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Décentralisation en France, quel est ton nom ?

Éditorial par Gérard-François Dumont

Quels sont donc les divers contenus possibles du mot décentralisation en France ?

Un premier sens est historique et s’applique à une politique qui concerne la localisation des entreprises et, plus précisément, des entreprises industrielles. L’Etat encourage la création ou l’extension de entreprises hors de Paris. On considère que ce dispositif a bien fonctionné, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, dans la mesure où certaines entreprises se sont enracinées.

A compter des années 1970, le mot décentralisation passe de la géographie économique à la géographie politique et concerne désormais le transfert à des collectivités territoriales (communes, départements, régions) de compétences auparavant assumées par le centre, donc par des administrations centrales de l’Etat.

Depuis la fin du XXème siècle, le mot décentralisation continue périodiquement d’être employé avec un contenu implicite de sens opposé selon qu’il s’agit de l’Etat ou des collectivités territoriales. Du côté de l’État, les mesures de décentralisation relèvent plutôt d’un désengagement. Du côté des collectivités territoriales, ces évolutions sont vues comme une décentralisation imposée. Rappelons en coutre que, tout en utilisant le mot décentralisation, l’État a multiplié des décisions de recentralisation.

 

Dossier par Roula ABI HABIB KHOURY, Gil BELLIS, Jean-François LÉGER et Alain PARANT

Le Liban, une démographie sous contrainte géopolitique

En plus de ses propres crises, le Liban a toujours absorbé celles de ses voisins. C’est notamment ce qui s’est passé en 2011 lorsque la guerre civile syrienne (2011-2024) a commencé et a conduit plusieurs millions de Syriens à fuir leur pays. Le Liban en a ainsi rapidement accueilli plus d’un million. La présence au Liban de réfugiés syriens peut-elle bouleverser la démographie de ce pays ?

La question est en fait plus politique que démographique. En effet, c’est sur la base du rapport de force démographique entre les confessions religieuses établi lors du recensement de 1932 – le seul officiellement réalisé à ce jour – que le pouvoir a été réparti au Liban onze ans plus tard, en 1943. Alors les plus nombreux selon ce recensement, les chrétiens maronites ont obtenu la présidence de la République, tandis que les musulmans sunnites se voyaient attribuer le poste de Premier Ministre, la présidence de l’Assemblée nationale revenant aux musulmans chiites. Cette partition du pouvoir politique a été établie à une époque où le Liban comptait à peine plus d’un million d’habitants. Depuis, la situation a bien changé, tout particulièrement depuis la guerre civile syrienne.

Selon la Division de la Population des Nations unies (DPNU), le nombre d’habitants au Liban a augmenté de manière très régulière et significative entre 1950 et 2011 : son effectif a été multiplié par 4 durant cette période. C’est dans ce contexte démographique que les réfugiés syriens sont arrivés massivement dès le début de la guerre civile en Syrie en 2011, entraînant une croissance spectaculaire de l’effectif de la population du Liban. En quelques années seulement, le nombre d’habitants a augmenté d’un quart (+27%), passant de 5,1 millions en 2011 à 6,5 millions en 215 (+1,4 millions).

Le Liban se trouverait-il à un point de bascule de son histoire démographique ? La part importante des immigrés, dont la très grande majorité n’a pas la nationalité libanaise, parmi les personnes susceptibles de contrôler aujourd’hui et demain à la dynamique démographique « naturelle » du pays est un constat. Toutefois, un certain flou statistique demeure et il est par exemple impossible de documenter de manière précise les effets possibles de la dynamique démographique sur la distribution confessionnelle au sein du pays, sur laquelle se fonde pourtant la partition des responsabilités politiques. L’absence de recensement depuis près d’un siècle au Liban n’est donc pas sans rationalité. Mais un pays où une partie importante des habitants vit dans la pauvreté, où plus de la moitié de sa population exprime le désir d’émigrer, peut-il prétendre sérieusement améliorer sa situation sans la connaître précisément ? Le recensement est quasiment un prérequis à la gestion des services publics et à l’aménagement du territoire.

 

Document pédagogique (libre de droits)

La géographie des immigrés natifs de Syrie de 2015 à 2024 : un glissement géographique vers l’Occident

 

Exercice pédagogique par Éric GACHET

Les petits espaces insulaires tropicaux face aux changements climatiques

Cette proposition s’insère dans le thème 3 du programme de Géographie en 5ème qui s’intitule : « Prévenir les risques, s’adapter au changement global ». Le choix retenu est celui des petits espaces insulaires tropicaux.

Dans une première étape, les élèves doivent réaliser un schéma fléché à partir de documents pour montrer la vulnérabilité des sociétés insulaires. Dans une deuxième étape, ils doivent réaliser un nouveau schéma fléché à partir d’autres documents pour présenter la gestion des changements climatiques à différentes échelles par différents acteurs.

 

Analyse par Régis de LAROULLIÈRE
Redresser la France : augmenter l’emploi ou travailler plus ?

