Reconnue pour son travail sur les villes et les méthodes quantitatives, Denise Pumain se prête ici à l’exercice du récit de vie par le biais d’une interview menée par le philosophe Jean-Marc Besse avec le concours de Etienne Anheim, historien à l’EHESS et de deux éditrices, Livia Foraison et Clémence Garrot.
Native de Bourgogne, Denise Pumain a parcouru les différents échelons académiques avec succès. Devenant active lorsque la géographie était en crise, tiraillée entre les approches classiques et la nécessité d’un renouveau mobilisant le cadre nomothétique, Denise Pumain s’est d’abord formée aux mathématiques et à la physique, à l’épistémologie et aux statistiques, pour appuyer sa future « mise en science » de la géographie.
L’explication du titre de l’ouvrage tient au fait que la recherche se doit d’être menée, pour Denise Pumain, avec la même rigueur et la même régularité que l’exigent les tâches ménagères : une vérification méticuleuse des données (surtout à notre époque où celles-ci sont si abondantes), un recyclage et une sobriété qui sont des postures à adopter au plus vite. La science n’est finalement qu’une « certitude provisoire », ainsi il est nécessaire de recommencer le travail inlassablement, notamment lorsque la technologie informatique était balbutiante.
Influencée par Max Sorre, Pierre Georges et son directeur de thèse Philippe Pinchemel, Denise Pumain a voulu proposer une géographie « montant en généralité » et a ainsi fortement œuvré sur le modèle gravitaire, les systèmes de villes et autres lectures des lois de l’espace.
La carrière de Denise Pumain s’est nourrie de voyages (Tchad, Chine, Canada…), de collaborations avec de nombreux collègues parfois de disciplines voisines (archéologues notamment), d’une reconnaissance internationale (présidence de l’UGI), d’une volonté d’innovation (création de la revue Cybergéo en 1996 qui était, à l’époque, la première à publier en ligne en double aveugle et au fil de l’eau).
Ce parcours a également été marquée par la nécessité de se faire une place en tant que femme, ce qui n’était pas chose facile au détour des années 1970-1980. Si Jacqueline Bonnamour et Jaqueline Beaujeu-Garnier avaient ouvert la voie, Denise Pumain l’a suivi avec ses trois collègues et amies Violette Rey, Thérèse Saint-Julien et Marie-Claire Robic. Si Marie-Claire Robic a pris la direction de l’équipe EHGO (Epistémologie et histoire de la géographie), le trio est allé plus loin en créant l’équipe PARIS (Pour l’avancement des recherches sur l’interaction spatiale) en réponse à un appel d’offre du CNRS.
A l’âge de la sagesse, Denise Pumain conclut avec la nécessaire complémentarité des branches de la géographie (l’analyse spatiale est en dialogue fécond avec la géographie culturelle, sociale et les approches récentes liées à l’anthropocène) et sur le fait qu’il est nécessaire de « garder sa planète propre » et que la sobriété n’est pas synonyme de décroissance.
Un texte passionnant pour une dame de renom de la géographie française et l’occasion de découvrir cette collection « audiographie » des éditions de l’EHESS.



