Journal de guerre du Service Cinématographique des armées

(5 DVD), ECPAD, 34,90 €

Durant la « Drôle de guerre », le service cinématographique de l’armée réalisé chaque semaine des actualités filmées, à l’origine pour les troupes, mais qui furent rapidement diffusées à toute la population. L’ECPAD les ressort dans un coffret, mais on peut aussi trouver ces films sur son site (http://www.ecpad.fr/ puis « Actualités hebdomadaires de l’année 1940 »). En regarder certains passages peut donner une idée de l’état d’esprit qui régnait, mais il faut bien dire que la répétition des mêmes sujets devient rapidement lassante. Qui plus est, la musique de fond semble avoir été choisie au hasard, le décalage avec les images montrées est parfois saisissant !

Grande Bouffe sous la ligne Maginot

Parmi les obsessions du temps figure le moral des troupes. Il est toujours présenté comme excellent, grâce en particulier à un ravitaillement abondant : ces films trahissent une vraie obsession de la nourriture. Pour illustrer la capacité défensive de la ligne Maginot, on explique qu’un bombardement n’interromprait pas le repas ! Être heureux est pour « nos gars » un impératif moral, une preuve de civilisation, d’où les longs numéros des chansonniers et comiques, parmi lesquels Fernandel.

L’alliance franco-britannique

Tout ce qui contribue à la grandeur de l’armée française est mis en valeur. Les soldats des colonies reçoivent une attention soutenue. On voit également l’armée polonaise se reconstituer en Anjou et, plus tard, les jeunes Belges venir s’enrôler en France. Surtout, les Britanniques sont traités avec le plus grand respect et chaque visite d’un membre de la famille royale ou du gouvernement aux soldats est longuement commentée car elle vient rappeler l’union entre les deux pays. La conviction profonde est en effet que, dans la durée, la France et la Grande-Bretagne parviendront à s’imposer grâce à leur capacité de production industrielle. Sans surprise, on montre volontiers l’armement franco-britannique, y compris les chars – et le spectateur aperçoit à plusieurs reprises la grande silhouette de De Gaulle.

Armée et population civile

Le blocus des navires allemands et neutres vendant aux Allemands doit permettre d’accélérer la victoire, et les prises sont détaillées avec délectation. A contrario, ces films veulent à tout prix montrer que la vie continue normalement ou presque, ce qu’illustrent les enfants allant à l’école. Dans les régions frontalières, les soldats font les récoltes ou les vendanges lorsque la population est évacuée vers l’arrière. La bonne entente entre l’armée et la population civile est fondamentale. En Alsace, l’Etat-Major se charge en particulier des objets du culte, mais aussi des animaux du zoo (à un autre moment, on voit les soldats alpins traiter leurs mulets avec délicatesse car « le mulet est sensible aux caresses »)… Ces régions, en particulier les Alpes et l’Alsace, sont les plus souvent filmées, avec des tirades lyriques qui évoquent parfois plus le Tour de France que des préparatifs militaires.

Traîtrise allemande, trahison royale belge

Les souvenirs de 1914-18 sont partout, et l’attaque de la Belgique le 10 mai 1940 confirme la fourberie germanique. La caméra s’attarde longuement sur les destructions allemandes, mais aussi sur les prisonniers de guerre allemands. Alors qu’un flot de réfugiés se répand en France, les troupes françaises entrent en Belgique, accueillies en libératrices. Cependant, la capitulation « ignominieuse » proclamée par Léopold III le 28 mai 1940 place l’armée du nord en situation difficile et la contraint à l’évacuation de Dunkerque, présentée comme une « épopée héroïque ». Le dernier épisode, daté du 6 juin 1940, s’achève par la prise de Bjervik en Norvège.

Si ces actualités peuvent intéresser les spécialistes, on peut vraiment déplorer l’absence d’une présentation digne de ce nom : alors qu’on n’imagine pas aujourd’hui publier sous forme écrite des documents d’époque sans les accompagner de commentaires exhaustifs ou au moins d’une introduction dense, on se contente ici de quelques lignes bien insuffisantes, qui ne mettent pas assez en valeur ce qu’on peut tirer de ces images.

