Les éditions Eyrolles lancent une nouvelle collection : 50 objets racontent, qu’elles présentent ainsi : « Les objets ont une histoire, une destinée propre. Mais eux aussi contribuent à faire l’histoire ! Témoins, acteurs ou symboles, ils matérialisent la vie quotidienne de nos aïeux, incarnent les grands événements qui ont marqué les époques. Cette nouvelle collection, à destination du grand public, réunit les plus grandes voix de la recherche en histoire. Au fil d’un récit immersif et richement illustré, chaque spécialiste, nous entraîne dans un voyage de 50 objets où se dévoilent, d’un volume à l’autre, civilisations mythiques, lieux emblématiques et figures éminentes à la personnalité hors du commun. » La Révolution française par Jean-Clément Martin et l’Occupation ouvrent la collection, et seront suivies par la Préhistoire, la Bretagne, l’Egypte ancienne, les Services secrets…

C’est Dominique Veillon qui a été choisie pour présenter la vie quotidienne en France sous l’occupation, à partir du choix d’une cinquantaine d’objets emblématiques de ses divers aspects. Elle est effectivement l’une des « plus grandes voix de la recherche en histoire ». Historienne de l’Occupation, de la Résistance et de la mode, directrice de recherche honoraire au CNRS, membre du Conseil national de la médaille de la Résistance française et du Conseil scientifique de la Fondation de la RésistanceElle a longtemps travaillé au sein du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale puis de l’Institut d’histoire du temps présent (CNRS). Elle est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’Occupation et la Résistance en France : Vivre et survivre en France, 1939-1947 (Payot, 1995), La Mode sous l’Occupation (Payot, 2014), Paris allemandEntre refus et soumission (Tallandier, 2021), Jean Moulin, artiste, préfet, résistant, avec Christine Levisse-Touzé (Tallandier, 2023)..

Les objets au cœur du livre et au centre du récit

L’ouvrage est fort bien illustré, agréablement mis en page, rédigé avec clarté, précision et simplicité, parfaitement adapté à un large public qui découvrira ici l’essentiel de ce que fut la vie sous l’Occupation. Pas seulement la vie quotidienne au sens étroit et pratique du terme, mais aussi les aspects politiques et idéologiques de la France de Vichy, les activités de la Résistance, et les évolutions marquantes de la période. Le plan choisi, à la fois chronologique et thématique permet de rendre compte de tous ces aspects. Les objets choisis sont tous représentés, mais ils sont bien plus que des illustrations : ils sont le cœur de l’ouvrage. Les 50 courts chapitres de l’ouvrage sont tous construits à partir de la description et du commentaire de l’objet. Le texte s’appuie sur des extraits de témoignages, de journaux de guerre et de mémoires qui permettent de comprendre l’utilisation et l’intérêt de l’objet dans son contexte historique. Le plan choisi en quatre parties chronologiques et sous-parties thématiques permet de couvrir tous les aspects du sujet : La « drôle de guerre » et la défaite ; La France allemande ; La France de Vichy ; La France au quotidien ; La France résistante ; Vers la victoire.

La France vaincue, la France occupée, la France de Vichy, la France résistante, la France libérée

Le premier chapitre est construit autour de trois objets essentiels : le masque à gaz reproduction de sa notice d’utilisation et photo de l’objet), le poste de radio (« S’informer coûte que coûte ») qui sera un des objets du quotidien durant quatre ans, de même que la bicyclette, indispensable pour « se déplacer en temps de guerre ».

Parmi les objets qui sont ceux de « La France allemande », notons les drapeaux nazis et les panneaux de signalisation en allemand ; les Ausweiss et les cartes interzones (développement sur la France découpées en zones, la ligne de démarcation, les interdits de circulation) ; les avis à la population (qui prouvent que l’Occupant est le maitre) ; l’étoile jaune ; les journaux de propagande allemande (reproduction d’un exemplaire du luxueux Signal) ; les tracts de propagande antisémite ; les tracts de propagande antibritannique ; les tracts de propagande anticommuniste.

Les objets de « La France de Vichy » révèlent les divers aspects du régime : régime antirépublicain, antisémite, antiparlementaire, Révolution nationale, collaboration. Ce sont : le portrait du Maréchal, décliné sur nombre d’objets ; l’Hymne à la gloire du Maréchal ; les lettres d’écoliers au Maréchal ; les tracts à la gloire de la mère de famille et ceux en faveur du travail en Allemagne ; moins connus : les biscuits caséinés, distribués dans les écoles par le Secours national, pour palier (partiellement) à la sous-alimentation des enfants et des adolescents. Les « réprouvés du Maréchal » sont évoqués par la une du journal collaborationniste Le Matin, et par des tracts anticommunistes et antibritanniques.

Le chapitre sur « La France au quotidien » est construit autour de trois thèmes : les pénuries, la débrouillardise, le vêtement et la mode. Cartes de rationnement et pochettes classe-tickets peu connus), recettes de cuisine pour gérer la pénurie (une bonne place est faite aux ersatz),   journaux et revues féminines pour se vêtir malgré le manque, permettent de traiter du rationnement et des difficultés de la vie quotidienne, ainsi que du marché noir (la valise à double-fond). Spécialiste de l’histoire de la mode, Dominique Veillon nous offre une intéressante partie en commentant les représentations de galoches et autres chaussures à semelles de bois, les robes et accessoires vestimentaires ainsi que les chapeaux.

Trois chapitres composent la partie consacrée à la Résistance : ses débuts en 1940 et 1941, la Résistance « organisée » de 1941 à 1943, la France libre. Ils permettent d’évoquer la refus des pionniers et leurs faibles moyens (une affiche lacérée et un papillon « Vive de Gaulle », des tracts artisanaux, la ronéo (qui permit l’impression des tracts et des premiers journaux), son essor et ses actions (les journaux clandestins, les faux papiers, l’Affiche rouge, le livre Le Silence de la mer), la liaison entre la Résistance intérieure et la Résistance extérieure (le portrait du général de Gaulle, le poste émetteur-récepteur, les foulards de codage –sont ici exposées les liaisons radio-, les armes).

Les sept derniers objets évoquent la Libération, de sa préparation à la victoire finale : tenue et paquetage d’un GI, brassards FFI ; insigne de la 2e DB ; un petit cercueil en bois envoyé à un collaborateur ; quelques insignes et supports de la Libération (une broche tricolore, une ceinture brodée à la main, un mouchoir imprimé aux couleurs nationales) ; une robe de déportée ; les journaux du 8 mai 1945.

Une parfaite initiation à la vie de la France sous l’Occupation, qui a vraiment sa place dans les CDI de nos collèges et de nos lycées.