Nous baignons dans les cartes et celles-ci nous fournissent un certain point de vue. Cela signifie qu’on ne peut penser la carte sans poser la question du pouvoir. L’autrice aborde le sujet sous de multiples angles structurés autour de six entrées. L’autrice invite à ne pas avoir une approche darwinienne de la carte, en pensant que le rationnel gagne du terrain. Nephtys Zwer est chercheuse en histoire et spécialiste de contre-cartographie. Elle a été coordinatrice et traductrice de « Ceci n’est pas un atlas » et co-autrice de « Cartographie radicale ».

L’espace

Dès le Néolithique, les humains ressentaient le besoin de représenter le milieu dans lequel ils vivaient, les connaissances qu’ils avaient et comment ils utilisaient cet espace. La carte est le médium d’une connaissance particulière que nous tenons à fournir à notre groupe. Elle adopte des conventions de représentation qui sont propres à un groupe. L’autrice s’intéresse à des cartes récentes pour expliquer ce qu’est la contre cartographie. On découvre ainsi une Barcelone touristique et une Barcelone des réalisateurs et réalisatrices de films. La force de ces contre cartes c’est qu’elles émanent des personnes les plus concernées par une problématique spatiale.

Le discours

La carte repose sur une expertise. Les géographes mais aussi les militaires ont été investis de cette capacité au service des Etats. L’Europe a imposé ses catégories de pensée au reste du monde. Il s’agit donc de porter un regard critique sur la production de ces savoirs.

L’image

Au VIème siècle avant JC, le Grec Anaximandre publie probablement la première carte du monde. Ne recourant à aucun système de projection et ou coordonnées, il utilise la forme circulaire géométrique pour représenter la Terre dans un cercle avec la tripartition que reprendront des cartes du Moyen Age. La carte apparait comme plus puissante que le langage car elle parle à nos sens et à nos émotions. L’autrice rappelle les défauts de la projection de Mercator qui amplifie l’extension des zones tempérées et réduit la taille des pays du Sud.

Le pouvoir

Les cartes peuvent parfois effacer et réécrire le territoire en permanence pour le figer pendant un temps dans des limites territoriales. La légitimation du pouvoir par les cartes est un phénomène de la modernité. Catherine de Médicis diligente en 1561 une enquête de terrain et une cartographie des provinces du royaume. Pendant longtemps, seules les élites disposaient de cartes. L’image cartographique s’est technicisée au fil du temps.

L’instrument

Entre 1756 et 1815, quatre générations de la famille de cartographes Cassini mènent à leur terme le projet d’une Carte générale de la France qui compte 181 feuilles. Cet acte a introduit de nouveaux standards scientifiques en cartographie. Il s’agit d’un projet des Lumières conforme à la science positiviste. Avec seulement 53 symboles standards, elle donna l ‘image d’un pays uniformisé, ce qui ne peut que plaire au pouvoir absolutiste et centralisateur. Plus tard, la nouvelle géographie recourut beaucoup à l’informatique. Cela a inversé l’ordre car nous géovisualisons des données plutôt que nous ne cartographions le territoire. Les femmes ont longtemps été persuadées que la rue était un lieu dangereux alors que leur propre domicile l’est encore plus.

Contre-cartographies

La rupture a lieu dans les années 90 en réaction au paradigme quantitatif et analytique et d’abord dans la recherche outre-Atlantique. Le grand récit de la modernité n’opère plus. Aujourd’hui, la géographie se voit de plus en plus confrontée aux défis d’un Anthropocène en crise. La contre-cartographie ne prétend pas à l’objectivité ni à la neutralité. Elle peut servir à fédérer des personnes autour d’une cause.

En conclusion, l’auteure rappelle que la cartographie n’est que l’un des nombreux discours que nous formulons sur le monde, un discours à déconstruire afin d’en être un peu moins dupe.