Après sa célèbre série Murena qui se déroulait à Rome avant et pendant le règne de Néron, Jean Dufaux livre ici un récit complet qui se déroule à la cour d’Hérode Antipas au moment de la prédication de Jean le Baptiste.

L’histoire se déroule sous le règne du tétrarque de Galilée et de Pérée Hérode Antipas (4-39), alors qu’il a répudié son épouse, la fille du roi des Nabatéens Arétas. Le récit s’ouvre sur le siège conduit par ce dernier, lequel s’interroge sur la position de Rome dont il est client comme Antipas. Le gouverneur Lucius Vitellius acceptera-t-il de protéger ce roi honni de sa population, qui s’est réfugié dans sa forteresse de Machlaerous ?

La politique, un nœud d’intrigues

En effet, la population désapprouve le remariage de Hérode Antipas avec Hérodiade pour lequel elle a quitté le demi frère. Pour des raisons religieuses et morales, un prédicateur mène la campagne de dénonciation, Iaokanann qui sera connu comme Jean le Baptiste dans le Nouveau Testament. Or, Hérodiade n’a de cesse de manœuvrer auprès de son mari pour obtenir la tête du prédicateur qui est emprisonné dans les geôles royales. Devant le refus d’un roi qu’on sent velléitaire, elle utilise sa fille Salomé. Celle-ci tombe amoureuse du prisonnier mais, alors qu’elle tente de le séduire, celui-ci se retourne violemment contre elle. Elle décide alors de rejoindre sa mère dans un complot afin de réclamer sa tête à son beau-père. Ainsi, elle attise la concupiscence d’Hérode Antipas par une danse érotique qui lui offre littéralement la tête du prédicateur.

Une légende qui s’inspire de la pièce d’Oscar Wilde

Le scénariste intitule fort justement le récit « La Légende de Salomé » car, si la plupart des personnages ont une existence vérifiée historiquement, une source principale étant les écrits de l’historien juif Flavius Josèphe, les agissements de Salomé, séductrice et intrigante, appartiennent à la légende. Une légende qui apparaît dès le Moyen-Age mais qui est abondamment reprise au XIXe siècle par Oscar Wilde, Gustave Flaubert ou encore Richard Wagner.
Jean Dufaux a ainsi mis en récit la légende en s’inspirant notamment de la pièce « Salomé  » d’Oscar Wilde (1891). Pour la raconter, il choisit, comme dans sa série « Murena », l’angle éminemment romanesque des intrigues de palais. C’est le cas bien sûr d’Hérode Antipas, constamment en lutte pour consolider son pouvoir. Son destin se brise en 39 avec la décision de l’empereur Caligula de l’exiler à Lugdunum (Lyon). C’est aussi le cas du gouverneur Lucius Vitellius qui dépend de son fils dégénéré qui a su s’attirer les faveurs du vieillissant empereur Tibère.

Jean Dufaux nous tient en haleine pendant 88 pages dans cette pièce tragique où la petite histoire, même légendaire, alimente le contexte de crise qui annonce l’arrivée de Jésus. Le dessin d’Eduard Torrents est réaliste et il sait avec talent exprimer les émotions des personnages, ainsi que la sensualité déployée par Hérodiade et Salomé sa fille.