La bande dessinée Saint-Exupéry, scénarisée par Pierre-Roland Saint-Dizier et illustrée par Cédric Fernandez, est proposée en édition intégrale par Glénat à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de la publication du Le Petit Prince. Initialement parue en trois volumes entre 2014 et 2019, cette fresque biographique bénéficie ici d’une version enrichie, réalisée en partenariat avec la Fondation Antoine de Saint-Exupéry. Elle inclut notamment un dossier inédit consacré à la genèse de son œuvre la plus célèbre. Cette réédition, qui est un bel objet, permet de redécouvrir, dans un format accessible et complet, le parcours exceptionnel d’Antoine de Saint-Exupéry.
Des lignes aériennes aux lignes d’écriture : un destin en trois temps
Le récit adopte une construction en trois grandes parties qui suivent les étapes majeures de la vie de Saint-Exupéry. La première s’ouvre à Toulouse-Montaudran, haut lieu de l’Aéropostale, où il est formé comme pilote à la fin des années 1920. Il est ensuite envoyé à Cap Juby (actuel Tarfaya, au Maroc), où il devient chef d’escale en 1927. Isolé aux portes du désert, il y mène une existence presque monacale, rythmée par les vols, la maintenance et les négociations délicates avec les tribus locales pour libérer des pilotes capturés. Cette expérience marque profondément sa vision du monde et nourrit directement Courrier Sud.
La seconde partie se déroule en Amérique du Sud. En Argentine, à partir de 1929, il est nommé directeur de l’Aeroposta Argentina, filiale de l’Aéropostale. Il participe à l’ouverture de nouvelles lignes, notamment vers la Patagonie, et contribue à structurer un réseau aérien encore balbutiant. Les vols au-dessus de la Cordillère des Andes, extrêmement dangereux, inspireront plus tard Vol de nuit. Le récit montre également l’essor fulgurant de l’Aéropostale sous l’impulsion de Marcel Bouilloux-Lafont, puis ses difficultés financières au début des années 1930, jusqu’à sa disparition et la création d’Air France en 1933.
Enfin, la dernière partie s’attarde sur son exil à New York pendant la Seconde Guerre mondiale. Installé aux États-Unis entre 1940 et 1943, Saint-Exupéry y vit difficilement son éloignement de la France occupée. Il fréquente les milieux intellectuels et politiques, tente de convaincre l’opinion américaine de s’engager dans le conflit, et écrit plusieurs œuvres majeures, dont Pilote de guerre, Lettre à un otage et bien sûr Le Petit Prince. Malgré son âge et une santé fragile, il parvient à réintégrer l’armée de l’air en 1944 et disparaît lors d’une mission de reconnaissance au-dessus de la Méditerranée.
Le scénario met aussi en lumière des aspects plus intimes : sa relation complexe avec sa femme Consuelo de Saint-Exupéry, son lien avec Silvia Hamilton durant son séjour new-yorkais, ainsi que son attachement profond aux contes depuis l’enfance, notamment ceux de Hans Christian Andersen, qui irriguent son imaginaire. Ses réflexions humanistes, issues de ses expériences, trouvent également un écho dans Terre des hommes.
Un portrait sensible entre classicisme et émotion
L’ensemble s’inscrit dans une approche assez classique du genre biographique, tant dans la narration que dans la mise en scène. Ce choix privilégie la lisibilité et la progression du récit, permettant de suivre avec clarté un parcours de vie particulièrement riche. Sans chercher à multiplier les effets, l’album s’attache avant tout à restituer la richesse du parcours de Saint-Exupéry et l’influence sur l’écriture du Petit Prince.
L’écriture, soignée, s’appuie sur des extraits tirés de Courrier Sud, Vol de nuit, Terre des hommes, Pilote de guerre, Lettre à un otage et bien sûr Le Petit Prince. Ces citations renforcent la dimension personnelle du récit.
Le dessin réaliste de Cédric Fernandez, soutenu par les couleurs de Franck Perrot, restitue avec efficacité les ambiances variées : la rudesse du Sahara, l’immensité andine ou encore l’effervescence new-yorkaise. L’ensemble donne vie à un portrait nuancé, à la fois historique et profondément humain. À noter également, la très belle couverture qui confère à cet album un charme et une élégance toute particulière.



