Après un premier tome qui installait l’inspecteur Marsac dans un Paris occupé gangrené par la corruption et les trafics, Philippe Richelle et Jean-Michel Beuriot poursuivent leur récit avec ce second volet d’Un flic sous l’Occupation. Publié chez Glénat, ce diptyque retrouve le duo de Amours Fragiles autour d’un polar historique qui explore une nouvelle fois les comportements et les choix individuels en temps de guerre. Alors que Marsac s’est engagé dans des activités lucratives au service de l’Organisation Todt, il se retrouve désormais pris dans un jeu dangereux entre collaboration, criminalité et Résistance.

Un jeu de dupes sous l’Occupation

L’intrigue reprend le parcours de Marsac, qui poursuit ses activités d’acheteur pour l’Organisation Todt tout en étant contraint par Lucien Grenier d’infiltrer un réseau de Résistance. L’ancien truand devenu auxiliaire des Allemands entend utiliser l’inspecteur pour remonter jusqu’à un fournisseur d’armes. Marsac doit alors composer avec des intérêts contradictoires et multiplier les précautions pour ne pas éveiller les soupçons. Au fil de l’enquête, les situations deviennent de plus en plus dangereuses et le piège se resserre autour de lui. En parallèle, sa relation avec Mathilde reste mystérieuse. Le récit entretient ainsi le doute sur les véritables intentions de Marsac, dont les motivations ne se dévoilent que progressivement, jusqu’au dénouement.

Des personnages pris dans les zones grises de l’Occupation

Ce second tome montre concrètement la complexité des attitudes dans la France occupée. À travers la police française, le marché noir et les activités de l’Organisation Todt, l’album met en scène une société où chacun doit composer avec les contraintes de l’Occupation, mais aussi avec ses intérêts personnels. Marsac illustre particulièrement cette ambiguïté : inspecteur de police, il profite de sa position pour s’enrichir grâce à ses activités pour l’Organisation Todt, tout en se retrouvant contraint de jouer un rôle auprès de la Résistance. D’autres personnages choisissent la collaboration par intérêt, par opportunisme ou pour survivre, tandis que certains tentent de préserver leurs convictions. Cette diversité des comportements évite une vision trop manichéenne de la période. Les motivations de Marsac restent longtemps difficiles à cerner et ce n’est qu’à la fin de l’album que ses raisons plus personnelles apparaissent véritablement. Le dénouement est toutefois un peu rapide et repose sur une ficelle scénaristique assez grosse.

Les dessins « à l’ancienne » de Jean-Michel Beuriot possèdent un charme particulier et correspondent parfaitement à l’ambiance du récit. Son trait réaliste restitue avec efficacité le Paris des années 1940 et ses différents milieux, de la police française aux réseaux clandestins. Associé à un scénario lui aussi assez classique, il donne à l’ensemble un petit air de vieux film policier. Les truands, les filatures, les rencontres discrètes et les personnages aux intentions incertaines renforcent cette impression, tout en ancrant le récit dans le contexte historique de l’Occupation.

 

Un flic sous l’Occupation achève ainsi un diptyque qui privilégie les ambiguïtés et les comportements individuels plutôt que les oppositions trop tranchées. Malgré un dénouement un peu précipité, cette seconde partie confirme l’intérêt de la série pour montrer les zones grises de l’Occupation et les choix auxquels les personnages sont confrontés.