Dans La vallée des oubliées, Pierre Dubois signe son troisième western pour la collection Signé, après les succès de Sykes et Texas Jack. Aux côtés d’Alain Henriet au dessin et d’Usagi pour les couleurs, il nous plonge dans l’Ouest sauvage de l’après-guerre de Sécession. Clark, traqué par ses anciens frères d’armes et hanté par la mort de sa fiancée, découvre un refuge secret tenu par des femmes : la vallée des oubliées. Entre vengeance, rédemption et confrontations explosives, cette enclave fragile devient le théâtre d’alliances inattendues, de trahisons et de duels impitoyables. Un western intense, où la poudre et l’émotion se mêlent pour créer un récit aussi humain que captivant.

Le sanctuaire des oubliées

Ancien membre des bushwackers, un groupe de guérilleros impitoyables de la guerre de Sécession, Clark a participé à de nombreux massacres avant de rompre avec cette violence et de quitter la bande dirigée par Winter. Sa défection lui vaut une vengeance impitoyable : sa fiancée est assassinée et lui-même est pourchassé par ceux qu’il considérait autrefois comme des frères d’armes. Solitaire, il parcourt plaines et montagnes pour traquer ses anciens compagnons et empêcher de nouveaux massacres, tout en cherchant à retrouver Winter, responsable de la mort de sa famille.

À Sabbath City, Clark affronte la bande : il abat Hart, met en fuite Wells et assiste à l’incendie de la ville après le pillage de la banque, les fuyards dressant un barrage de flammes pour couvrir leur retraite. Pour échapper aux villageois lancés à leurs trousses et éviter un guet-apens, Clark choisit une route secondaire, traversant champs et collines, et sauve un Amérindien grièvement blessé, Shee-Ke-Ah, qui devient désormais redevable envers lui.

Peu après, Clark est lui-même touché par une attaque de ses anciens camarades et laissé pour mort dans une vallée isolée. Il est secouru par Do, une jeune femme qui le conduit jusqu’à un fortin secret uniquement habité par des femmes, appelé Ladies Valley. À son réveil, il découvre un refuge soigneusement protégé, où vivent des victimes de violences, des prostituées, des orphelines ou de simples femmes cherchant à échapper au monde extérieur. Dans cet enclave, Clark fait des rencontres décisives : Ma Joe, la cheffe du groupe, guide et protectrice de toutes ; le vieux Scurly, le seul homme autorisé à pénétrer dans le fortin ; Do, une jeune femme qui tombe amoureuse de lui ; et Sally, séduisante et intrigante.

Mais la tranquillité du fortin est menacée : l’ancien gang de Clark, ainsi qu’un homme d’affaires prêt à tout pour s’approprier ce lieu, convergent vers la vallée. Lorsque les assaillants reviennent, déterminés à éliminer Clark et à détruire l’enclave, une ultime confrontation éclate …

Un récit de vengeance et de conscience

Voilà un très bon western, solide et prenant. Il faut simplement quelques pages pour entrer pleinement dans le cœur de l’intrigue, cette fameuse vallée des oubliées, véritable centre névralgique de l’album. Une fois immergé, on se laisse emporter par une histoire de vengeance, de duels, de violence, d’amitiés inattendues et de trahisons bien senties.

Pierre Dubois maîtrise parfaitement les codes du genre : anciens bushwhackers sans foi ni loi, héros en quête de rédemption, figures troubles et personnages attachants comme le vieux Scurly. À travers lui, l’auteur glisse d’ailleurs une réflexion très juste : « La justice et la vengeance sont des choses différentes, petit … Des choses qui peuvent finir par te ronger … La frontière est fragile : de justicier on passe à tueur sans même s’en rendre compte … ». En effet, le western n’est pas qu’une affaire de balles et de poursuites, c’est aussi une question de conscience !

Autre point fort : la place des femmes. Ici, elles ne sont pas de simples figurantes. Elles jouent un rôle décisif, et sans elles Clark ne pourrait pas s’en sortir seul. C’est un aspect vraiment intéressant du scénario.

La fin est menée tambour battant : attaque du fortin, tension maximale, poursuite à travers la montagne … c’est efficace, nerveux et cinématographique. On pense à Alamo ou à certains westerns de Kevin Costner, notamment dans la place donnée à la nature. Et la conclusion peut même laisser entrevoir une suite …

Du point de vue des illustrations, mon avis est plus nuancé, mais très personnel. On ne peut que saluer le travail d’Alain Henriet et d’Usagi, et après un court temps d’adaptation, je m’y suis fait. Cela dit, j’ai trouvé l’ensemble parfois un peu trop lisse, presque aseptisé, pour un western d’une telle noirceur. Les vastes paysages ou les plans larges des rues, censés impressionner, m’ont parfois donné l’impression de simples décors artificiels. Les couleurs, très saturées, accentuent ce sentiment et atténuent l’atmosphère sombre que la bande dessinée aurait pu chercher à instaurer. Cela dit, c’est sans doute aussi lié à mon goût plus « classique » pour les dessins des séries comme Durango ou Undertaker, ou dans cette même collection, les très beaux dessins de Western signés Rosinski ou Sykes de Dimitri Armand.

Au final, un très bon album, avec un scénario qui tient la route et une lecture vraiment plaisante. Un western efficace, qu’on pourrait bien avoir envie de relire rapidement !