La France a vécu une période démographique exceptionnelle, avec un environnement de main-d’œuvre abondante, voire très abondante entre 1946 et 1974. Pour l’avenir, du fait de la baisse du nombre de naissances surtout depuis 2015, la France devrait enregistrer une réduction importante des entrées dans la population d’âge actif à l’horizon 2035, baisse qui s’amplifierait ensuite au moins jusqu’en 2045. Le mouvement de passage à l’âge de la retraite des générations du baby-boom va se poursuivre jusqu’à ce que la dernière génération du baby-boom, celle née en 1974, atteigne l’âge de la cessation d’activité, soit à partir de 2039 dans l’hypothèse où cet âge serait alors de 65 ans.

Pour pallier l’insuffisance du temps travaillé par habitant par rapport à d’autres pays européens, et sans espoir d’amélioration naturelle au moins jusqu’à l’horizon 20250, bien au contraire, quels sont les gisements potentiels de travail additionnel (hors prise en compte des mouvements migratoires) ? En comblant son écart de taux d’emploi des seniors par rapport à l’Allemagne, la France compterait 1,3 million de personnes en emploi en plus. Les seniors dont la vie active serait prolongée sont des travailleurs expérimentés, pour la très grande majorité encore en emploi. Même s’ils ne sont plus à l’apogée de leur performance économique, le gain de production et le PIB à se partager serait plus que proportionnel à la hausse du taux d’emploi.

Par ailleurs, une France qui rejoindrait le niveau d’emploi des jeunes en Allemagne compterait 1,4 million d’emplois supplémentaires. Mais un tel rattrapage n’est pas aisé sachant que les structures des deux systèmes éducatifs – Allemagne et France – sont très différentes. Enfin, passer du taux actuel (7,8 % à fin 2024) au plein emploi, soit plus précisément à 4%, taux atteint dans les territoires français dynamiques où, il est vrai, le marché du travail est souvent tendu, à comparer à 3,4 % en Allemagne et 5,9 % dans l’UE représenterait plus de 1,1 million de personnes en emploi en plus (3,7 % de la population active). Quoi qu’il en soit, un tel objectif ne pourrait être réalisé que progressivement, et sans doute trop lentement par rapport aux contraintes du redressement financier et des demandes d’amélioration du pouvoir d’achat. Dès lors, il convient d’examiner l’augmentation de la durée annuelle de travail des travailleurs en emploi.

 

Le point sur… par Lionel PANCRAZIO
Face à la crise du logement en France, quelles solutions durables ?

Depuis la seconde moitié du XIXème siècle, le processus d’urbanisation a entraîné dans le monde une forte concentration de la population dans les villes. Cette croissance urbaine, conjugué à l’essor dû à la transition démographique, a engendré un besoin colossal en logements, accentué par la mutation des modes de vie et des structures des ménages. Aujourd’hui, la crise du logement persiste. Les tensions s’amplifient malgré une croissance démographique très ralentie et l’abondance potentielle du foncier.

Fin 2024, plus de 2,7 millions de ménages étaient en attente d’un logement social, un chiffre en hausse, tandis que les attributions d’un logement social ont reculé à leur plus bas niveau depuis 10 ans. Ces chiffres témoignent d’un désajustement profond entre l’offre et la demande de logement. Au-delà de l’insuffisance de l’offre de logement en résidence principale, les besoins sont aussi qualitatifs. Le parc français de logements existants, souffre d’obsolescence architecturale, environnementale, règlementaire, sociologique, technique et territoriale.

Les modèles de planification urbaine, comme les SCOT, ignorent les mutations rapides liées aux évolutions sociologiques ou sociétales (environnementale, géopolitique ou numérique). Les pratiques françaises actuelles de planification urbaine, se nourrissant insuffisamment d’un véritable démarche prospective, peinent à anticiper des besoins évolutifs, modulables et à concevoir une formulation stratégique adaptée territorialement. Les ménages, confrontés à un parcours résidentiel contraint par les prix du foncier, une précarité énergétique croissante ou, parfois, à la suroccupation de leur logement, ressentent une marginalisation économique et politique, renforçant la défiance envers les institutions. Ainsi, la crise du logement n’est pas seulement économique : elle est aussi démocratique.

Des expériences réussies démontrent qu’une autre voie en matière de réponse aux besoins de logement est possible. Des villes comme Copenhague ou Zurich ont mis en œuvre des politiques d’habitat fondées sur l’implication citoyenne. Ces démarches reposent sur une gouvernance collaborative et sur la valorisation des ressources locales. Des formes d’habitats évolutives, mutables et participatives émergent ainsi. Pour être transposables en France, ce modèle suppose un changement culturel et règlementaire : passer d’une logique administrée et centralisée à une logique de projets localement partagés. En France, cette pratique constitue encore une innovation institutionnelle, mais offre une perspective prometteuse pour résoudre la crise du logement.