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La mondialisation

Olivier Dollfus

La bibliothèque du citoyen, Sciences Po Les Presses, 3e édition, 175 pages, 2007

CR de Cyrille Chopin, professeur d’Histoire-Géographie au collège Léo Lagrange, Le Havre

Décédé en 2005, Olivier Dollfus acheva sa carrière universitaire en tant que professeur émérite à Paris-VII. Il la débute en tant que spécialiste des milieux montagnards, notamment des Andes et de l’Himalaya. Il joue, à partir des années 1980, un rôle pionnier dans la définition (« système-monde », 1984) et dans la constitution en objet d’étude (en collaboration avec R. Brunet Mondes nouveaux, 1990) de la mondialisation. En 1997, paraît La Mondialisation, synthèse de la réflexion d’Olivier Dollfus et ouvrage fondateur sur cette question. C’est cet ouvrage, dans sa 3e édition, que proposent les Presses de Sciences Po dans la bien nommée Bibliothèque du citoyen. Une préface de Jacques Lévy retrace le parcours scientifique d’Olivier Dollfus et précise son apport à la connaissance de la mondialisation.

Dans son introduction, O. Dollfus fait le constat d’une accélération des changements (démographiques, économiques, politiques, technologiques ou encore identitaires) depuis les années 1950. Ces changements induisent, à la surface de la Terre, une plus grande diversité tandis que la mondialisation, en tant que phénomène d’uniformisation progressive d’un espace d’échanges à l’échelle mondiale, joue un rôle inverse. Il en vient donc à se demander si nous ne serions pas en train d’assister à un « basculement du monde », une catastrophe systémique, c’est-à-dire à l’élaboration d’un nouveau système.

La mondialisation oblige à renouveler les « points de vue, [les] points de méthode » (chapitre 1). En effet, O. Dollfus considère le monde comme un « méta-espace », c’est-à-dire comme un système englobant qui joue un rôle de transformation et / ou d’évolution des autres systèmes. Avec la mondialisation, les sociétés humaines apprennent à redécouvrir la Terre, avec ses contraintes (espace fini, rotondité). Les hommes ont ainsi adapté leurs mesures du temps et de l’espace à cette nouvelle échelle et pris conscience de leur impact sur la biosphère. O. Dollfus tire les conséquences et mesure les limites de cette prise de conscience. Elle nécessite une réhabilitation du temps long dans les décisions politiques et économiques. Selon lui, ces nécessaires changements se heurteront à des résistances liées aux reconversions économiques mais aussi aux différents rapports des sociétés à leur environnement. La conférence des Nations Unies de Bali sur le changement climatique (3-14 décembre 2007) a récemment illustré toute la pertinence de cette analyse.

Dans le chapitre 2 « Le monde en ses lieux », O. Dollfus s’attache à montrer comment et pourquoi la mondialisation est source d’inégalités spatiales. Selon lui, elle résulte avant tout liée de la capacité inégale des lieux du monde à intégrer, à « internaliser » les processus de cette mondialisation. Les lieux par excellence de cette internalisation sont les mégalopoles parce qu’elles articulent des lieux de même rang ainsi que des lieux de rangs inférieurs d’une même région. Les transports jouent un rôle crucial dans la mise en place de cet « archipel », non seulement par la mise en relation des métropoles entre elles mais aussi par la connexion de ces métropoles avec le niveau local. Ces points d’articulation de la mondialisation que sont les métropoles contribuent également à estomper les échelles comme elles redessinent les contours et les limites de la ville et de la campagne.

