Nouvelle sortie dans la collection « Un pape dans l’Histoire » de l’éditeur, Glénat : le pape Innocent III face à l’hérésie cathare. Le mouvement, qui se développe principalement dans le sud de la France entre le XIIᵉ et le XIIIᵉ siècle, constitue l’un des plus importants mouvements religieux dissidents du Moyen Âge occidental. Les Cathares, parfois appelés « Albigeois » en référence à la ville d’Albi, contestent plusieurs doctrines fondamentales de l’Église catholique et proposent une vision du monde profondément différente, notamment une vision radicale du Bien et du Mal: l’un, spirituel et parfait, créateur du monde invisible, et l’autre, responsable du monde matériel  et considéré comme une création corrompue. Leur implantation est particulièrement forte dans le Sud de la France, particulièrement en Languedoc, où ils bénéficient du soutien d’une partie de la population dont des éléments de la noblesse locale.

La BD prend comme point de départ d’abord le mariage, peu concluant entre Philippe Auguste et Ingeburge de Danemark. Dès le lendemain des noces, il demande le divorce, refusé par l’épouse rejetée. Puis, des violences commises contre des moines à Toulouse. Le point commun de cela? Des relations ternies entre le pape Innocent III et le roi de France, excommunié, et peu enclin à écraser le mouvement cathare, soutenu par le comte de Toulouse Raymond VI, qui s’étend dans le Sud du pays.

Cependant, la situation bascule après l’assassinat du légat pontifical Pierre de Castelnau en janvier 1208 par des hommes de main du comte. Cela conduit le pape Innocent III à excommunier Raymond VI puis à lancer la croisade contre les Albigeois, malgré la repentance du comte. Des milliers de chevaliers répondent à cet appel. La BD évoque peu la mobilisation des barons français dans la croisade, si ce n’est la personnalité de Simon IV de Monfort, mais sans détailler davantage, et insiste sur la question des indulgences promises aux participants.

Cette guerre, qui débute en 1209, se caractérise par une extrême violence et permet progressivement à la monarchie capétienne d’étendre son influence sur le Midi. La BD s’attarde sur la position très politique et calculée du roi de France qui cherche à étendre son pouvoir dans une région qu’il sait rebelle et très proche des territoires anglais. Des épisodes comme le massacre de Béziers ou de Carcassonne marquent durablement les mémoires, notamment pour des assassinats dans les églises des villes. Mais nous n’aurons pas beaucoup plus d’événements.

En parallèle, les auteurs développent également les relations entre Innocent III et (le futur saint) François d’Assise, en fondation de son ordre. Tout comme pour Dominique de Guzman, Innocent III va se montrer ouvert envers ces ordres qui prêchent une radicalité à la fois dans le suivi de la doctrine et le retour édifiant à une vie austère. Là encore, cela est traité dans une double page, sans approfondissement.

Nous finissons étrangement  en 1222, à St Germain-En-Laye, sur les retrouvailles entre Philippe IV, au bord de la mort, et son épouse avec qui il s’est réconcilié. La reine évoque l »héritage d’Innocent III ». Mais, de manière assez étrange, la BD oublie de traiter la période de la fin des années 1210, la nouvelle trahison de Raymond VI, que nous retrouvons sans explication mendiant devant l’église de Toulouse. La mort du pape, en 1216, est également absente, tout comme le concile de Latran, une analyse plus détaillée des idéologies, des croyances et pratiques cathares et la mise en place de l’Inquisition. Il manque également la fin de cette croisade, en 1244, à Montségur, alors que d’autres figures politiques sont en place.

Ces absences rendent l’ensemble très frustrant: la BD n’est ni sur les Cathares, ni sur Innocent III, malgré ce qu’elle annonce dans son titre. Il y a trop de manques pour explorer dans la justesse et la profondeur ces deux thèmes. Un lecteur qui ne connait pas ces périodes passera, sans aucun doute, à côté de cette lecture et en sortira avec plus de questions qu’au départ. Le dossier final apporte quelques éléments supplémentaires, mais ils devaient être au coeur du scénario, pas en appendice. Un deuxième tome semblait indispensable dès le départ de cette aventure éditoriale. Dommage, car le style est assez propre, avec quelques planches assez riches en détails et un jeu de couleur irréprochable.