L’ouvrage Jean Zay (Invention, reconnaissance, postérité), publié sous la direction de Pierre Allorant, Gabriel Bergounioux et Pascal Cordereix, constitue l’avant-dernière parution des Presses Universitaires François-Rabelais de l’Université de Tours, dans la collection « Perspectives Historiques ».
Pierre Allorant est professeur d’université en Histoire du droit et des institutions à l’université d’Orléans (POLEN EA 4710) et est secrétaire général du Comité d’histoire parlementaire et politique (CHPP).
Gabriel Bergounioux est professeur d’université en linguistique à l’université d’Orléans et directeur du Laboratoire ligérien de Linguistique (LLL : UMR 7270 – Université d’Orléans/Université de Tours/Bnf/CNRS).
Pascal Cordereix est conservateur en chef des bibliothèques, chef du service des documents sonores au département de l’audiovisuel à la Bibliothèque Nationale de France et directeur-adjoint du LLL (Laboratoire ligérien de Linguistique).

Cet ouvrage a été conçu à partir du colloque « Jean Zay : la culture et les langues (Invention, Reconnaissance, Postérité) », tenu le 25 novembre à Paris (à la BNF) et à Orléans le 26 novembre 2014. À côté d’ouvrages biographiques et d’histoire politique, ce livre, grâce à son approche originale, offre un regard nouveau et complémentaire sur l’apport de Jean Zay à la culture de son temps. L’originalité du parcours du fondateur de la Phonothèque nationale, du Musée des Arts et Traditions populaires, du CNRS, de l’ENA et du Festival de Cannes est ici restituée par les regards croisés des sciences humaines.
Outre une préface de Pascal Ory (p. 7-8) et une introduction générale des trois directeurs de publication Pierre Allorant, Gabriel Bergounioux et Pascal Cordereix (p. 9-11), les 11 communications se répartissent comme suit : 2 pour la partie I (p. 13-42), 4 pour la partie II (p. 43-102), 2 pour la partie III (p. 103-136) et 3 pour la partie IV (p. 137-169). Puis, suivent la postface rédigée par Pierre Allorant (p. 171-174), la filmographie et la bibliographie (de et sur Jean Zay, p. 175-176) et, enfin, la table des matières (p. 177-178) sans oublier 12 planches d’illustrations en milieu d’ouvrage (p. I-XII).

Partie I : Le parcours

La première partie est consacrée au « parcours » de Jean Zay (p. 13-42).
Avec sa communication Le moment Jean Zay ou la conjugaison française de la république seconde (p. 15-27), Olivier Loubes (professeur d’université associé au FRAMESPA : CNRS / Université de Toulouse Jean Jaurès) restitue dans le contexte politique national la trajectoire de Jean Zay : une démocratisation sociale de la République construite par l’État culturel grâce à des dépenses d’investissements qui s’opposent à la doxa de l’équilibre budgétaire.
Avec sa contribution, Traces locales d’un homme d’État : Jean Zay l’Orléanais (p. 29-42), Pierre Allorant (professeur d’université en Histoire du droit et des institutions à l’université d’Orléans / POLEN EA 4710) a exploré ce parcours et les effets dans la ville d’Orléans et le département d’élection que fut le Loiret, depuis les origines familiales dans le monde du journalisme, à travers les actions entreprises jusqu’à la guerre, en prolongeant la réflexion sur ce qui a suivi, de procès en commémorations, illustrant son propos de documents écrits et iconographiques inédits.

Partie II : La culture

Reprenant la question de l’oralité, quatre contributions mettent l’accent sur les diverses modalités d’une culture de la parole qui recevait droit de cité à ce moment de l’histoire de France (p. 43-102).
Au plus près de l’invention de nouveaux objets patrimoniaux, de la légitimation des usages collectifs et de la pérennisation documentaire, l’exemple de la Phonothèque nationale – et du dépôt légal des enregistrements qui y est associé – est traité par Pascal Cordereix (conservateur en chef des bibliothèques, chef du service des documents sonores au département de l’audiovisuel à la Bibliothèque Nationale de France et directeur-adjoint du LLL soit le Laboratoire Ligérien de Linguistique) de façon exhaustive, s’accompagnant d’une réflexion critique sur la signification même du concept de « reconnaissance », avec son article intitulé La difficile naissance du dépôt légal du « disque » en France (1925 – 1938) (p. 45-57).
Avec Le théâtre en partage : Contribution à une histoire de l’intervention et du soutien de l’État aux entreprises culturelles (p. 59-67), Léonor Delaunay (Société d’histoire du théâtre, associée au CHCSC) recense le foisonnement d’expériences d’art dramatique qui ont préfiguré le développement d’un théâtre décentralisé et qui se sont orientées vers la constitution d’un modèle de l’ex¬pression parlée à l’heure où l’irruption de la radio substituait ses normes à celles des acteurs.
Histoire d’une rencontre autour du conte. Jean Zay et Célestin Freinet (p. 69-88) Catherine Velay-Vallantin (EHESS Paris) développe le thème d’une exploitation pédagogique du conte par Célestin Freinet en l’inscrivant dans les réformes scolaires de son temps mais aussi dans les transformations d’une écriture littéraire devenue plus perméable à l’oral.
Avec La linguistique saisie par la politique : le peuple et sa langue (p. 89-102), Gabriel Bergounioux (professeur d’université en linguistique à l’université d’Orléans et directeur du Laboratoire Ligérien de Linguistique – LLL : UMR 7270 – Université d’Orléans / Université de Tours / Bnf / CNRS) en poursuit la démons¬tration en montrant comme s’était établie une certaine définition d’une forme d’appréciation collective du français parlé dans sa relation aux autres langues à l’heure où les vecteurs d’information se transportaient de l’imprimé à la parole, où le disque prenait sa place à côté du livre, la radio à côté du journal.