Dans le chapitre 3 « Permanence des lieux et changement de sens », O. Dollfus s’attache à montrer la profondeur historique, sociale ou encore symbolique des lieux de la mondialisation. Il illustre de manière très convaincante le rôle des héritages dans la permanence de ces lieux. Le phénomène de réinterprétation des héritages par la mondialisation est à l’œuvre dans de nombreux domaines. O. Dollfus en fait un exposé particulièrement lumineux en ce qui concerne les héritages symboliques. Certains lieux ont ainsi une dimension mondiale conférée par un héritage peu redéfini par la mondialisation (lieux de pèlerinage par exemple). Ill n’en est pas de même pour d’autres dont l’identité est confirmée ou créée par la mondialisation, de manière pérenne (sites du patrimoine mondial de l’UNESCO) ou temporaire (manifestations sportives ou culturelles).

Le chapitre 4 « Distances et localisations » affirme toute l’actualité d’une approche géographique de la mondialisation par l’importance accordé au « sens et [à] la valeur des lieux ». Il rappelle que les progrès réalisés dans les communications et les transports n’ont aboli ni les distances ni la « rugosité » de la Terre. Les contraintes liées à la localisation ainsi qu’à la rentabilisation des infrastructures conduisent en effet à un certain déterminisme dans les implantations. Le coût et la durée de réalisation de ces infrastructures créent un effet d’inertie et accélèrent la constitution d’oligopoles. La mise en place de réseaux de transport, de communication mondiaux est donc source d’une forte différenciation spatiale. Les réseaux constitués contribuent à accentuer les effets d’agglomération qui profitent surtout aux grandes métropoles. Les lieux n’ont donc pas la même valeur et sont des « biens situés » (J. Lévy) que les acteurs de la mondialisation, firmes transnationales en tête, mettent en concurrence dans un « marché des lieux ».

Après avoir souligné l’effacement des échelles, O. Dollfus propose une autre lecture de l’espace géographique dans le chapitre 5 consacré aux « niveaux majeurs et [aux] grandes aires. Selon lui, la logique des réseaux prime sur celle des territoires. Ces derniers sont moins adaptés à la mondialisation. Il privilégié donc une lecture en niveaux (local, régional, mondial) ; chacun d’entre eux dispose d’une forme d’utilisation de l’espace, de mesures du temps et de l’espace spécifiques. Il insiste sur le fait que la mondialisation n’a en aucune manière entrainé une disparition des échanges directs, des relations de voisinage ou de proximité. Au contraire comme en témoignent les paradis fiscaux qui ont en commun avec leurs principaux clients un même fuseau horaire.

Dans le chapitre 6, O. Dollfus analyse les « acteurs dans les champs de la mondialisation ». Ces champs s’ordonnent autour de la figure de l’Etat selon les logiques distinctes voire opposées des territoires (champ international) et des réseaux (champ transnational). L’Etat demeure un acteur de la mondialisation. Jamais le nombre des Etats n’a été aussi nombreux. D’autre part, ils gardent d’indéniables moyens d’intervention (monnaie, fiscalité, formation et recherche, appui aux entreprises, …). Cependant, O. Dollfus insiste sur l’inadéquation croissante des Etats dans la mondialisation. Le modèle libéral conduit ceux-ci à se désengager de certains secteurs. L’Etat est par ailleurs concurrencé par d’autres acteurs. Ces derniers peuvent être animés d’une logique transnationale qui « déborde » l’Etat par le haut (firmes transnationales, organisations non gouvernementales, …). Ils peuvent aussi contester l’Etat de l’intérieur (séparatistes, terroristes). O. Dollfus insiste sur la croissance du champ transnational (transmissions numériques, mise en place de politiques plus libérales dans le cadre du GATT puis de l’OMC). Cependant, il insiste sur l’importance d’une articulation entre les champs nationaux / internationaux et transnationaux dans la définition de la puissance des acteurs de la mondialisation. Il cite en exemple le sport de haut niveau. La vitalité des clubs de football professionnel anglais qui contraste avec l’élimination récente de l’équipe nationale du Championnat d’Europe des Nations montre toute l’actualité de cette thèse. Enfin, il dresse une rapide typologie des acteurs transnationaux valorisés ou créés par la mondialisation.

