La ville n’a eu cesse d’être représentée sous toutes ses formes mais tellement de données qui la définissent se heurtent à la question de la façon dont on peut les visualiser. Les flux (partie 3 : « en mouvement » et partie 4 : « se rencontrer et s’éviter ») et les imaginaires (« partie 6 : « villes refuges, villes rêvées), notamment, prennent de plus en plus d’espace dans le débat scientifique et politique et demandent de l’ingéniosité aux graphistes. Aux côtés des classiques dimensions de l’habiter (partie 1) et des actuelles problématiques de la façon de construire les villes (partie 2) et de leur surveillance/destruction (partie 5), ces thématiques apparaissent ici parfaitement compilées par la géographe Martine Drozdz (CNRS) avec le concours de l’architecte/urbaniste Mathilde Monty et merveilleusement illustrées par les graphistes Quintin Leeds et Hugo Leeds tout au long d’un corpus de 300 documents et 65 jeux de données.
La question climatique est naturellement très prégnante dans l’ouvrage : la part du vivant par rapport à la parte de l’inerte en ville (pp 14-15), les microclimats urbains (pp 28-29), l’évolution des matériaux de constructions montrant que le duo béton/acier supplante la maçonnerie et ce, pour des usages désormais moins religieux que tertiaires (pp 34-35), la question du recyclage (cas de la Défense, pp 46-47) ainsi que les excès (la spéculation à Dubaï pp 42-43 ; le coût faramineux des infrastructures Olympiques pp 40-41).
On trouvera des sujets plus légers comme celui des résidences secondaires (pp 26-27), des mosaïques « Space Invaders » (pp 62-63) ou encore des labels musicaux jamaïcains et londoniens (pp 70-71).
On appréciera la mise en relation de l’espace et du temps avec des chronologies des foyers urbains (le déplacement de l’Europe/du Moyen-Orient vers l’Asie mais également la bascule de l’Afrique) et également le fait que la définition de ce qui fait la ville soit questionnée régulièrement.
L’œil est vraiment mis à contribution dans cet opus avec, parfois, des graphiques perturbants (pp 74-75 : une courbe descendante de la population de Venise corrélée avec des cercles de visiteurs de plus en plus gros montrant l’affluence croissante de ceux-ci) mais souvent de très belles associations de données (cas, pp 104-105, des expositions universelles, avec l’année, la superficie du site, la fréquentation et les inventions concernées).
A noter deux petites coquilles à corriger lors d’une réimpression (tant l’ouvrage devrait rencontrer du succès !) : p 66 sur les grillons (« ils ont disparu suite du bétonnage : « suite au » ou « à la suite du ») ; p 99 sur la ville féministe (le pourcentage de rues portant des noms de femmes à Vienne ne peut pas être de 42,4 % mais de près de 3 % comme le dit le texte qui accompagne la figure).
Riche de contenu et impeccablement mis en forme, ce superbe livre devrait rapidement trouver son public et apporter sa pierre à l’édifice de la compréhension du fait urbain.