Partie III : Lire et entendre

Dans le même temps, se trouvent interrogées les représentations qui nous sont parvenues à travers les différentes sortes de témoignages (p. 103-136).
Il faut également réexaminer des textes autographes, notamment les écrits rédigés durant l’incarcération où ce n’est plus seulement comme protecteur mais également comme producteur d’une forme culturelle que Jean Zay se révèle par un traitement inventif du journal et de la correspondance, une pratique d’écriture qui l’a aidé à maîtriser son destin durant son incarcération comme le démontre la communication de Claude Mouchard (Université Paris 8) intitulée Écrire et lire en prison (p. 105-117).
Enfin, les enregistrements sonores disponibles nous apprennent quelque chose d’essentiel sur les transforma-tions linguistiques du discours politique comme le prouvent Olivier Baude, Gabriel Bergounioux, Céline Dugua (Laboratoire Ligérien de Linguistique – LLL : UMR 7270 – Université d’Orléans) dans leur contribution Jean Zay et la mémoire orale. Du politique au scientifique, de l’État à la ville, d’hier à aujourd’hui (p. 119-136).

Partie IV : Témoignages

La vivacité de cette mémoire et de ces actions était rendue par deux témoignages. Le président du Cercle Jean Zay d’Orléans, Pierre-Louis Emery, évoque dans un discours reproduit in fine l’action du milieu associatif – Témoignage de Pierre-Louis Emery, président du Cercle Jean Zay (p. 153-159) – avant que les deux filles de Jean Zay, Catherine Martin-Zay et Hélène Mouchard-Zay viennent donner une résonance singulière, juste et émouvante : Témoignage de Catherine Martin-Zay et d’Hélène Mouchard-Zay (p. 139-151) qui est une version des propos tenus au colloque à Orléans, le 26 novembre 2014, d’après une transcription effectuée par Gabriel Bergounioux, relue et amendée par chacun des intervenants.
Enfin, dans la onzième et dernière communication intitulée Le fonds Jean Zay (667AP) aux Archives nationales (p. 161-169), Zénaïde Romaneix (Conservateur aux Archives nationales) questionne les archives, celles confiées par la famille aux Archives nationales qui couvrent l’ensemble de l’activité de Jean Zay et, après son assassinat, le procès du meurtrier et l’hommage rendu au martyr.

Postface : Jean Zay au Panthéon

En guise de conclusion provisoire concernant l’ouvrage sur Jean Zay, Pierre Allorant rédige une postface évoquant, il y a 80 ans, le Front populaire. 1936 : un jeune ministre radical incarne deux des plus grandes ambitions de la gauche au pouvoir : démocratiser l’Éducation nationale, donner accès à tous à la culture, sous toutes ses formes.
Détesté par Philippe Pétain à la tête du Régime de Vichy, condamné à la « mort civile » comme Alfred Dreyfus, assassiné à 40 ans par la milice de l’État français après le Débarquement, Jean Zay est entré au Panthéon, le 27 mai 2015 (aux côtés de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, et Germaine Tillion), tardive reconnaissance de son œuvre innovante et de son parcours républicain exceptionnel.
Jean Zay, radical-socialiste pro-Front populaire, homme d’État, ministre novateur de l’Éducation nationale aussi bien que des Beaux-arts, a su inventer une nouvelle façon de concevoir les relations des acteurs de la culture et des arts au pouvoir politique. Il a mis en œuvre une conception neuve de l’appropriation par la nation de son patrimoine et de ses réalisations artistiques, en respectant la liberté de création et l’indépendance de la fonction publique, à l’opposé des censures et de l’art officiel. L’originalité du parcours du fondateur de la Phonothèque nationale, du musée des Arts et Traditions populaires, du CNRS, de l’ENA et du Festival de Cannes est ici restituée par les regards croisés des sciences humaines.

© Les Clionautes (Jean-François Bérel pour La Cliothèque)