O. Dollfus s’appuie ensuite sur des études de cas, pour certaines issues de ses propres recherches, pour montrer les interactions induites par la mondialisation entre les différents niveaux locaux et mondiaux. Cette complexité le conduit dans le dernier chapitre à s’interroger sur l’importance et l’articulation de ces deux niveaux. Il postule que selon les niveaux d’observation, le sens accordé aux différents phénomènes n’est pas le même. Il le met en évidence à travers deux enjeux de taille pour l’Humanité au XXIe siècle, celui de son alimentation et celui de la préservation de son environnement. Il montre ainsi que la prise de conscience du changement climatique est une conséquence de la mondialisation (formation d’une communauté scientifique mondiale, développement des moyens de communication et d’investigation scientifiques) mais que sa perception évolue du niveau local au niveau mondial.

Dans sa conclusion, O. Dollfus revient sur la question d’un « bouleversement du monde ». En l’absence de politiques de régulation, le monde pourrait être conduit à une « catastrophe » qui selon la théorie systémique mènerait à une recomposition du système. Sa conclusion n’est pas catégorique et traduit même une note d’espoir.

Dans l’attente des nouveaux programmes, la mise en conformité avec le socle commun des connaissances et des compétences a mis en classe 3e la question de la mondialisation au cœur du programme de géographie. L’ouvrage d’Olivier Dollfus peut dans une large mesure permettre une révision réussie de notre enseignement.

©Copyright – Cyrille Chopin

A propos de l'auteur

Cyrille Chopin

Professeur certifié d'Histoire-Géographie-Education Civique au collège Léo Lagrange (Le Havre) et membre du Pôle de Compétence Disciplinaire Histoire-Géographie et TICE de l'académie de Rouen.

La mondialisation

Denis Retaillé (Dir)

Ed. Nathan, collection nouveaux continents. 320 pages, Juin 2007. Compte rendu réalisé par Bruno Modica

Bruno Modica est chargé de cours à l’IEP de Lille dans le cadre de la prépa ENA
La mondialisation

Cet ouvrage appartient à la collection Nouveaux Continents lancée en 2006 par Nathan, une série de livres clairement destinés à l’enseignement supérieur ( premier cycle universitaire et classes préparatoires, littéraires ou commerciales.) Sous la direction de Denis Retaillé professeur à l’Université de Rouen, dix enseignants et chercheurs d’horizons divers ont ainsi apporté leur contribution à cette somme en 320 pages qui traite de la mondialisation sous différents aspects.

L’ouvrage évoque ainsi, dans quatre grandes parties, l’état et le territoire, et les nouveaux territoires comme celui des entreprises ou des diasporas, tout comme la métropolisation. La troisième partie est consacrée au développement avec une très intéressante analyse de la planète épidémiologique ou encore de la géopolitique de l’eau ou encore le droit humanitaire.
La dernière partie reprend les thèmes plus classiques sur un tel sujet, du choc des civilisations ou encore celui de l’altermondialisme.

L’originalité et l’intérêt de cet ouvrage, résident également dans sa présentation. Comme les autres de la série, la maquette est soignée, et les succès de cette collection devront sans doute beaucoup au professionnalisme des infographistes qui mettent en valeur les zoom et les encadré, les cartes et les tableaux statistiques apportant une véritable respiration à la lecture parfois ardue mais toujours passionnante de ces questions.

Le chapitre de la première partie consacré à la mondialisation des activités humaines se présente comme une véritable méthode de l’analyse de documents statistiques posant le problème des sources mais aussi de leur interprétation. On apprend ainsi que les migrations en tant que telles ont baissé depuis 1990, avec un chiffre finalement assez modeste, eu égard à la population mondiale de 3%. De la même façon, on s’interrogera sur la polarisation des migrations, vers les Etats-Unis et l’Europe, tandis que les effets d’un transvasement mécanique, des pays en développement vers les pays développés sont à relativiser.
La mondialisation actuelle consacre la victoire par agrégation de nouveaux territoires du capitalisme. L’adaptabilité de ce système économique reposant sur la part du revenu individuel et de la propriété privée des biens et des moyens de production et d’échange est ainsi démontrée dans les faits. Pour autant les auteurs insistent également sur les Etats, comme régulateurs et acteurs de ce processus et sur la pression que les opinions publiques peuvent exercer dans ce sens. Cela renvoie à un chapitre de la quatrième partie consacré à l’altermondialisme.

