Ce livre appartient à une collection dont un autre ouvrage sur l’intelligence artificielle a fait l’objet d’un compte-rendu. Rappelons que le format choisi se décline autour de questions-réponses et d’une mise en scène graphique attrayante. Chaque entrée se termine par « un mot de la fin », manière de suggérer le débat et donc de prolonger la discussion. Cet ouvrage donne la parole à de nombreux spécialistes présentés en fin d’ouvrage. On peut regrouper les dix-neuf questions en quelques grandes thématiques.
Il faut savoir sur un tel sujet distinguer les faits des croyances, développer l’esprit critique et s’approprier les méthodes qui permettent d’explorer la réalité du monde. Le livre entend donc offrir des réponses claires et factuelles.
Quelques fondamentaux sur notre planète
La première entrée est consacrée au fait que la Terre soit habitable. La présence d’eau et la distance au soleil apportent à la Terre un équilibre subtil. Sans effet de serre, la température moyenne serait de – 18 degrés au lieu de + 15. A bien des égards, la planète Terre apparait donc exceptionnelle. Il est question ensuite de son âge et des moyens de le déterminer. Durant l’Antiquité, deux choses intriguaient les savants : comment des fossiles d’animaux marins peuvent-ils se trouver sur une montagne à des centaines de kilomètres d’un rivage et pourquoi certains fossiles ne correspondent à aucune espèce existante ? Ensuite, de la stratigraphie à la datation radioactive, l’humanité a progressivement appris à lire les archives du temps inscrites dans les roches fossiles. Le centre de la Terre se situe à 6370 kilomètres mais on n’a pas pu aller plus loin que 12 kilomètres ! Enfin, les gaz rares conservent la trace des évènements passés. Leur quantité et composition sur Terre permettent de mieux comprendre la chronologie de formation de notre planète.
Vie et climat
La sixième question porte sur les premières traces de vie. Tout d’abord, il faut savoir ce qu’on entend par vie. Actuellement, les plus anciennes traces de vie sur lesquelles s’accorde la communauté scientifique proviennent de la formation de Strelley Pool en Australie et datent de 3,4 milliards d’année. Plusieurs entrées sont consacrées aux climats et notamment à la façon de reconstituer ceux du passé. A cet égard, les carottes de sédiments jouent un rôle essentiel. Une autre entrée porte sur le rôle de la circulation océanique en lien avec le climat. Des exemples de l’influence des courants sur le climat à différentes échelles sont donnés. On mesure aussi l’importance des modèles numériques pour projeter l’avenir.
Continents et volcan
Plusieurs penseurs ont émis l’hypothèse de la dérive des continents avant qu’elle ne soit formalisée par Wegener en 1915. Oubliée ensuite, il faudra attendre les années 60 et de nouvelles technologies d’exploration sous marine pour que la théorie refasse surface. C’est au XIXème siècle que de grandes quantités de données sont collectées sur les tremblements de terre. Après le séisme de 1906 en Californie, Fielding propose la théorie du rebond élastique selon laquelle les tremblements de terre seraient causés par la libération de contraintes accumulées le long des failles. Aujourd’hui, 200 millions de personnes vivent à moins de 30 kilomètres d’un volcan actif. Un des articles montre les dégats liés aux cendres selon la proximité de la zone touchée. La prévention repose sur trois piliers : la surveillance scientifique, l’information des populations et la préparation des plans d’évacuation.
Energie et anthropocène
Un article traite de la façon de calculer le stock d’énergie fossile. Des dessins très clairs expliquent la formation du pétrole ou du gaz. Actuellement les réserves exploitables de pétrole correspondent à 52 ans de consommation au rythme actuel. Cette estimation est réévaluée tous les vingt ans. Aujourd’hui, on n’extrait que 35 % du pétrole présent dans un gisement. Un chapitre revient sur la notion d’anthropocène. Changer d’époque géologique n’est pas une décision symbolique ; c’est un processus scientifique rigoureux qui se fait à partir de marqueurs. La boucle est en quelque sorte bouclée avec un article qui s’interroge pour savoir si on aura toujours de l’eau douce demain. Selon l’ONU, en 2050, 1,8 milliard de personnes pourraient vivre dans des régions où les réserves en eau souterraine seront presque ou entièrement épuisées. Faut-il alors rechercher d’autres planètes habitables ? L’article dresse la liste des conditions indispensables que devrait remplir un tel lieu.
Fruit du travail d’une vingtaine de chercheurs et chercheuses de l’Institut national des sciences de l’univers, cet ouvrage remplit de façon très claire sa mission, à savoir mieux comprendre le passé, le présent et le futur de la Terre. Un ouvrage à recommander.


