Cet ouvrage tente de restituer la démarche du collectif SPHEROGRAPHIA qui réunit des chercheurs aux approches disciplianires plurielles (géographie sociale et culturelle, géographie politique de l’environnement, sciences de l’information géographique, histoire environnementale…), des collectifs d’artistes (arts plastiques et numériques) et des musées partenaires. Il se veut à mi-chemin entre un catalogue d’exposition, qui capitalise sur la diversité des objets produits et exposés tout au long des 4 années du projet, et une synthèse transversale et réflexive sur les travaux engagés.
Les globes, terrestres ou célestes, objets d’art, de savoir et de pouvoir, sont une des représentations de la planète les plus profondément ancrées dans la mémoire collective.
« Tout en figurant le Monde physique, ils reconfigurent nos mondes sociaux en s’affirmant comme des modèles réduits de la Terre ». Depuis une vingtaine d’années, avec le développement de la géographie numérique, les globes virtuels semblent avoir pris le relais.
Les globes créent alors des images de notre planète vue de l’espace qui formatent nos imaginaires territoriaux et nos perceptions des changements en cours et à venir. Comprendre les desseins qui guident la fabrique des globes et les effets qu’ils provoquent sur nos conceptions du Monde est essentiel pour sortir de cette logique que le philosophe Michel de Certeau qualifiait d' »œil totalisant ».
En effet, les globes sont à la fois des objets de pouvoir, de savoir et d’art. L’exposition « Le Monde en sphères » (disponible en ligne) montre bien ces différentes dimensions et relate en même temps, l’évolution de leurs représentations de l’Antiquité à l’époque actuelle.
Pour les artistes, les savants ou les puissants, le globe terrestre a longtemps été considéré comme la représentation la plus réaliste de notre planète. Néanmoins, les images de la Terre depuis l’espace – de la photographie à l’imagerie satellitaire, de l’analogique au numérique – l’ont peu à peu remplacé.
La croissance exponentielle des données numériques sur l’environnement place donc les globes virtuels au cœur des débats actuels sur les changements globaux.
En participant activement à la mise en spectacle et à la mise en science du Monde, ces visuels constituent des objets techniques dont le contenu, éminemment idéologique et politique, gagne à être exploré. En plus de Google Earth, bien d’autres globes virtuels inondent internet. A partir de l’analyse d’une globothèque, véritable librairie de plus de 200 globes virtuels, 4 familles ont été identifiées : expliquer les changements globaux, raconter l’histoire de l’anthropocène, esthétiser le mouvement de la Terre et créer son propre monde.
Le courant de la cartographie critique, apparu dans les années 1980, remet toutefois en cause les postulats positivistes de la carte (même et surtout numériques) comme représentation neutre, objective et précise du territoire. Au contraire, de nombreux chercheurs nous invitent à déconstruire les cartes pour dé-couvrir, désarpenter, découturer le monde.
Au final, un livre foisonnant lançant de nombreuses pistes de recherches et d’application en classe de la primaire aux classes préparatoires, dans les domaines scientifiques comme artistiques. En fin d’ouvrage, des QR Codes donnent accès à des expositions virtuelles et à des géovisualisations en réalité augmentée.