Les auteurs s’intéressent également au « devenir-monde de la marchandise. Ces produits qui, circulant en flux tendus, avec la multiplication des produits intermédiaires ont ruiné le concept d’usine héritier de la fabrique des débuts de la révolution industrielle. La globalisation a remplacé le process de production en une recherche de complémentarité à l’échelle de la planète avec une mise en concurrence accrue des territoires et des hommes. Ces derniers sont ainsi devenus interchangeables dans un rapport coût-valeur renouvelé. On aurai pu aussi évoquer dans la marchandisation et le spectacle, outre les réflexions prémonitoires de Guy Debord sur la société du spectacle, celles, plus récentes de Paul Virgilio sur le marché du regard. Enfin, un tel chapitre ne pouvait qu’évoquer la spéculation, peut être présentée de façon un peu trop rapide quand à ses mécanismes et à ses techniques.

Une mention particulière est à porter au très intéressant développement sur la planète épidémiologique dont la prise de conscience a nourri l’imagination des auteurs de thrillers souvent portés à l’écran. Ce phénomène de mondialisation des maladies par les épidémies n’est pas nouveau. On pense bien entendu à la grande peste noire de 1348 en Europe ou à la grippe espagnole, sans doute d’origine aviaire de 1919. A ce propos des scénarii très sérieux ont envisagé ce risque de répétition du phénomène avec des moyens de circulation et donc de propagation accrus. En France, une cellule interministérielle a procédé, à l’échelle d’un département, à un exercice grandeur nature sur la gestion d’une crise épidémique majeure sur la société.

De la même façon, se pose le problème de la diffusion, elle aussi mondialisée des moyens de combattre ces épidémies ou ces pandémies à l’échelle mondiale. Les questions du coût de la santé, de l’accès aux soins, du prix des médicaments s’imposent alors.
L’ensemble des chapitres de cet ouvrage est également intéressant et utile. L’accessibilité des sources, leur analyse et la présentation des grands auteurs de la question est également importante car elle permet, après avoir acquis les connaissances de base sur le sujet, d’aller chercher dans les différentes sources indiquées des compléments d’informations éventuels. Toutefois, on peut déjà, rien qu’à la lecture de cet ouvrage et à la maîtrise de ses contenus, disposer d’une expertise réelle de ce sujet qui n’est pas, loin s’en faut, épuisé.

Bruno Modica

A propos de l'auteur

Bruno MODICA

Agrégé d'histoire, Chargé du cours d'histoire des relations internationales Prépa École militaire interarmes (EMIA) Chargé du cours de relations internationales à la section préparatoire de l'ENA. (2001-2006) Enseignant à l'école supérieure de journalisme de Lille entre 1984 et 1993. Rédacteur/correcteur au CNED de Lille depuis 2003. Correcteur de la prépa. Sciences-po Paris. Master 1. Rédacteur CAPES ( CNED Vanves) Rédacteur du cours prépas IEP Professeur d'histoire-géographie au lycée Henri IV …

La Mondialisation

L. Carroué, D. Collet, Claude Ruiz,

L. Carroué, D. Collet, Claude Ruiz, La Mondialisation, Bréal, 2006, 352 pages.

Compte-rendu par JP Raud Dugal, professeur au lycée Edmond Perrier de Tulle.

