Ce petit livre offre au lecteur un aller-retour entre des temps lointains et aujourd’hui. Il dresse le portrait d’un animal emblématique : l’Aurochs de Lascaux. Denis Tauxe, préhistorien, et Hervé Chassain, journaliste, livrent ici une somme de connaissances inédites et passionnantes.
La chapelle Sixtine de la préhistoire
La grotte de Lascaux, c’est plus de 2 000 unités graphiques. Elles comprennent 600 représentations, dont 355 chevaux et autant de cerfs, 20 bisons et 87 aurochs. Ce sont ces derniers qui attirent le regard des visiteurs et passionnent les chercheurs. Les hommes l’ont dessiné dans chaque salle, en plus ou moins grand nombre. Force est de constater qu’ils s’adaptent à l’espace. Dans l’immense Rotonde, un aurochs de 5,60 mètres de long subjugue. Sa puissance frappe les visiteurs à toute époque. Il est le maître des lieux, d’autant qu’il n’est pas seul : 3 autres aurochs, des cerfs, des vaches, un bison sont aussi peints. Lui domine.
Ainsi, l’aurochs est privilégié par les artistes. Les visiteurs se déplacent avec aisance quand il s’agit d’aller à sa rencontre. Dans Le Passage où la voie étroite nécessite de se mouvoir à quatre pattes, les hommes ont peint des bribes de l’animal. En effet, il faut du recul pour saisir la totalité d’une telle bête. C’est « un art qui se voit de loin« . Dans La salle des Taureaux, la taille des spécimens augmente de gauche à droite. Ailleurs, dans L’Abside, Les parois révèlent 35 aurochs et une multitude d’autres animaux. Si les vaches occupent la partie étroite du Diverticule axial, les aurochs s’épanouissent quand les parois s’élargissent.
L’aurochs domine Lascaux, mais il n’est pas seul. Une relation binaire se met en place entre l’animal et le cheval, présent partout. Cependant, même moins nombreux, c’est toujours le taureau qui organise la représentation. Une véritable hiérarchisation se met en place. Les grands animaux aimantent les centaines de signes qui recouvrent les parois de Lascaux. La blancheur de la calcite met en valeur le noir des taureaux. Les hommes privilégient le rouge pour les vaches. Si le jaune est rare, les chevaux s’inscrivent dans une vaste palette. Ainsi, Lascaux est une galerie d’art où l’esthétisme des figures est une évidence.
Au-delà de Lascaux
Il existe un style Lascaux. Il ne s’agit pas d’une représentation de l’animal réel ; cela se repère dans les encornures des aurochs, par exemple. L’art pariétal, sous abri et dans les grottes, connaît son apogée au Magdalénien moyen (15 500/13 000). Pourtant, les différences régionales sont lisibles. Les deux auteurs s’arrêtent sur la grotte de Font-de-Gaume, encore ouverte aux visiteurs. Il est possible d’y constater de véritables parentés stylistiques. Les aurochs sont moins nombreux. Les vaches ont un cou démesuré. Il n’y a pas deux grottes identiques. De plus, ils sont trois fois moins nombreux que les bisons. Nul, encore aujourd’hui, ne peut expliquer de quoi ils sont le mythe.
Pourtant domestiqué dès le Néolithique pour la nourriture, le bœuf est présent dans de nombreuses mythologies. C’est une divinité dans l’épopée de Gilgamesh en Mésopotamie. En Égypte, Apis a son temple à Memphis. Des taureaux momifiés ont même été découverts. Il est aussi un animal de sacrifice. Mais sa disparition est effective au XVIIe siècle en Pologne. La chasse et la déforestation éteignent l’espèce. C’est au XXe siècle, par le truchement de croisements, que cet animal rustique reprend vie. Cent ans plus tard, des animaux, plus petits que l’Aurochs de Lascaux, pâturent à 10 kilomètres à peine de Lascaux.
En dernier lieu, cet érudit petit ouvrage s’interroge sur la place du taureau dans l’art et la Pop culture. Que ce soit Goya ou Picasso, comme l’écrit la préhistorienne Brigitte Deluc dans sa préface, les représentations de bovins sont fréquentes. Si les peintures rupestres racontent des scènes de la vie quotidienne, elles sont des ponts avec les représentations contemporaines. De « La vache sautante » du diverticule axial de Lascaux au taureau du célèbre tableau de Picasso » Guernica « , les parallèles ne manquent pas. Minotaure, tauromachie mais aussi publicité et héraldique : l’aurochs a quitté son abri pour partager notre quotidien.



