L’idée de cette bande dessinée est assez intéressante : revenir sur les grands procès, relevant de la justice pénale, qui ont marqué l’histoire. Cet ouvrage a été publié dans une collection qui se veut une sorte « d’encyclopédie » exhaustive sur un sujet, et certaines limites et faiblesses, à notre avis, sont moins le fait de la scénariste et du dessinateur que de la commande de la maison d’édition.

Notons tout d’abord que cette bande dessinée compte plus de 300 pages et qu’elle regroupe 52 procès, de la période antique jusqu’au procès dit « des caricatures de Charlie Hebdo » de 2007. Il apparait clairement que traiter certains procès en moyenne en 5 ou 6 planches n’est pas chose aisée. De manière générale, toutes les planches contiennent beaucoup trop de texte, en plus de dialogues très chargés. Cette volonté d’exhaustivité oblige les auteurs à n’aborder que quatre procès pour toute la période antique, et cinq pour la période médiévale. Notons au passage que l’on utilise plutôt les termes « haut Moyen Âge, bas Moyen Âge ou Moyen Âge classique (ou central) » pour subdiviser cette période médiévale.
Cette abondance de texte confère un côté très « érudit » et mêle à la fois différentes ellipses, chronologiques et factuelles, ainsi que des rappels juridiques et de contexte qui alourdissent très souvent la lecture et peuvent paraître superflus (cf. p. 297, détails des lois sur la presse). Cela constitue néanmoins un intérêt pour les enseignants d’histoire qui souhaiteraient faire référence, au sein de leurs cours, à l’un de ces procès, en disposant en quelques planches d’une illustration de celui-ci.

Cette bande dessinée pose également quelques problèmes historiographiques, propres à l’enseignement de l’histoire du droit dans les facultés de droit, il y a de cela une trentaine d’années. C’est une vision téléologique du droit, une apologie du droit romain, abandonné puis « redécouvert », les monarchies de la période moderne constituant les « fondements » du droit, etc. (cette histoire du droit se retrouve dans les pages introductives de la période « Moyen Âge », p. 25, ou p. 53, « période moderne »). Une autre limite concerne bon nombre d’ouvrages d’historiens cités dans la bibliographie, qui sont très datés. Nous ne prendrons qu’un seul exemple, celui des Templiers, dont le procès de Jacques de Molay est décrit p. 30. Seuls les ouvrages de Georges Bordonove, datant de 1963, et de Stéphane Ingrand, de 2004, sont cités. Une très rapide recherche en ligne laisse entrevoir que différents historiens et historiennes ont publié de nombreux ouvrages plus récents sur ce même sujet des Templiers et de leurs procès : Malcolm Barber, Alain Demurger, Simonetta Cerini ou Barbara Frale.

Ce n’est qu’un avis personnel, mais nous n’avons pas vraiment apprécié les dessins très anguleux des personnages, aux traits fort « enfantins ». Il nous semble que ce style graphique ne correspond pas aux thématiques souvent dramatiques et sérieuses abordées par ces procès. Cet effet de « bande dessinée pour jeune public » est renforcé par un usage récurrent de jeux de mots et d’apartés avec le lecteur, dont on devine qu’ils ont pour but d’alléger le contenu et d’apporter une touche humoristique. Si certains sont réussis, comme p. 29 (tacle sur l’abbé Pierre), ils sont parfois hors sujet et, malheureusement, pas toujours très drôles (p.298, p.44).