Deux ans avant ses 30 ans d’existence, le château médiéval de Guédelon est mis à l’honneur dans ce nouvel opus de Jean-Noël Mouret paru aux Éditions Gallimard. Le sous-titre en dit long : il s’agit de comprendre, comment ce projet fou de construire un château fort ex-nihilo a pu germer et se poursuivre obstinément jusqu’à aujourd’hui.
Un ouvrage d’archéologie expérimentale
Le projet de Guédelon prend naissance sur un terrain vague, correspondant à une ancienne carrière, tel qu’il se présentait encore en 1960. L’objectif est de construire un château neuf du XIIIe siècle en utilisant les techniques de construction de cette époque, étudiées notamment à partir de l’édifice de Saint-Fargeau, lui-même recouvert par une bâtisse du XVe siècle.
Le projet a été imaginé par Maryline Martin, l’actuelle présidente de Guédelon. Bien entendu, il serait impossible de reproduire intégralement un modèle de cette ampleur, dont la construction demanderait près d’un siècle. Le choix a donc été fait de réaliser un château de dimensions plus modestes, tout en respectant les principes et les méthodes de construction médiévales.
Le site a été choisi en fonction des matériaux naturellement disponibles sur place, afin de favoriser une construction fidèle aux pratiques du Moyen-Âge. Le plan du château s’inspire du modèle dit « philippien », développé sous le règne de Philippe Auguste.
Cette architecture, caractéristique de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle, permet ainsi de reconstituer, à travers le chantier de Guédelon, les savoir-faire, les techniques et l’organisation d’un grand chantier de construction médiévale.
Le geste et l’outil
(formule chère à Leroy-Gourhan)
Ce petit ouvrage met en valeur les techniques ancestrales retrouvées et l’importance du geste artisanal : le maniement des outils, le rôle du maître d’œuvre, le choix des matériaux tout respectant les conditions techniques d’autrefois ; pas d’électricité, pas de motorisation, une taille manuelle de la pierre dure sans force mécanique…
Il s’agit de s’approprier les secrets du travail du bois et l’élaboration des charpentes, de forger le métal, de maîtriser l’argile pour modeler des tuiles, et de cultiver les plantes nécessaires à la construction (chanvre pour les cordes, jonc pour les paniers). Les décors faits à base de minéraux et de plantes tinctoriales et les techniques du verre pour les vitraux s’apprennent plus tard.
Ouvert dès sa conception
A l’origine, il a été décidé d’ouvrir le chantier au public et d’accompagner l’expérience de visites didactiques pour partager les découvertes.
Aujourd’hui, de nombreuses activités se sont greffées au projet initial. Le moulin hydraulique a été un défi archéologique et le four banal a permis de s’intéresser à la filière pain.
Les différents corps de métier ont compilé des notes sur les gestes et les techniques redécouvertes, ce qui fait de ce chantier un patrimoine immatériel de premier ordre qui se targue de préparer l’avenir. En effet certains savoir-faire utilisés à Guédelon ont servi à reconstruire la charpente de Notre-Dame de Paris en seulement 5 ans.
Et après ?
Si les éléments les plus connus du château sont presque terminés, le prolongement du projet initial se fait jour. On n’arrête pas une équipe si motivée. Pourquoi pas un village entier puisque tant d’éléments déjà sont présents…
Les nombreuses illustrations constituent l’un des principaux atouts de l’ouvrage. Les photographies, les reproductions d’œuvres, les documents historiques permettent de suivre facilement les explications et d’apprécier la richesse du propos.
Le style est clair et accessible. Le récit reste compréhensible pour un large public qui appréciera certainement cette petite mise au point, compte-tenu de la fréquentation du site, 300 000 visiteurs tous les ans.



