Cet ouvrage, traduit de l’italien, évoque un thème à la fois français et italien avec l’exil antifasciste de l’entre deux guerres à travers la figure de l’antifasciste Carlo Rosselli.
D’un article à une thèse
Ce qui était au départ un simple article est devenu un volume avant de se transformer en une thèse de mille pages. L’ouvrage fait une large part à l’aspect visuel avec de nombreux documents. On trouve aussi une série de plans correspondant à trois « promenades rosseliennes », toutes très bien détaillées. Il comprend aussi un appareil conséquent de soixante pages de notes.
Qui est Carlo Rosselli ?
Cette monographie le suit de 1929 à 1937 en France. Jeune vétéran de la Première Guerre mondiale, il s’est imposé comme un intellectuel et activiste antifasciste italien. Engagé dans la guerre d’Espagne, il a été assassiné sur ordre du régime fasciste italien.
Les influences familiales
Au XIX ème siècle, certains membres de sa famille se sont établis à Londres et une série de mariages en Italie et en Angleterre les lièrent à d’autres familles juives italiennes importantes. Le jeune Carlo s’inscrit donc dans une tradition marquée par un universalisme européen et aussi une réelle francophilie.
Paris, capitale des libertés
Il s’installe à Paris en 1923. La ville est perçue comme une île de liberté au coeur d’une Europe instable politiquement et elle semble encore épargnée par la crise économique. Elle est finalement la capitale intellectuelle du monde. Pour Rosselli, l’exil est un départ forcé par « l’inadéquation de l’action politique » menée en Italie par les anciens partis.
Les demeures parisiennes de Rosselli
Les différents logements occupés témoignent de l’adaptation constante d’un dirigeant politique à un environnement étranger. L’auteur les passe en revue et l’ensemble est accompagné de nombreux documents iconographiques.
Les vicissitudes administratives et humaines de l’exil
Carlo Rosselli a pu envisager de poursuivre le combat antifasciste loin de Paris. La recherche d’appuis administratifs au sein des milieux politiques français fut un leitmotiv de son séjour parisien. Partisan d’une politique étrangère favorable au gouvernement italien, Laval oeuvra ouvertement pour l’expulser.
Les habitations des amis
Une grande partie des amis italiens de Rosselli appartenaient à l’émigration antifasciste. Il fréquentait, par exemple, les Venturi ou encore Emilio Lussu. Il entretint aussi des relations amicales avec l’anarchiste Camillo Berneri. Il a sans doute rencontré certains membres de l’émigration russe.
Adresses formelles et informelles de la politique et de la culture
La correspondance de Rosselli montre qu’il fréquentait avec peu d’assiduité les « lieux publics » de l’antifascisme unitaire. Pour lui, fréquenter trop assidument les lieux officiels serait revenu à s’accommoder de la vie d’émigré politique, ce qu’il critiquait dans des textes et discours publics.
Carlo Rosselli, personne privée dans le Paris des loisirs
Il se définissait lui-même comme un père trop souvent absent. Dans ses moments libres, il participait à la vie culturelle parisienne Dans sa correspondance, les références à l’actualité théâtrale parisienne sont fréquentes. Il se montre aussi enthousiaste à la lecture du « Sang noir » de Louis Guilloux. Il faut mentionner également qu’il se rendait régulièrement dans les cafés, lieux de sociabilté et de rencontres avec des artistes. Comme la plupart des familles de la grande bourgeoisie parisienne, les Rosselli partaient en vacances l’été.
Les caractéristiques de la vie parisienne de Carlo Rosselli
Grâce à une solide situation financière pendant l’essentiel de son exil, il a pu habiter et fréquenter des lieux inaccessibles à la plupart de ses compagnons de lutte. Il a participé de façon irrégulière mais significative à la vie culturelle parisienne. Il affiche donc une conception originale de l’exil. L’exil offrait à Rosselli l’opportunité d’élargir son horizon culturel à la France, pays au coeur de cette civilisation européenne qu’il concevait comme opposé par nature à la barbarie fasciste.
Cet ouvrage original restitue donc la vie et les idées de l’antifasciste Carlo Rosselli. Conjuguant dimensions privée et publique ainsi que des angles originaux, à travers les endroits qu’il fréquentait, on saisit mieux celui qui aimait à dire, « J’aime le genre humain comme abstraction et l’homme de manière concrète ».



