Quelle truculente arnaque ! Quelle bd ! Et quel scénario ! Avec les félicitations du jury, messieurs Marchetti et Falzon.

Vraiment, cette bd fait du bien, parce qu’elle vous fera rire du début à la fin et qu’elle vous surprendra, y compris à la fin. Puis vient l’envie de la relire.

Avec ce trait dont on se dit au tout début qu’il est un peu trop facile, à tort, car au fil des pages se dévoilent une liberté, une vie et une inventivité graphiques bluffantes. Merci Joseph Falzon. On est donc dans le Paris de l’entre-deux-guerres, celui des tripots et des palaces. Mais surtout, on se glisse dans la tête d’un sacré loustic, rompu à toutes les combines, fausse-monnaie, parties de cartes truquées, fausses identités en cascade qui concoctent l’être postiche total : messire Victor Lustig (lustig est un adjectif en allemand, signifiant drôle).

Un dessin et une langue dé-to-nnants

Fraîchement débarqué des États-Unis avec un compère du type gorille de la pègre de Chicago, l’aigrefin Lustig se met en tête de vendre un bien qui n’est pas à vendre, notre chère et tendre Tour Eiffel. Alors Marchetti échafaude un scénario rocambolesque bourré de gags, mu par une langue savoureuse qui mêle du langage contemporain à un parler plus passe-partout. Cet aspect confère un tonus supplémentaire à l’histoire, en même temps qu’elle nous fait sourire. Les bourdes langagières de Poisson, l’arnaqué, sont un délice.

Un carré de personnages s’impose dans cette trame, à savoir Lustig bien sûr, Poisson le dindon de la farce, Miss Tam-Tam la meneuse de revue et Tourbillon l’inspecteur de police. Au final, le tandem Falzon – Marchetti est tout près du chef d’œuvre de BD comique. Et bravo à Dargaud d’avoir senti ce coup. On demanderait presque une adaptation cinématographique.

A la fin de l’ouvrage, les auteurs ont inséré un petit cahier historique faisant le point sur Lustig (grâce à des coupures de presse), cet escroc d’origine bohémienne qui défraya brièvement la chronique à Paris en 1929.