Une catastrophe de portée mondiale vue en direct à la télévision : l’explosion de la navette Challenger en janvier 1986.

 

 Le titre correspond au dernier vers d’un poème qu’avait composé le pilote John Gillespie Magee (1922-1941) intitulé « Haut vol » lorsqu’il décrit l’expérience du pilote comme absorbé par l’espace au point qu’il « touche le visage du Créateur ». Le vers est cité par le président Reagan au soir de l’explosion de la navette Challenger survenue le 28 janvier 1986. Cette catastrophe est le sujet de ce roman graphique de 264 pages, scénarisé par le journaliste Laurent-Frédéric Bollée et dessiné par Cristiano Spadoni.

Un bateau remonte dans ses filets un morceau de la navette Challenger au large de la Floride, en 1996, dix ans après son explosion au-dessus de l’océan Atlantique. Le pêcheur répond à son fils qui l’interroge sur cette catastrophe et ainsi démarre le récit. Les auteurs font remonter l’histoire à 1967, lorsque Nichelle Nichols, une jeune-femme afroaméricaine, rencontre Martin Luther King à Memphis. Celle-ci joue un rôle important dans la série Star Trek qui, dès sa diffusion en 1966, devient un rendez-vous quotidien très suivi par les Américains. Alors qu’elle se plaint des discriminations dont elle fait l’objet, à travers le courrier des téléspectateurs, le pasteur la convainc de tenir bon car il voit en elle une ambassadrice de l’égalité des droits.

La mission du lieutenant Uhura et de ses coéquipiers dans le vaisseau Enterprise, la recherche de la vie dans les galaxies n’est-elle pas une métaphore de la recherche de l’égalité entre tous les Américains ? Il est souligné l’audace de cette série plus engagée qu’on ne le croit grâce à son créateur Gene Roddenberry qui filme le premier baiser à l’écran entre un acteur blanc et une actrice noire. Cette actrice, très en vue, est sollicitée en 1976 par la Nasa pour apparaître dans un film promotionnel pour susciter des vocations afin de relancer les vols spatiaux, cinq ans après la fin des missions Apollo.

C’est ainsi que le 2 avril 1981, 20 ans après le premier vol habité dans l’espace du soviétique Gagarine, la première navette spatiale, Columbia, effectue un vol de deux jours dans l’espace, avec succès. En 1984, le président Reagan lance le programme Teacher in Space pour recruter un enseignant et ouvrir les équipages spatiaux à des civils. C’est à ce moment que le principal personnage de la BD intervient, une professeur d’histoire dans un lycée de Concord (New Hampshire), Christa McAuliffe, 37 ans, mariée et mère de deux enfants. On suit le processus de sélection qui la conduit à la Maison blanche où elle est reçue par le vice-président George Bush le 19 juillet 1985. Dès lors, en compagnie des 6 autres membres de la mission STS-51-L, l’une des deux civils, aux côtés de militaires et de scientifiques, elle s’entraîne de façon intensive au Johnson Space Center de Houston. Malgré son enthousiasme et son abnégation, elle ne se sent pas à la hauteur. L’équipage est également soumis aux pressions politiques car on leur impose un discours assuré et conquérant. La tension monte d’un cran dans l’équipe des 7 astronautes, au fur et à mesure que la date du décollage est retardée plusieurs fois – au total trois mois, de novembre 1985 à fin janvier 1986. La raison principale leur est cachée.

Il s’agit d’un problème technique qui concerne les 4 boosters, des propulseurs latéraux de la navette, dont les joints pourraient être inopérants en cas de températures inférieures à 4°. Le problème concerne une entreprise sous-traitante Morton Thiokol dont un ingénieur est le lanceur d’alerte, prédisant un risque d’explosion de la navette ! La Nasa décide de négliger le risque car les températures en Floride même l’hiver ne peuvent être aussi basses. Et pourtant elles le furent : -4°C sont relevés sur le pas de tir au matin du 28 janvier 1986. À 11h 39’13’’, la fusée qui embarque la navette décolle de Cap Canaveral devant le parterre des familles des astronautes, d’une classe du lycée de Concord, tandis que l’événement est retransmis en direct à la télévision. Elle se désintègre 73 secondes plus tard, plongeant d’effroi tout le monde.

Dans les mois qui suivent, la moitié des déchets qui formaient la navette sont récupérés dans l’océan Atlantique dont la cabine qui hébergeait les astronautes. Une commission d’enquête se constitue, des responsables de la Nasa démissionnent, le lanceur d’alerte Roger Boisjoly quitte son entreprise au bout de 6 mois. C’est sur intervention de Richard Feynam Prix Nobel de physique 1965 que la lumière est faite sur les causes de l’accident à savoir des joints toxiques et des failles dans le management technique. On apprend en 1996 que les astronaute ne sont pas décédés de l’explosion dans le ciel de la navette mais de l’entrée de leur cabine dans l’océan à 333 kilomètres par heure.

La bande dessinée réussit à montrer que le programme spatial, et en particulier celui des navettes spatiales initié en 1976, est autant dicté par des enjeux scientifiques que par des enjeux de puissance. La catastrophe de Challenger le 28 janvier 1986 en est un tragique exemple car l’impératif de sécurité a été sous estimé face à la volonté d’exposer la puissance des États-Unis.