À propos de l'auteur

Journal de guerre du Service Cinématographique des armées

(5 DVD), ECPAD

Durant la « Drôle de guerre », le service cinématographique de l’armée réalisé chaque semaine des actualités filmées, à l’origine pour les troupes, mais qui furent rapidement diffusées à toute la population. L’ECPAD les ressort dans un coffret, mais on peut aussi trouver ces films sur son site (http://www.ecpad.fr/ puis « Actualités hebdomadaires de l’année 1940 »). En regarder certains passages peut donner une idée de l’état d’esprit qui régnait, mais il faut bien dire que la répétition des mêmes sujets devient rapidement lassante. Qui plus est, la musique de fond semble avoir été choisie au hasard, le décalage avec les images montrées est parfois saisissant !
Grande Bouffe sous la ligne Maginot

Parmi les obsessions du temps figure le moral des troupes. Il est toujours présenté comme excellent, grâce en particulier à un ravitaillement abondant : ces films trahissent une vraie obsession de la nourriture. Pour illustrer la capacité défensive de la ligne Maginot, on explique qu’un bombardement n’interromprait pas le repas ! Être heureux est pour « nos gars » un impératif moral, une preuve de civilisation, d’où les longs numéros des chansonniers et comiques, parmi lesquels Fernandel.

L’alliance franco-britannique

Tout ce qui contribue à la grandeur de l’armée française est mis en valeur. Les soldats des colonies reçoivent une attention soutenue. On voit également l’armée polonaise se reconstituer en Anjou et, plus tard, les jeunes Belges venir s’enrôler en France. Surtout, les Britanniques sont traités avec le plus grand respect et chaque visite d’un membre de la famille royale ou du gouvernement aux soldats est longuement commentée car elle vient rappeler l’union entre les deux pays. La conviction profonde est en effet que, dans la durée, la France et la Grande-Bretagne parviendront à s’imposer grâce à leur capacité de production industrielle. Sans surprise, on montre volontiers l’armement franco-britannique, y compris les chars – et le spectateur aperçoit à plusieurs reprises la grande silhouette de De Gaulle.

Armée et population civile

Le blocus des navires allemands et neutres vendant aux Allemands doit permettre d’accélérer la victoire, et les prises sont détaillées avec délectation. A contrario, ces films veulent à tout prix montrer que la vie continue normalement ou presque, ce qu’illustrent les enfants allant à l’école. Dans les régions frontalières, les soldats font les récoltes ou les vendanges lorsque la population est évacuée vers l’arrière. La bonne entente entre l’armée et la population civile est fondamentale. En Alsace, l’Etat-Major se charge en particulier des objets du culte, mais aussi des animaux du zoo (à un autre moment, on voit les soldats alpins traiter leurs mulets avec délicatesse car « le mulet est sensible aux caresses »)… Ces régions, en particulier les Alpes et l’Alsace, sont les plus souvent filmées, avec des tirades lyriques qui évoquent parfois plus le Tour de France que des préparatifs militaires.

Traîtrise allemande, trahison royale belge

Les souvenirs de 1914-18 sont partout, et l’attaque de la Belgique le 10 mai 1940 confirme la fourberie germanique. La caméra s’attarde longuement sur les destructions allemandes, mais aussi sur les prisonniers de guerre allemands. Alors qu’un flot de réfugiés se répand en France, les troupes françaises entrent en Belgique, accueillies en libératrices. Cependant, la capitulation « ignominieuse » proclamée par Léopold III le 28 mai 1940 place l’armée du nord en situation difficile et la contraint à l’évacuation de Dunkerque, présentée comme une « épopée héroïque ». Le dernier épisode, daté du 6 juin 1940, s’achève par la prise de Bjervik en Norvège.

Si ces actualités peuvent intéresser les spécialistes, on peut vraiment déplorer l’absence d’une présentation digne de ce nom : alors qu’on n’imagine pas aujourd’hui publier sous forme écrite des documents d’époque sans les accompagner de commentaires exhaustifs ou au moins d’une introduction dense, on se contente ici de quelques lignes bien insuffisantes, qui ne mettent pas assez en valeur ce qu’on peut tirer de ces images. La seule structuration est chronologique (semaine par semaine), il n’existe aucune entrée thématique, bien que le document d’accompagnement présente rapidement les éléments principaux de chaque émission. À chacun donc de chercher les épisodes qu’il souhaitera utiliser pour traiter de la Drôle de guerre, de l’alliance franco-britannique ou de l’image de l’ennemi : les films étant de la pure propagande permettent de ce point de vue d’intéressantes réflexions.

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