Avec ce deuxième et dernier tome de Mea Culpa, Jean-Christophe Brisard et Michael Malatini achèvent leur diptyque consacré au rôle de l’Église catholique et du Vatican face au nazisme. Scénarisée par Jean-Christophe Brisard, dessinée et mise en couleurs par Michael Malatini, cette bande dessinée historique est publiée chez Glénat en 2026. L’auteur, déjà connu pour sa trilogie Hitler est mort !, poursuit ici son travail autour des derniers mois du Troisième Reich.

L’intrigue reprend à Berlin à la fin de l’année 1944, alors que l’Allemagne nazie vacille après l’échec de l’opération Walkyrie. Dans un régime aux abois, la répression s’intensifie et les tensions se multiplient au sein même du pouvoir. Le rôle de l’Église, les réseaux de résistance et les relations avec le Vatican restent au cœur du récit, dans un contexte où chacun doit choisir son camp.

Espionnage dans un Reich à l’agonie

Après l’échec de l’opération Walkyrie, Karl Neuhaus poursuit sa mission de surveillance des milieux catholiques. Les services de sécurité nazis cherchent notamment à déterminer si certains membres du clergé ont participé aux réseaux de résistance ou transmis des informations au Vatican. Des hommes d’Église tentent de faire parvenir des documents secrets, tandis que les arrestations, les interrogatoires, les faux témoignages et les procès expéditifs se multiplient.

Dans une Allemagne qui s’effondre progressivement, les trajectoires des différents personnages se croisent. Certains cherchent à se désolidariser d’un régime dont la défaite paraît désormais inévitable, tandis que d’autres, au contraire, se radicalisent et restent prêts à tout pour poursuivre le combat. Karl Neuhaus, Johannes Denk, Dagmar Imgart et Heinz Kunze sont ainsi au cœur des opérations d’espionnage et de surveillance, tandis que le récit met également en scène plusieurs membres du clergé et des figures historiques liées au Vatican et à la résistance allemande. Le récit conduit progressivement le lecteur vers la chute du régime nazi et le dénouement de l’intrigue.

Un second tome riche et captivant

Cette suite et fin est particulièrement intéressante par la manière dont Jean-Christophe Brisard traite la question du rôle de l’Église pendant la Seconde Guerre mondiale. Le scénario évite une opposition trop simple entre une Église résistante et une Église complice du nazisme. Il montre au contraire des attitudes différentes, des choix individuels et des situations complexes. Cette approche rend le récit plus subtil et laisse au lecteur le soin de réfléchir au rôle de l’institution et de ses représentants.

Le contexte historique des derniers mois du régime nazi est également particulièrement bien exploité. Après l’attentat du 20 juillet 1944, les représailles contre les conjurés et leurs réseaux sont extrêmement violentes. Parmi les figures historiques associées à l’opération Walkyrie apparaissent Claus von Stauffenberg, officier allemand qui place la bombe destinée à Hitler, et Carl Friedrich Goerdeler, ancien maire de Leipzig et personnalité civile de la résistance conservatrice qui devait participer au gouvernement envisagé après le renversement du régime. Le récit évoque également le prêtre Otto Müller, engagé dans la résistance allemande et arrêté après l’échec du complot.

Du côté de l’Église, Cesare Orsenigo, nonce apostolique à Berlin proche du régime nazi, et Pie XII, pape depuis 1939, permettent d’aborder les relations complexes entre le Vatican, l’Église allemande et le régime nazi. Leurs positions et leurs actions s’inscrivent dans un contexte diplomatique particulièrement délicat, que la bande dessinée exploite pour nourrir son intrigue.

Le dessin de Michael Malatini est toujours aussi réussi. Les personnages sont très expressifs et le découpage des planches rend le récit d’espionnage particulièrement nerveux et dynamique. Les couleurs, souvent sombres, accompagnent parfaitement l’ambiance oppressante du récit et donnent une place importante à une Allemagne en ruines. La couverture, sobre et élégante, contraste une nouvelle fois avec la vivacité des dessins intérieurs.

 

Avec ce deuxième tome, Mea Culpa propose ainsi une conclusion intéressante à un diptyque consacré à une page de la Seconde Guerre mondiale encore relativement méconnue du grand public. En mêlant personnages fictifs et historiques, espionnage et faits réels, Jean-Christophe Brisard parvient à faire découvrir la complexité des relations entre l’Église allemande, le Vatican et le régime nazi sans réduire cette histoire à une opposition trop manichéenne. Le travail graphique de Michael Malatini renforce efficacement la tension et l’atmosphère du récit.

Ce diptyque mérite donc de trouver sa place dans les CDI des collèges comme des lycées. Il peut permettre aux élèves de découvrir, à travers une fiction historique accessible et dynamique, les derniers mois du régime nazi, les résistances allemandes et surtout une question souvent peu abordée : le rôle de l’Église catholique et du Vatican face au nazisme.