Comment en sommes-nous arrivés à un traitement aussi inhumain des migrants ? Cette question est posée frontalement par cet album de Saint-Cerry et Morissette-Phan. Cette bande dessinée s’empare donc de la question des migrants et propose un récit à la fois original et documenté. Elle adopte un ton particulier comme en témoigne une adresse au lecteur dans les premières pages. Les auteurs expliquent leur projet, leur volonté de faire comprendre et d’aller au-delà des fantasmes sur les migrations. De façon originale, on trouve des compléments sur certains aspects en fin d’ouvrage.
Une entrée en matière choc
L’histoire commence à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique autour d’un marché étonnant, celui du plasma. L’entreprise CSL a installé des dizaines de lieux de collecte de plasma le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Elle cible la population pauvre du Mexique et les migrants qui sont vendeurs de plasma à un prix dérisoire.
Bien se comprendre
On ne peut qu’apprécier la volonté d’être clair et cela passe notamment par l’utilisation d’un vocabulaire commun et bien compris, d’où des définitions au début de l’ouvrage. Les auteurs précisent que les visages ont été inventés pour préserver l’anonymat des migrants et leur sécurité. On trouve donc les définitions de migrants, réfugiés ou d’autres qui peuvent sembler plus inattendues comme « pays-lumière ». Cette expression désigne l’attraction qu’exercent certains pays sur les migrants.
Donner à voir
La bande dessinée propose des choix graphiques originaux. Ainsi, il y a parfois des double pages sans aucun texte, parfois une représentation très réaliste et toujours des propositions graphiques intéressantes et variées qui accompagnent le message. On peut en découvrir quelques planches ici.
Ce qui force à fuir
Les auteurs relatent d’abord les raisons qui font fuir un pays avec des exemples concrets et récents. En 2025, on compte 123 millions de personnes déplacées, soit une hausse de 9 % en un an. La violence, les conflits ou les persécutions sont quelques-uns des motifs qui conduisent à quitter son pays. Parmi les cas évoqués, il y a le Soudan. Ensuite, la bande dessinée évoque le cas des pays de transit avec notamment l’exemple de Melilla. On apprend que le barbelé Concertina, initialement destiné au bétail, sert désormais à empêcher l’entrée de migrants sur un territoire. L’ensemble est très clair aussi sur le processus d’externalisation adopté par l’Union européenne avec des accords avec le Maroc par exemple. Passeurs et routes de passeurs complètent cette approche du phénomène de migration.
Les pays-lumières
On assiste depuis plusieurs années à une bunkérisation des frontières comme à Calais. La répression française des migrants est financée en partie par le Royaume-Uni. Les accords du Touquet ont accordé de l’argent à la France pour stopper les départs des migrants dans la Manche. On voit aussi l’exemple du Texas avec l’installation de ballons au milieu du Rio Grande qui comportent des scies circulaires sous la surface de l’eau. Le chapitre suivant parle de l’invisibilisation des migrants.
Les clichés et la réalité
L’immense foule des déplacés et des réfugiés, en fait 75 % d’entre eux, ne va pas plus loin que juste à côté, dans les pays voisins. Les pauvres accueillent les pauvres. Pour mieux décrypter les clichés, ils sont énoncés pour être mieux déconstruits, que ce soit sur migrants et violence ou migrants et crise du logement. Les auteurs prennent le temps de le faire avec des chiffres très clairs. En quelques dessins, ils montrent aussi comment notre quotidien est marqué par des produits venus d’ailleurs.
En fin d’ouvrage, on trouve un schéma intitulé « les rouages de la grande mécanique des migrants » qui récapitule tout ce qui vient d’être évoqué en dessins. Cette bande dessinée joue donc sur plusieurs registres de façon très efficace et très informée. Une réussite.




Merci pour cette fiche. Je fais commander par les documentalistes de mon lycée.