Paru le 21 mai 2026 aux éditions Eyrolles dans le cadre de la célébration du centenaire de la naissance de Valéry Giscard d’Estaing, VGE 1926-2020 le visionnaire, propose une approche biographique complète de l’ancien Président de la République, successeur de Georges Pompidou, tant par sa méthode que par son ampleur. Mais l’ouvrage va au-delà de la simple publication commémorative.

Un ouvrage collectif d’envergure pour un portrait à plusieurs dimensions

L’ouvrage se démarque par sa nature collective particulièrement ambitieuse. Dirigée par son fils cadet Louis Giscard d’Estaing, président de la Fondation Valéry Giscard d’Estaing, mais aussi maire de Chamalières et vice-président de l’UDI, la publication regroupe les contributions de 53 contributeurs aux profils très divers.

D’un côté, nous distinguons les témoins, au premier rang desquels figure la famille : son épouse et sa fille Anne-Aymone et Valérie-Anne Giscard d’Estaing qui témoignent de l’homme privé. Les politiques (de droite), des diplomates et des hauts fonctionnaires dont les témoignages abordent diverses thématiques de la vie politique de VGE. Parmi eux : Jean-David Levitte, Jean-Pierre Fourcade, Philippe Augier, Alain Juppé qui consacre son propos à VGE en tant que « ministre des Finances sous Georges Pompidou », Gérard Longuet, Jean-Pierre Raffarin qui revient sur la nomination de Lionel Stoleru au secrétariat d’État à la Condition des travailleurs manuels en janvier 1976, Des historiens ont également apporté leur contribution : Christophe Bellon Jean-François Sirinelli, qui signe le chapitre « Au miroir de la société de son temps », et Éric Roussel auteur d’une biographie de VGE parue en 2018, s’attache, dans le chapitre intitulé « Un futur président engagé », à revenir sur la jeunesse de VGE, à la fois produit des grandes écoles et de la guerre, inspiré par Tocqueville. Des juristes (Anne Levade), journalistes (Patrice Duhamel) hommes et femmes de lettres (Caroline Pigozzi) viennent compléter le panel.

L’ouvrage est divisé en six parties. Le cœur de l’ouvrage est une relecture du septennat giscardien (1974-1981) à travers le prisme de la modernisation et le contexte national et international des Trente Glorieuses. Mais il ne se limite pas à l’homme d’État. Il cherche d’abord à retracer un parcours dans sa continuité, sans réduire VGE à ses seules années élyséennes. Chaque contribution apporte un éclairage sur l’action de VGE et son engagement politique, ce qui permet de mettre au passage en avant l’action de quelques membres de son gouvernement peu connus comme Christiane Scrivener, surnommée « Madame Consommation », à l’origine de la loi de 1978 introduisant, entre autres, le principe du droit de rétractation lors d’un achat. C’est ainsi que le lecteur apprend aussi qu’il détenait la fameuse photo de François Mitterrand serrant la main du maréchal Pétain (reproduite dans son cadre intégral) mais qu’il refusa de l’utiliser contre son adversaire politique lors de la campagne présidentielle.

Polytechnicien, ancien ministre des Finances de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing est élu le 19 mai 1974 à la fonction suprême à l’âge de 48 ans, devenant ainsi, à l’époque et jusqu’à l’élection d’Emmanuel Macron (qui signe la préface) le plus jeune président de la Vème République. Parmi les mesures emblématiques qu’il prit et qui sont restées dans les mémoires, toute tendance politique confondue, figurent l’abaissement de la majorité à 18 ans, la dépénalisation de l’IVG portée par Simone Veil, la réforme du divorce, mais aussi, sur le plan international, son action pour l’Europe aux côtés du chancelier Helmut Schmidt et la création du G7 avec le président Gerald Ford. Son ancrage local et son action en Auvergne ne sont pas oubliés.

Un beau livre de témoignages

Le point fort de l’ouvrage est constitué par les 275 documents et photographies dont la plupart sont inédits : photos personnelles, reproductions de notes, de discours annotés dont quatre pages du brouillon du discours d’adieu du 19 mai 1981. C’est un fait : c’est un beau livre.

Quant à la distance critique attendue, le lecteur pourra regretter l’absence d’un chapitre consacré aux critiques dont VGE fut l’objet. Certes l’ouvrage n’occulte pas ses prises de position parfois discutables (il fut partisan de l’Algérie française comme le rappelle Frédéric Turpin dans le chapitre « Valéry Giscard d’Estaing et l’Algérie : l’apaisement impossible ? »), les tensions avec Chirac, son élection controversée à l’Académie française et certains scandales (l’affaire des diamants), quelques caricatures sont présentes mais celles de Jacques Faizant ne sont sans doute pas les plus acides, ni forcément, pour la plupart, les parties les plus développées. Mais le but de cette publication est ailleurs, elle a pour but avant tout de témoigner, de manière apaisée, des qualités d’une figure politique de premier plan dont l’héritage réformateur résonne encore aujourd’hui.