Bernard Pigearias et Louis-Philippe Boulet ont choisi d’entraîner le lecteur vers la Nouvelle France à partir des mots, du vocabulaire de la Belle Province. C’est une plongée dans l’univers de ces migrants devenus colons, coureurs de bois, administrateurs, explorateurs et des contacts avec les Premières Nations.

Cette découverte du français d’Amérique et une occasion d’explorer un métissage culturel et linguistique encore vivant aujourd’hui.

Pour comprendre cet univers, il convenait de rappeler le contexte historiqueCarte de l’Amérique du Nord vers 1750, p. 13 et de préciser les langues parlées par les Amérindiens, environ 300, qu’elles soient algonquiennes, iroquoises… Elles ont laissé des traces dans le français d’outre-atlantique. Utilisées par les coureurs des bois, elles furent décrites, dans des glossaires, par les religieux (Récollets, Jésuites) désireux de catéchiser la population autochtone. Du côté des migrants, si la langue officielle est le français, ils étaient nombreux à parler leur patois. Petit à petit s’est construit un langage populaire uniforme, favorisé par la maîtrise de l’écriture, comme le montre le Suédois Pehr Kalmcité dans le texte p. 19. Les auteurs évoquent la littérature produite au Québec : récits de voyage, rapports de missions, base de leur étude.

Le vocabulaire est présenté dans différents chapitres thématiques qui permettent au lecteur d’aborder tel ou tel thème.

Il s’agit d’abord de décrire les lieux d’Acadie à Ville-Marie. Chaque terme est analysé : origine, références historiques, mythologiques, politiques ou dénomination plus prosaïque (Le Chemin du Roi). Dans quelques cas, c’est une reprise d’une langue autochtone comme Hochelaga qui deviendra Montréal.

Aliments, végétaux thérapeutiques, ce chapitre permet d’évoquer l’agriculture dans la vallée du Saint-Laurent, les plantes venues d’Europe et les nouveautés locales, ainsi que le couvert végétal.

Les colons ont adopté quelques mets amérindiens (farlouche) et bien sûr le petun (tabac). On s’étonne de ne pas trouver la sagamitéOn la trouve présentée avec les peuples, p. 226.

Problèmes de santé et soinsUn long texte informatif (p. 107-126) précède le vocabulaire, cette thématique est abordée à la fois par les pratiques autochtones et les soins prodigués par les ordres religieux ou les médecins qui jouissaient d’un grand prestige. C’est aussi l’occasion d’évoquer le choc bactérien de la conquête et les épidémies. On peut regretter que les termes présentés soient presque exclusivement européens, illustrant la longue méfiance envers le pharmacopée amérindienne.

Personnes, groupes et entités, les auteurs passent en revue les groupements économiques, les « Compagnies » et les régiments présents sur le territoire. Un court paragraphe est consacré aux coureurs de boisSur ce sujet voir Histoire des coureurs de bois, Gilles Havard, Perrin, Tempus (poche), 2021, un autre à la place des femmes et un aux Filles du roi.Face aux Européens, divers groupes autochtones sont présentés : Abenaquis, Agniers, Hurons (incontournables), Micmac… mais des présentations hélas très rapides.
Viennent ensuite les métiers et occupations, des termes administratifs, militaires, religieux, une occasion de rappeler le rôle des missions avec deux longues présentations : les Augustines et les Jésuites.

L’habillement a très vite été influencé par les nécessités du climat. On note la persistance d’un vocabulaire ancien : brayes, tiretaine et l’incontournable tuque, le bonnet indispensable en hiver.

Un dernier chapitre regroupe les mots que les auteurs n’ont pu classer de bimbeloterie à castor, si important dans l’économe de la colonie. Les maringouins, mouches-noires, brûlots et autres taons auraient pu trouver leur place dans la chapitre sur la santé. Orignal ou outarde trouvaient place parmi les aliments.

 

Un livre d’accès facile qui dépayse le lecteur.