Les auteurs Emmanuel Contamin, psychiatre et Laurent Contamin, qui ne sont pas scientifiques,souhaitent venir en aide aux jeunes éco-anxieux. Ils proposent une réflexion théorique assortie d’exemples et d’exercices pratiques.
La situation est grave…
Cette première partie propose un point sur la situation en matière de changement climatique et d’atteintes à la biodiversité.
Les auteurs rappellent que les scientifiques alertent depuis les années 1970 et plus encore avec les travaux du GIEC et de l’IPBES. Ils évoquent aussi la position des hommes politiques face à ces alertes.
Ils définissent ce qu’est un citoyen éco-conscient dans la crise multiple actuelle.
À partir de quelques chiffres sur le mal-être des jeunes, dont on aimerait connaître la source, les auteurs proposent un parcours en trois étapes.
La situation est grave… mais pas désespérée !
Élargissons notre vision : il s’agit de regarder du côté des raisons d’espérer. Lors de missions humanitaires, Emmanuel Contamin a pu constater l’élan vital des populations touchées par une catastrophe. Dans l’histoire, Edgar Morin voyait qu’à chaque période, la suivante avait été profondément différente. Les auteurs en concluent la nécessaire acceptation de l’imprévu.
Dans toute crise, des opportunités apparaissent. L’étude de personnes exposées au stress post-traumatique montre qu’elles présentent plus de facteurs de résilience que des individus non touchés. Des exemples historiques illustrent le propos.
La nature réinvestit des zones dévastées, comme à Tchernobyl. Le rapport au vivant est donc une source d’espoir.
Des cercles vertueux existent ; comme le montrent des exemples de revégétalisation des espaces urbains face au changement climatique (Wuhan). Toujours en Chine, au plateau de Loess, ou au Kenya, où l’action de Wangar Maathaï en développant des ceintures vertes autour des villages, ces exemples sont révélateurs de co-bénéfices.
Au-delà des exemples, dont on aurait souhaité qu’ils soient plus précis, les auteurs montrent comment une idée se développe lentement puis gagne du terrain avant d’entraîner des changements de comportement, comme par exemple les effets de l’interrogation des épargnants sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.
« Une étude parue dans Science estime que les investissements nécessaires pour limiter le changement climatique à 1,5° C à la fin du siècle sont quatre fois moindres que le coût des dégâts occasionnés par son dépassement… » (p. 57)
À partir des travaux de Serge Moscovici et de François Gemenne, les auteurs montrent le poids des minorités agissantes. Dommage que les exemples soient peu parlants pour de jeunes lecteurs.
Le climat actuel est marqué par une peur de la violence et de la guerre. Cette peur, bien réelle, est sans doute ressentie plus fortement dans un monde pourtant moins violent et moins inégal que par exemple le monde médiéval, d’après les travaux de Steven Pinker, même s’il reste beaucoup à faire.
Le développement historique qui suit serait à nuancer. Les auteurs concluent sur l’existence dans l’histoire de la société de deux mouvements parallèles : la violence, l’exploitation d’une part, les échanges culturels et scientifiques, la coopération d’autre part, en souhaitant que le second prenne le dessus.
Un peu de psychologie.
« Nous sommes des coopérateurs conditionnels : pour rester motivés à coopérer, il est nécessaire qu’il y ait de la réciprocité et un sentiment d’équité… (p. 74)
Cependant, d’après Rutger BregmanÉcrivain, journaliste et historien néerlandais, l’empathie est plus forte envers ceux qui nous ressemblent. C’est sur ce mécanisme que repose la construction de l’ennemi, en déshumanisant l’adversaire.
La question des biens communs (air, eau…) suppose une coopération ouverte.
Toujours à partir des travaux de Rutger Bregman, les auteurs développent quelques exemples de l’effet Golem et de l’effet Pygmalion. Les études sur les catastrophes montrent plus d’entraide que de panique égoïste.
La juste posture, le bon ancrage
Comment renforcer l’espérance ? L’ouvrage aborde, d’abord, les causes cognitives de l’inaction climatique, du déni à l’impression d’impuissance.
Les auteurs proposent quelques attitudes à adopter : regarder la réalité tout en délimitant sa propre responsabilité, s’assurer de la validité des informations en se méfiant des réseaux sociaux, et tenter d’être cohérent entre ses pensées et ses comportements.
Le second point concerne précisément les comportements. Travailler les comportements, c’est d’abord ceux du consommateur, un levier de pouvoir d’agir que les auteurs déclinent : Repair Café, mobilité, familles à énergie positive (Nantes).
Il convient aussi de travailler sur les émotions, pour une pensée nuancée. Reconnaître ses émotions suppose de prendre du recul, grâce à la psychologie positive et à l’ouverture aux autres et à la nature. Pour ne pas tomber dans la naïveté, il faut prendre en compte le négatif.
Un autre angle de travail sur soi passe par les relations aux proches. En psychiatre, Emmanuel Contamin propose des exercices pratiques pour consolider les liens sociaux et, à l’aide d’exemples, la reconnaissance de figures ressources.
La nécessité de changer notre modèle de développement suppose trois niveaux d’action : au plan politique, au plan pratique et au plan personnel.
Les auteurs présentent les travaux de Sébastien Bohler à propos de la perte de sens de notre mode de vie et l’angoisse de mort de l’humanité. Viktor Frankl, neurologue et psychiatre, a montré, chez les rescapés des camps de concentration, que la spiritualité, l’humour et le désir de rester digne ont été des moteurs puissants de survie.
L’espérance est nécessairement collective et engagée dans l’action
L’espérance, pour exister, doit être collective et engagée dans l’action, l’espérance en mouvement a été définie par Joanna Macy, une militante écologiste américaine.
Cette notion d’engagement est reprise dans l’analyse des relations sociales de Serge Paugam. L’engagement suppose un ancrage territorial. Les auteurs montrent le rôle possible de l’école voir la circulaire de 2024 : https://www.education.gouv.fr/l-education-au-developpement-durable-7136 et du monde professionnel, ce que confirment les jeunes diplômés refusant les bullshit jobs, ces métiers qui ne servent à rien et ne semblent pas avoir de sens, même s’ils sont souvent bien payés. On aurait aimé quelques exemples, au-delà des expériences évoquées, intéressantes mais marginales.
Un paragraphe est consacré à l’engagement politique avec des références à Nelson Mandela ou Václav Havel. L’exemple de l’Uruguayen José « Pepe » Mijica pourra intéresser les jeunes lecteurs. La démocratie participative et les Conventions citoyennes sont évoquées de façon un peu abstraite.
Un paragraphe est consacré à l’amour de la nature et à la conscience de l’interdépendance avec les autres êtres vivants. Si les expressions comme « connectivité élevée », « systèmes adaptatifs » sont plutôt abstraits, la référence au documentaire de Vincent Munier Le chant des forêts semble une meilleure piste pour un public jeune, et moins jeune.
La spiritualité est à nouveau invoquée avec François d’Assise et Teilhard de Chardin, autour de l’idée d’un sens social partagé à l’échelle de l’humanité. S’engager, c’est résister aux forces destructrices du vivant, construire des alternatives et contribuer au changement culturel.
Enfin les auteurs s’interrogent sur quelles sont les visions du futur qui peuvent soutenir l’espérance.
« L’espérance est un enjeu vital […] Elle peut surgir du fond du désespoir, comme cadeau inattendu de la vie, mais nous pouvons nous y entraîner… et nous entraider ! » (p. 191).