La Mondialisation est au cœur des renouvellements épistémologiques de la géographie depuis une quinzaine d’années et l’émergence de cette question comme objet géographique sous l’impulsion d’Olivier Dollfuss. Le besoin de préciser ses enjeux est à l’origine d’une abondante littérature et fut l’objet central du Festival International de Géographie de Saint Dié en 2005 ( http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2005/index.htm ). Sa récente présence aux concours externes de recrutement de l’Education Nationale marque sa consécration comme spécificité géographique. Laurent Carroué, professeur à l’Université Paris VIII, directeur scientifique du FIG, est un auteur prolifique. Il a notamment écrit « Géographie de la Mondialisation » chez Armand Colin qui apparaît comme le premier véritable ouvrage de synthèse sur la mondialisation. Avec Didier Collet, historien, professeur au Lycée Louis-le-Grand à Paris et Claude Ruiz, géographe et professeur en CPGE à Reims, ils sont à l’origine de plusieurs ouvrages aux Editions Bréal (Union Européenne, Asie…).

Dans l’introduction, les auteurs définissent la mondialisation comme un processus géohistorique multiséculaire. Cette approche est ,en effet, commune à tous les auteurs qui rappellent (comme l’avait fait L. Carroué dans son précédent ouvrage ou comme le proposent Cynthia Gharra Gobin et Christian Grataloup dans le tout récent « Dictionnaire des Mondialisations ») ) les figures tutélaires de F. Braudel et d’Immanuel Wallerstein. Mais cette nouvelle contribution fait aussi référence aux phénomènes géo-économiques, géostratégiques et géopolitiques : « Ce phénomène repose sur l’articulation de dynamiques, le plus souvent contradictoires et surtout concurrentes, propres aux nombreux acteurs privés qui en sont à l’origine, marchands, financiers, industriels, et aux volontés de puissance des Etats dominants dont ils sont issus. » (p.7). Ce phénomène pose aujourd’hui de graves questions de gouvernance géo-économique et géopolitique (voir le CR de Claude Revel, « La gouvernance mondiale a commencé », Ellipses, juin 2006, 190 p. sur le site des Clionautes ). Loin de se contenter de cette approche, les auteurs définissent aussi la globalisation comme l’ensemble des interrelations et interactions des sociétés humaines avec les milieux naturels sur lesquelles reposent les enjeux majeurs de civilisation.

Divisé en sept chapitres, cet ouvrage offre toutes les approches géographiques liées à la mondialisation. Le premier, par exemple, « Dynamiques géo-économiques et géopolitiques du monde contemporain » rappelle la place de la géographie dans l’analyse de ce phénomène malgré le manque de fiabilité des indices diffusés. La problématique de la place des Etats-Nations et de leur insertion géo-économique et géopolitique dans la mondialisation est posée en filigrane tout au long de l’ouvrage. Avant tout, la mondialisation provoque une fragmentation extrême entre les ensembles géographiques mais aussi l’organisation de formes d’intégrations nouvelles. Les auteurs remarquent que le tournant du Xxème siècle est profondément marqué par l’affirmation ou la réaffirmation d’identités à bases religieuses. C’est ainsi qu’ils abordent l’étude des aires de civilisation. Les faits linguistiques et religieux consolident les tensions existantes.

