Le Sahel, zone aride, zone dangereuse est devenu une zone géopolitique sur 5 400 km d’Ouest en Est. Voilà l’espace qu’interroge la journaliste Patricia Allémomière dans Géopolitique du Sahel.
Aux origines de l’effondrement
Cette première partie dresse un tableau des facteurs de risque de la région.
La crise environnementale
Dans cette région semi-aride, le changement climatique rend plus fragile la vie des hommes comme le montre les excès de températures et de pluviométrie enregistrés en 2024.
L’autrice rappelle la grande sécheresse de la fin des années 1960 et les grands projets peu efficaces pour freiner l’avancée du désertLa grande muraille verte de Dakar à Djibouti : Le projet majeur africain de la Grande Muraille Verte, Concepts et mise en œuvre, sous la direction de Abdoulaye Dia et Robin Duponnois, IRD, 2013 – Un projet sort de terre – La Grande Muraille verte ; Priscilla Duboz, Papa Ibnou Ndiaye, Gilles Boëtsch, Aliou Guissé (dirs.), Atlande, 2024 – Dossier de Keune Afrique : Climat : la Grande muraille verte existe-t-elle vraiment ?, 2025.
L’évolution de climat met en péril l’agriculture qui emploie entre 60 et 80 % de la population, suivant les pays, provocant insécurité alimentaire et opposition de plus en plus violente entre agriculteurs et éleveurs.
La démographie s’affole
Malgré un léger fléchissement de la natalité, la population poursuit sa croissance : 20 millions en 1950, 148 millions en 2024, la population est estimée à 276 millions à l’horizon 2050.
Cette croissance s’accompagna d’une explosion de la population urbaine qui devrait passer de 3 millions en 1970 à 90 millions en 2045, et ce dans des villes mal desservies tant pour l’électricité que pour l’eau et l’assainissement, en particulier dans les très nombreux bidonvilles. Elles accueillent 92 % des urbains au Mali, 88 % au Tchad.
Cette situation génère la croissance du secteur informel, de la mendicité et de la criminalité. Elle pousse à la migration dont l’autrice montre les grands axesCarte p. 61.
Des défaillances économiques
L’autrice revient sur les indépendances, les accords de coopération des années 1960 et le poids du Franc CFA. La mondialisation et la recherche de richesses du sous-sol (or, uranium) perturbent les économies locales agraires. Le faible investissement des États en matière économique favorise la persistance d’un secteur informel. Des infrastructures insuffisantes, notamment l’accès à la mer, a facilité l’implantation des multinationales (AREVA).
Plus récemment, certains États ont réaffirmé leur souveraineté et choisi de rompre avec la France, rapidement remplacée par la Chine, la Russie ou les compagnies minières canadiennes. Dans le même temps, l’aide publique au développement diminue.
Aux racines de l’État failli
Parcourant l’histoire, l’autrice montre que l’histoire pré-coloniale sert de terreau à un nouveau nationalisme sans toutefois faire disparaître les identités ethniques. Elle montre le poids du fait religieux comme régulateur social.
Dans ce contexte, les « États-Nations » ont été confrontés à diverses difficultés : multilinguisme, multiethnisme. Le cas du Soudan est développé. L’autrice montre la difficile mise en œuvre de la démocratie entre parti unique et putschs militaires.
Enfin, la région est confrontée au développement des trafics : drogues, armes, migrants.
Le prix de l’ingérence
Cette seconde partie regroupe quatre chapitres, en écho aux évènements du XXIe siècle.
Le phénomène djihadiste
Le djihadisme au Sahel est une conséquence de la crise algérienne et de la guerre civile en Libye.
Au début des années 2000, l’internationale djihadiste s’installe, Al-Qaïda au Niger et au Nigeria. L’autrice décrit son expansion et ses composantes ; JNIM, Boko Haram, EIGS… notamment au MaliConspiration au Mali et au Sahel, Alhassane Gaoukoye, L’Harmattan, 2018 – La géopolitique du Sahel, Seydou Kanté, El Hadji Ibrahima Faye, L’Harmattan, 2022 et au Burkina Faso. Elle montre la cristallisation autour de certaines ethnies : TouaregsQuestion touarègue : genèse, état des lieux et enjeux géopolitiques, Festival de géopolitique – Grenoble 2016, Peuls ou groupes religieux, les Salafistes.
La réponse occidentale
Ce chapitre est consacré aux interventions françaises Serval puis Barkhane. L’insécurité a aussi entraîné un renforcement des armées nationales permettant des putschs et l’apparition de milices d’autodéfense. L’ONU a tenté l’envoi d’une force d’intervention, Sahel et la CEDEAO n’ont pas apporté de solution. En janvier 2024 le Mali, le Burkina Faso et le Niger se retirent des instances régionales.
Le dégagisme occidental
L’autrice décrit le refus de l’ingérence occidentale : fin des accords de défense, rejet de la Françafrique, manipulation des opinions et sentiment anti-Français. Les juntes militaires reprennent les discours souverainistes dans les années 1960, tout en ouvrant la porte à de nouveaux alliés, en premier lieu la RussieWagner – L’histoire secrète des mercenaires de Poutine, Thierry Chavant, Benjamin Roger, Mathieu Olivier, Les Arènes, 2024, la Chine. Le Soudan est un bon exemple des influences étrangères (Égypte, Émirats, Turquie, Iran).
La recomposition politique
L’Alliance des États du Sahel (AES) se met en place en 2025. C’est une entente militaire face à la menace djihadiste, sans réels succès. Elle vise aussi l’économie : mutualisation des politiques agricoles, des infrastructures énergétiques, projet de banque confédérale et sortie de l’UEMOA.
L’autrice montre la force des réseaux sociaux et de la jeunesse dans la désinformation qui permet de museler toute opposition.
Un paragraphe est consacré à la Mauritanie, pôle de stabilité.
L’autrice conclut sur la nécessité, pour la France, de refonder ses relations avec le Sahel.
Un ouvrage très abordable. De nombreux extraits des textes cités peuvent être exploités en classe.


