Nicolas Raduget : un chercheur indépendant en histoire

Né en 1986, Nicolas Raduget est devenu docteur en décembre 2015 après la soutenance de sa thèse de doctorat d’Histoire contemporaine (sous la direction de Jean-Pierre Williot), Les acteurs et les voies de la mise en valeur du patrimoine alimentaire de la Touraine des années 1880 à 1990 (Université de Tours, 5 volumes, 1063 p.). Collaborateur occasionnel à l’Université de Tours sur certains projets du Pôle alimentation, il crée fin 2018 une micro-entreprise en tant que chercheur indépendant (entrepreneur individuel), en faisant des prestations historiques (recherche, rédaction, relecture, cours, conférences, entretiens).

Vivant à Tours, sa spécialité « académique » est l’alimentation, et particulièrement la mise en valeur du patrimoine alimentaire et viticole de la Touraine depuis la fin du XIXe siècle. Par expérience, il a également développé des compétences plus générales en histoire contemporaine. Son Master 1 et 2 portait sur le parcours politique de Camille Chautemps, député-maire de Tours dans l’entre-deux-guerres. Enfin, il est un passionné de bande dessinée et chroniqueur régulier pour des sites d’actualité BD depuis 18 ans,

L’étude de Nicolas Raduget, les vins de Quincy d’hier à aujourd’hui, démontre qu’il a tout d’un grand vin ! L’AOC Quincy est la première des AOC du Centre-Loire à fêter ses 90 ans. Reconnue par le décret du 6 août 1936, elle concrétisait une longue tradition viticole et la bonne acclimatation du cépage sauvignon sur les sols de deux communes, Quincy et Brinay. Elle prouvait également que la mobilisation d’une poignée de vignerons du Cher et leurs relais à l’échelle nationale pouvait s’avérer très efficace pour valoriser un terroir d’à peine 200 hectares. Ce livre relate la longue histoire des vins et des vignerons de Quincy, depuis l’époque des Bituriges jusqu’à nos jours. Après quelques siècles d’intégration dans un vignoble berrichon en majeure partie réservé à la consommation courante, c’est au XIXe siècle que Quincy devient une place forte et festive du vin. Après le phylloxéra, elle s’oriente définitivement vers la production de vins blancs issus du « Sauvignon de Quincy » et se fraie une place à côté des crus de Chavignol et de Sancerre sur les tables parisiennes.

Composé de 8 chapitres (avec les notes placées en fin de ces derniers), outre un avertissement (p. 11), une introduction (p. 13-25), ce livre comporte un chapitre I sur « Retour sur le 6 février 1934 » (p. 27-65), un deuxième intitulé « Quand les masses s’en mêlent » (p. 67-104) suivi d’un troisième sur « Le temps des tâtonnements » (p. 105-165), d’un quatrième « Le grand tournant de printemps 1934 » (p. 167-209), d’un cinquième « Vers l’unité d’action, enfin ! »  (p. 210-248), puis d’un sixième et dernier intitulé « Un accord historique » (p. 249-295). L’ouvrage se termine par un épilogue et une conclusion (p. 297-311) suivi de nombreuses notices des principaux personnages (p. 313-374) et d’une chronologie détaillée (allant de janvier 1934 à juin 1936) du pacte d’unité d’action (p. 375-391) sans oublier toutes les attributions de l’ouvrage scientifique : liste des sigles employés (p. 393-400) ainsi qu’une bibliographie indicative avec archives, sources, témoignages, biographies, ouvrages et articles (p. 401-409), puis, enfin, des remerciements (p. 411-412).

Quincy pour la vie. Appellation d’origine collective

L’ouvrage de Nicolas Raduget s’inscrit dans le renouvellement récent de l’histoire des terroirs viticoles et des appellations d’origine contrôlée. Consacré au vignoble de Quincy, dans le Cher, il retrace l’évolution d’un espace viticole depuis l’Antiquité jusqu’au XXIe siècle, tout en mettant l’accent sur la construction collective de l’identité du vin de Quincy et sur l’obtention de l’appellation d’origine contrôlée (AOC) en 1936, première AOC du Centre-Loire. L’auteur adopte une démarche à la fois historique, économique et sociale. Loin de se limiter à une simple monographie locale, il analyse les mécanismes qui ont permis à un vignoble de taille modeste de s’imposer dans le paysage viticole français. Le livre montre comment les vignerons de Quincy ont progressivement construit une réputation fondée sur la qualité du sauvignon cultivé sur les terroirs de Quincy et de Brinay. Cette reconnaissance est le résultat d’un long processus associant savoir-faire locaux, réseaux commerciaux et mobilisation collective des producteurs.

L’un des principaux intérêts de l’ouvrage réside dans l’étude de la période contemporaine. Nicolas Raduget souligne les effets des crises viticoles du XIXe siècle, notamment le phylloxéra, qui conduisent à une profonde restructuration du vignoble. Le choix du cépage sauvignon devient alors un élément central de l’identité locale. Cette spécialisation favorise l’intégration du vin de Quincy dans les marchés urbains et contribue à sa notoriété croissante auprès des consommateurs. L’auteur accorde également une place importante aux acteurs de cette histoire. Les vignerons apparaissent comme les véritables artisans de la reconnaissance du terroir. Leur action collective, relayée par des soutiens institutionnels et politiques, aboutit à la reconnaissance officielle de l’AOC par le décret du 6 août 1936. Cette approche permet de dépasser une histoire strictement économique pour mettre en lumière les dimensions sociales et culturelles de la viticulture.

Sur le plan méthodologique, l’ouvrage repose sur une documentation abondante, mobilisant archives, presse locale et sources professionnelles. Cette richesse documentaire confère une grande solidité à la démonstration. Le récit est accessible tout en conservant une rigueur scientifique appréciable. On peut toutefois regretter que certaines comparaisons avec d’autres vignobles du Centre-Loire, notamment Sancerre ou Menetou-Salon, ne soient pas davantage développées, ce qui aurait probablement permis de mieux situer l’originalité du cas de Quincy pour le lecteur.

En définitive, Quincy pour la vie. Appellation d’origine collective constitue une contribution importante à l’histoire des vignobles français et à l’étude des appellations d’origine. À travers l’exemple de Quincy, Nicolas Raduget met en évidence la manière dont un terroir viticole se construit historiquement par l’action collective des producteurs, l’adaptation aux crises et la valorisation d’une identité locale. Nous ne pouvons que recommander ce livre historique tant pour la richesse de ses connaissances, sa documentation, ses illustrations et infographies. L’ouvrage intéressera aussi bien les historiens du monde rural que les spécialistes du patrimoine viticole et des politiques de qualité agricoles mais aussi les enseignants-chercheurs s’intéressant à l’histoire viticole que les érudits sans oublier les étudiants en histoire cherchant de nouveaux sujets de Master 1 et 2, voire de thèse.