L’autrice, Nathalie Albertini, part de ses recherches généalogiques pour imaginer les personnages de ce roman historique. Cette Montréalaise d’adoption et originaire de l’île de la Réunion signe ici un premier roman qui retrace le parcours d’une esclave en fuite sur l’île Bourbon.
La montagne d’Améyo, débute par le récit de la naissance de la jeune Améyo en pays ÉwéDans l’actuel Ghana, sur le littoral du golfe de Guinée, à la toute fin du XVIIIe siècle.
L’enfance lumineuse évoquée dans le premier chapitre que l’autrice décrit avec précision, se situe dans une société africaine paisible au cœur de la nature, une mère aimante et les apprentissages d’une jeune africaine, mais aussi les rivalités entre villages.
Alors qu’elle va rejoindre son futur mari dans un village voisin, elle est capturée. Nous sommes en 1802, elle a 15 ans.
La capture des femmes et des enfants est violente, la rupture totale avec la famille, la traversée d’un monde inconnu sont narrés avec soin.
Le chapitre 3, s’ouvre sur la description d’un navire négrierEnchaînés – Dans l’entrepont de la Marie-Séraphique, A. Cortez, B. Guillet, K. Gualdé, C. Lannes, A. Rivalan et J. Odonne, Éditions Petit à Petit, 2021. C’est le récit d’un voyage mouvementé pour la jeune adolescente.
Alors qu’elle a utilisé les compétences de sage-femme, acquises dans sa famille, elle assiste le médecin du bord dans sa tâche. La difficulté pour les captives de communiquer puisqu’elles ne parlent pas la même langue accroît leur désarroi.
Le navire touche terre au Cap-Vert, les captifs sont marqués au fer rouge avant la vente, rapportée dans un langage assez cru. Achetée par Herbert de la Rosemontais, elle suit un esclave, Ovide, né en Martinique.
Un second voyage, moins rude, attend l’héroïne, cette fois vers la Martinique avec le Blanc et son valet esclave Ovide. C’est la vie d’une femme de chambre de planteur qui l’attend. Une discussion, à bord entre Blancs, donne des informations sur les prix des esclaves, leur durée de vie, les réseaux de traite et les conséquences de la Révolution française.
Craignant une contagion de la révolte de Saint-Domingue, le maître veut s’installer à l’île BourbonAujourd’hui La Réunion. Le passage auprès des esclaves de maison de Madeleine de la Rosemontais permet à l’autrice d’évoquer le marronnage et surtout celui, en 1802 en Guadeloupe, de la mulâtresse Solitude.
1803, nouvelle vie à l’île Bourbon, AméyoLe livre est en très grande partie à la première personne, le récit de la voix de l’héroïne. narre son installation et ses sentiments.
Au chapitre 8, elle découvre le Kabar, une fête organisée la nuit par les esclaves, de la musique, des danses qui la replongent dans des souvenirs d’enfance. On entre dans l’intimité de la plantation, des esclaves de la maison. La grossesse d’Améyo, la naissance d’une petite bâtarde du maître sont l’occasion d’évoquer les traditions africaines autour de la naissance. Être séparée de son enfant est intolérable pour l’héroïne, Améyo choisit la fuite, mais elle est vite rattrapée.
1804-1805. Blessée lors de sa capture, Améyo est soignée par une vieille esclave, qui veut lui transmettre son savoir sur les plantes, un savoir qui permet de se protéger des maîtres et des contremaîtres qui ont besoin des guérisseurs, les « docteur-feuilles ».
La vie reprend, cette fois, dans les champs de café, avec son bébé. Elle découvre l’histoire des grands MarronsL’autrice a choisi l’orthographe Marons. célèbres de la fin du XVIIIe siècle, la répression et la violence dans les camps de marronnage.
1806, une épidémie de variole touche l’Île Bourbon qui emporte le bébé d’Améyo, un cyclone a détruit une partie des plantations et permet à l’héroïne de préparer sa fuite vers la forêt et les hauteurs de l’île. On suit la fugueuse à travers une végétation changeante jusqu’au volcan, des rencontres, le goût de la solitude, une forme de liberté. Alors qu’elle a trouvé un refuge dans une grotte, elle part à la rencontre de petits groupes de marrons, dont la vie est bien précaire, pour proposer ses services de guérisseuse. On apprend ainsi, au fil des rencontres, les façons de vivre des Marrons, une survie rude, surtout pour les femmes. Son savoir de tizanér, de guérisseuse, perçu comme surnaturel, inspire le respect et elle défend avec force et ruse son indépendance et sa liberté.
Une rencontre l’amène à partager sa vie avec un Marron malgache, un autre aspect de la traite négrière dans l’Océan Indien ; une occasion aussi de présenter le melting-pot religieux de l’île.
Le récit, précis, plein d’humanité, rapporte la vie d’Améyo, imaginée par Nathalie Albertini. Pendant ce temps, la Réunion a connu des catastrophes naturelles, des crises économiques, la domination anglaise (1810-1815), des révoltes d’esclaves. En 1821, c’est Ovide, le compagnon d’infortune dans la maison de la Rosemontais qui permet à l’héroïne de découvrir ce qui s’est passé durant ces années dans la montagne.
Le dernier chapitre, Une nouvelle génération en 1848 évoque la vie à Cilaos et l’évolution vers l’abolition de l’esclavage.
Ce n’est qu’un roman, bien sûr, mais un roman prenant qui ne peut laisser le lecteur insensible. Son intérêt réside dans le choix des espaces. La traite atlantique, bien présente au début du roman, est étudiée et a souvent été le cadre d’aventures romanesquesPar exemple : Alma – Le vent se lève, Timothée de Fontbelle, Gallimard Jeunesse, 2020, la traite transsaharienne et surtout la traite vers l’Océan indien sont peu connues. L’ouvrage dit aussi beaucoup de la violence qui marque les Marrons ; on pense alors à la violence actuelle en Haïti. Le cirque de Cilaos, qui abritait Améyo au XIXe siècle, n’a rien perdu de sa beauté et de son pouvoir d’attraction.



