Le fracas du monde est au programme avec ce nouveau numéro de Topo avec la situation à Gaza mais aussi celle des sans abris à Paris. La livraison désormais trimestrielle se penche également sur la fast fashion ou l’urbex.

Haidar, 21 ans, dans l’enfer de Gaza

En octobre une journaliste commence à échanger avec Haidar, un jeune homme qui vit à Gaza. Son quotidien est marqué par le bruit des drones et des avions israéliens. Il est né en 2004 dans une famille lettrée et il baigne dans un milieu très marqué par la culture. Il est admis dans une grande faculté ce qui lui permet de découvrir autre chose que son quotidien. Mais, avec les bombardements de 2023, tout s’arrête. En 2024, il aide des enfants à utiliser l’art pour en faire un soutien psychologique à leur situation. Blessé en 2025, il est soigné dans une tente et n’ a pas accès aux communications. Ses amis s’inquiètent de ne plus recevoir de ses nouvelles. Il frôle la mort. En 21 mois de conflit, le ministère de la santé de la bande de Gaza chiffre les pertes à environ 60 000 morts sans compter les disparus. La journaliste avec laquelle il échange le trouve de plus en plus déprimé. Il est prêt à tout pour quitter Gaza. La fin du reportage donne à voir les photographies d’Haidar.

Elise, Charles et la mesure médiatique

« Sans filtre » s’intéresse à Elise Lucet qui s’est taillée depuis plus de dix ans une réputation d’enquêteuse infatigable. Son émission « Cash investigation » fait peur à de nombreuses personnes ou entreprises. L’émission avance avec une réputation qui est presque devenue un label. On lui reproche parfois sa méthode trop agressive voire spectaculaire. Pour elle, alpaguer un puissant, caméra au point, reste infiniment moins violent que ce que subit une ouvrière maltraitée au boulot.
Pochep et Emilie Valentin décortiquent le rôle de l’Arcom avec toutes ses subtilités et aussi ses insuffisances. Le contrôle de l’autorité ne porte en effet pas sur les réseaux sociaux d’où la présence abondante de certains politiques dessus.
La revue propose un décryptage d’une photographie officielle de Charles III. En s’affichant avec son fils et petit-fils, le nouveau roi travaille son image. Pourtant, l’image ne se retourne-t-elle pas contre lui car il apparait très vieux.

C’est beau mais c’est faux

Le dossier de ce numéro démontre que ce n’est pas parce qu’une information est répandue qu’elle est vraie. Le premier éclairage s’intéresse au mythe du self made man à travers cinq portraits de patrons américains. Chacun cherche à s’afficher comme un humaniste bienfaisant. De façon beaucoup plus sournoise, il s’agit de présenter certaines choses comme évidentes afin de justifier des inégalités. Le mythe de l’entrepreneur, profondément étatsunien, repose sur plusieurs piliers dont l’idée qu’il incarnerait le progrès. Il n’y a pas vraiment de méritocratie quand on regarde dans le détail le profil de ces grands patrons. En plus, on peut remarquer qu’ils sont souvent très aidés par l’Etat. L’entrepreneur communicant et les médias ont chacun besoin l’un de l’autre pour survivre. L’un fournit la matière, l’autre la diffuse. On mesure aussi que le thème du ruissellement de la richesse a été souvent utilisé mais pas vraiment prouvé dans les faits. Finalement le mythe de l’entrepreneur apparait souvent comme une fiction idéologique au service du capitalisme qui sert à décourager la lutte des classes et à légitimer l’ordre social.

C’était mieux avant (ou pas) ?

73 % des Français pensent que c’était mieux avant et 82 % estiment que la France est en déclin. Même les plus jeunes sont concernés par ce sentiment. Si on essaye d’historiciser le propos, on peut remonter jusqu’à Hésiode et son idée d’âge d’or. Donc, depuis trente siècles, le sentiment que c’était mieux avant existe. Il ne faudrait pas oublier que le progrès a permis des avancées considérables, que ce soit en terme d’espérance de vie, de transport ou encore de luttes sociales. On pense souvent que c’était mieux avant en raison de biais cognitifs. On peut ajouter à cela l’influence des médias et, en plus, la nostalgie est exploitée par l’industrie culturelle mais aussi par les politiques.

En maraude

On suit dans ce reportage une illustratrice lors de sa découverte des maraudes. Elle décrit concrètement comment les choses se passent et plusieurs cas sont évoqués. On sera peut-être surpris de découvrir qu’à la nuit tombée la place des Vosges à Paris change complètement d’ambiance. Il reste difficile de comptabiliser les personnes touchées mais à 86 % ce sont des hommes. Ils se heurtent souvent à des problèmes administratifs de par leur situation précaire. L’illustratrice donne aussi la parole aux militants de l’association chargée d’organiser les maraudes.

Habits et urbex

Aurélien Fabre et Nathanaël Brelin livrent des chiffres effrayants sur la fast fashion. Plus de 10 000 nouveaux modèles sont dévoilés chaque jour ! L’impact environnemental est évidemment énorme et les pouvoirs publics sont totalement dépassés par l’ampleur d’un tel phénomène. Il faut que chacun s’interroge sur son rapport aux vêtements alors que le recyclage apparait comme une tendance qui monte.
Stéphanie Lemoine et Léon Maret abordent le sujet de l’urbex. Il ne s’agit pas de s’installer mais d’explorer des lieux abandonnés. Cette pratique n’est pas légale et peut se révéler dangereuse. Figés dans le temps comme s’ils avaient été quittés précipitamment, les bâtiments donnent forme aux crises que notre crise traverse, de la guerre au changement climatique.

Au sommaire du prochain numéro, il sera question du masculinisme, des végétariens et des coordinatrices d’intimité.