Dans les chapitres suivants, l’accent est mis sur les dimensions plus spatiales mais aussi s’attaquent aux mythes de la mondialisation. Ainsi, dans le chapitre 2, « L’insertion des systèmes productifs dans la Mondialisation » les auteurs s’attardent sur le mythe de la désindustrialisation. Ils rappellent qu’ « au début du XXIème siècle, face au discours de l’émergence d’économies post-industrielles, il convient de rappeler qu’historiquement jamais la quantité et la valeur des biens industriels produits n’a été aussi considérable » (P.56). Ce système industriel mondial hiérarchise (domination de l’oligopole) en fonction des qualifications et surtout des innovations.
C’est véritablement la mise en réseaux du monde qui est le cœur de la mondialisation et qui permet cette approche spatiale. Cela permet aux auteurs, dans le troisième chapitre, de poser la différence de la géographie par rapport aux autres sciences sociales et en particulier l’économie. En effet, cette dernière oublie les approches territoriales : « ces approches ignorent aussi le jeu dialectique des emboîtement d’échelles et les énormes différentiels d’intégration entre les différents espaces de la planète » (p.72). Ainsi, seuls les marchés financiers semblent réellement globalisés. Ces ici que sont analysés avec le plus de finesse le jeu des acteurs de la mondialisation
Cette approche des réseaux est complétée au chapitre suivant, « Les Hommes et leurs lieux », par l’étude des dynamiques des populations qu’elles soient démographiques ou migratoires mais aussi leurs lieux de vie. On notera plus particulièrement le passage qui analyse la relation métropolisation – mondialisation.

Les deux chapitres suivants révèlent les principaux enjeux globaux et permettent d’établir une véritable différence entre mondialisation et globalisation. « Les entreprises, des acteurs dans le siècle et dans l’espace » permet aux auteurs de multiplier les études de cas pour analyser les dynamiques spatiales de la mondialisation et les stratégies des entreprises (Michelin, Ford, Wal-Mart). L. Carroué, D. Collet et Claude Ruiz font aussi le lien entre mondialisation et financiarisation avec comme conséquence principale la concentration des entreprises et les délocalisations. Les IDE et l’internationalisation des FTN sont donc au cœur de leur problématique. « Entre mondialisation et globalisation, trois enjeux sécuritaires majeurs : énergie, alimentation et santé » permet de mieux appréhender les enjeux sécuritaires majeurs mais aussi ce qui a trait au développement durable. L’approche de la globalisation est très explicite et correspond pleinement aux attentes des nouvelles problématiques du secondaire (en seconde ou terminale surtout).
L’ouvrage se clôt par l’étude des débats qui agitent les sociétés autour des phénomènes précédemment décrits. « La mondialisation entre débats et alternatives » pose deux questions majeures : celle de la résistance des états et des peuples mais aussi celle de la gestion conflictuelle dans le cadre des relations internationales. Les auteurs rappellent à l’occasion les racines historiques de l’altermondialisme.

L. Carroué, D. Collet et Claude Ruiz peuvent conclure sur le fait que la mondialisation n’est pas libérale. C’est le pouvoir politique (états et institutions internationales) qui construit l’économie à travers la dérégulation et la déréglementation. Le tableau, « Typologie systémique de l’insertion des Etats dans la troisième mondialisation (page 335), qui achève la conclusion est particulièrement révélateur de ces enjeux majeurs que la géographie permet de révéler grâce aux jeux des emboîtements d’échelles.

Cet ouvrage à trois mains est d’une lecture aisée et agréable. De très nombreuses cartes, que l’on doit avant tout à Laurent Carroué, sont offertes pour une meilleure appréhension du phénomène. L’approche multiscalaire doit être ici particulièrement soulignée. On pourra compléter ces réalisations cartographiques par la lecture de l’ « Atlas de la mondialisation, comprendre l’espace mondial contemporain », de Durand MF., Martin B., Placidi D., Tornquist-Chesnier M., aux Presses de Sciences Po (voir le CR sur le site des Clionautes). Le lecteur pourra aussi se reposer sur une bibliographie générale et thématique soignée et complète mais aussi, à la fin de chaque chapitre sur une synthèse. Ouvrage à la fois complet et synthétique, et en même temps parfaitement réalisé, il sera utile comme manuel de base des candidats au concours de l’enseignement. Les étudiants en sciences politiques comme en CPGE pourront y trouver un intérêt majeur pour mieux appréhender le phénomène. Particulièrement utile pour l’enseignement, à la fois comme base documentaire et comme mise au point scientifique, cet ouvrage trouvera naturellement sa place dans les CDI.

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