Cette œuvre, librement inspirée du récit « Madeleine Pauliac, l’insoumise » de Philippe Maynial, neveu de notre héroïne, est la première collaboration entre Virginie Ollagnier écrivaine et scénariste de BD, autrice de Ils ont tué Oppenheimer, de la série Kia Ora et Yan Le Pon dessinateur de BD, auteur notamment des Chroniques des quartiers de Lyon.

Le récit est construit en flashback avec allers-retours entre les funérailles du lieutenant Madeleine Pauliac et sa mission de sauvetage en Europe de l’Est, entre actions et doutes sur les circonstances de sa mort.

Accompagnée de onze jeunes femmes, certaines engagées dans la résistance, intrépides et parfois naïves également, le lieutenant Pauliac et son « escadron bleu » de la Croix Rouge part à la recherche des Français blessés et malades à rapatrier en France avant que la main de fer du régime soviétique ne s’abatte sur l’Est de l’Europe.

Dans cette course contre le temps pour retrouver et sauver un maximum de personnes, elles se retrouvent confrontées aux pannes mécaniques, aux pénuries et à la violence sexiste. En cours de mission, les difficultés, la solidarité indispensable créent entre elles une amitié hors norme.

En cours de mission dans le camp de Dachau, elles rencontrent une photographe américaine, allusion voilée à Lee Miller, photographe de la libération de l’Europe et des camps.
Puis, la fin de la guerre venant, leur mission les conduisant de plus en plus vers l’Est, elles doivent faire face à l’hostilité croissante des forces soviétiques.
Cet escadron bleu (qui tient son nom de la tenue bleue offerte par l’armée américaine au premier escadron de la Croix Rouge) se retrouve régulièrement confronté à la violence masculine (menaces de viols envers elles, viols réels de nonnes d’un couvent polonais qui n’ont pas vu finalement de différence de traitement entre les nazis et les soviétiques.
La BD fait bien ressentir l’urgence à la fois sanitaire (la survie des blessés est compromise et nécessite de les rapatrier rapidement pour les soigner lentement et montre la montée ne puissance des tensions entre les anciens alliés de circonstance et la main mise toute puissante de l’URSS sur la partie Est de l’Europe.
Lorsque la mission est déclarée terminée, car trop dangereuse, Madeleine Pauliac décide de retourner en Pologne pour finir de venir en aide aux nonnes violées dont certaines ont donné naissance à des bébés à adopter ou restés à leurs bon soin dans un orphelinat monté de toutes pièces pour les protéger.

C’est lors de ce retour en Pologne que Pauliac meurt dans un accident de la route. Une telle héroïne, dérangeante pour les autorités locales peut-elle décéder de manière si banale ? Peut-on faire confiance aux autorités polonaises inféodées à l’URSS pour donner une version fiable des événements ?

La BD laisse planer le doute et préfère porter l’accent sur la sororité renforcée qui ressort de cette aventure hors norme qui a sauvé la vie de nombreux personnes en un temps record et une promesse de rester unies.

En fin d’ouvrage, le témoignage de Simone, la fille de Simone, montre que la promesse des filles de l’Escadron bleu a été tenue, photos à l’appui.

 

Une BD intéressante, non dénuée d’humour, qui met en lumière un épisode peu connu de la fin de la guerre et qui peut être utilisé pour parler de la fin de la guerre, mais aussi du sexisme, du féminisme et du début de la guerre froide. A avoir au CDI.