parisiennes, civils et FFI.

Accommodation

Le livre montre que l’occupation de Paris est une contrainte étouffante, faite de proximité avec l’occupant, qui écrase, mais aussi intègre l’espace vécu des Parisiens, et avec lequel ces derniers sont bien obligés d’être en contact. « Au café, au restaurant ou au théâtre, les Parisiens se retrouvent avec le vainqueur », Le chapitre 14 a pour titre « Face aux Allemands : jusqu’où va l’accommodation ? » Dominique Veillon mobilise donc le concept d’« accommodation » pour caractériser une partie des comportements face à l’occupant. Le terme a été proposé par Philippe Burrin dans la France à l’heure allemande, paru en 1995.

Philippe Burrin constate d’abord que c’est une manifestation courante en période d’occupation, dès lors qu’un occupant et qu’un occupé se trouvent en contact et où s’opère un « ajustement des réalités  ». Le refus intégral de l’occupation ne pouvait être que marginal, et celle-ci entraînait nécessairement une « accommodation de nécessité, de moindre mal, qui se paie de compromis, dont il n’est pas toujours aisé de déterminer quand ils deviennent compromission  ». Il opère une distinction entre une accommodation de nécessité et une autre volontaire faite d’opportunisme ou d’adhésion complète au nazisme.

Dans le cas des Parisiens, Dominique Veillon constate : « Contrainte, peur, lâcheté, de la complaisance à la compromission, il existe plusieurs façons de s’accommoder à la situation  ». L’autrice distingue ainsi plusieurs strates d’« accommodation ». Il y a ces commerçants qui doivent vendre pour survivre mais aussi cette « collaboration forcée », engendrée par l’impossibilité d’échapper aux mesures imposées aux occupants à différentes administrations, comme les PTT où l’autrice pose la question de la possibilité de soustraction à l’ennemi. Vient ensuite la « collaboration semi-contrainte  », notamment dans le domaine industriel placé sous l’autorité allemande, mais où s’activent des ouvriers également membres de la résistance communiste. En outre, l’autrice remarque « l’opportunisme complaisant », concernant ces Parisiens pressés d’apprendre l’allemand ou mobilisant le vocabulaire du racisme nazi pour trouver un emploi. Il y a encore « l’accommodement des hommes d’affaires, industriels et autres  », ou encore du secteur du marché de l’art et des artistes, qui « acceptent d’apporter leur concours à l’ennemi ou qui bénéficient de ces largesses  », les « compromissions  » des journalistes de la presse autorisée, des hommes de lettres et des « professionnels de la collaboration  », souvent enthousiastes à l’idée de l’installation dans la durée d’un ordre nazi.

Collaborationnisme

Dès lors qu’il s’agit d’un soutien ferme et appuyé à l’occupant, mieux vaut parler de  collaboration, et, à Paris, davantage encore, de « collaborationnisme », pour caractériser l’adhésion idéologique des collaborateurs parisiens au nazisme. Il ne s’agit plus de survivre ou de couvrir des activités clandestines, mais de participer activement à une collaboration politique avec le vainqueur, à une nazification de la France.

Il serait vain de vouloir évoquer tous les aspects d’un aussi riche contenu, d’autant plus –répétons-le- que le livre est facile et agréable à lire. Dominique Veillon nous offre une synthèse nourrie de sources nouvelles, qui analyse la rencontre entre une population d’abord sidérée, puis toujours humiliée et hostile dans son immense majorité, et un vainqueur qui n’en croit pas sa chance de vivre dans un ville objet de nombreux fantasmes, et qui a bien l’intention d’en épuiser les plaisirs et d’en soumettre la population.