Ce nouveau numéro de la jeune Revue d’histoire de la Nouvelle-France propose un dossier sur les frontières.
Dans le très vaste espace nord-américain, la question des frontières est à la fois politique, économique et juridique.
Alain Greer et Catherine Desbarats tentent de répondre à une question pas si simple: Où est la Nouvelle-France ? Ils ont travaillé sur les représentations dans les manuels scolaires. Ils abordent la notion de souveraineté effective et le fait de réclamer une autorité sur un espace, pas de frontière matérialisée aux XVIIe et XVIIIe siècle entre les empires français et anglais. Ils posent la question de la toponymie autochtone, très présente sur les cartes, sans que les peuples ne soient nommés. Quelles étaient, pour les contemporains, les représentations de ce très vaste espace de l’embouchure du Saint Laurent au delta du Mississippi, territoire revendiqué mais où les Français étaient si peu présents.
Éric Thierry présente La terre-des-Bretons, un territoire nord-américain aux frontières imprécises.
Nous sommes là au XVI e siècle avec les premiers pêcheurs bretons ou grands-bretons qui naviguent dans les eaux de Terre-Neuve dès les années 1510-1520, une terre-des-Bretons » qui figure sur les cartes. L’auteur inventorie cette présence sur les cartes et les sources du XVIe siècle. Il aborde la pêche à la morue et les ambitions du roi de France.
Arianne Lalonde part d’un procès pour réfléchir sur les espaces genrée à Montréal au début du XVIIIe siècle: la rue, la maison et cet espace intermédiaire qu’est le seuil, le pas de la porte, une frontière de l’intime.
Avec Willam Henry Seamans c’est un tout autre espace, celui des confins, La logistique militaire: les cas des forts Niagara et Miamis entre 1730 et 1748. La paix relative, après le traité d’Utrecht, déplace l’attention vers la vallée du Mississippi et ses affluents, lieu des convoitises anglaises comme françaises. Pour sécuriser l’accès aux Pays d’en Haut, les Français construisent une série de fortins en bois, marqueurs du territoire et comptoirs de traite dont l’auteur montre la logistique et les acteurs.
Laurent Veyssière rappelle La commission pour le règlement des limites en Amérique (1750-1755).
Après la guerre de Succession d’Espagne, la paix d’Aix-la Chapelle (1748) n’a pas résolu tous les détails frontaliers en Amérique du Nord. L’auteur présente les revendications françaises, la question de l’Acadie et de la vallée de l’Ohio. La discussion porte notamment sur le statut des peuples de la vallée de l’Ohio ; les Britanniques revendiquent leur souveraineté sur les territoires des nations iroquoises. Faute d’un accord, on s’achemine vers la guerre.
On trouvera aussi une interview croisée à propos de la nature du régime: société féodale ou laboratoire du nouveau monde ? En réponse à Martin Lavallée, Benoît Grenier montre les limites du régime féodal importé de la métropole, Dominique Deslandres présente la notion de « Jérusalem bénite de Dieu » et l’idée d’une refondation de l’Église et Gilles Havard nuance l’idée d’une société métissée.
Catherine Ferland répond aux questions de Félix Ouellet à propos de ses ouvrages et notamment Jean Talon 1626-1694, publié en 2026 aux éditions du Septentrion.
Lucie Barlette-Jeffrey dresse le portrait de l’ursuline Marie Guyart, une femme, des mots, un pays, dont elle a étudié la correspondance en tant que Marie de l’Incarnation.
Michel Thevenin s’intéresse à l’ingénieur Lombard de Combles et les fortifications des forts de Chouaguen en 1756.
Marie-Ève Ouellet aborde la commémoration, au Canada, aux États-Unis et à Cuba, de Pierre Le Moyne d’Iberville.
Un numéro qui ouvre des pistes pour une meilleure connaissance, en France, de l’histoire de la Nouvelle-France.



