Hystérésis, un mot savant pour comprendre clairement les dynamiques de population
Éditorial par Gérard-François Dumont
La notion d’Hystérésis est définie dans les dictionnaires comme « le retard de l’effet sur la cause ». Elle est essentielle, notamment en démographie.
Par exemple, une baisse des naissances n’a pas d’effet immédiat sur la population scolaire, mais elle engendre à terme des diminutions de cette population dans les écoles, puis dans les collèges et les lycées, et ensuite dans l’enseignement supérieur. Et, sauf apports migratoires massifs, ses effets s’exerceront sur les effectifs de population active.
On ne peut que souhaiter la paix en Ukraine ou la rémission du caractère liberticide du régime politique du Venezuela, mais cela ne voudra pas dire que les millions d’Ukrainiens et de Vénézuéliens qui ont fui leur pays y retourneront. Ainsi, des causes de nature démographique exercent des effets à moyen et long terme sur la géographie des populations dans les territoires : cette dernière conserve durablement les effets de changements passés.
Dossier par Alexandra MONOT
Une société rurale française recomposée. Diversification et fragmentation sociale
Depuis les années 1970, les campagnes françaises connaissent de profondes transformations sociales. Le recul du monde agricole et l’arrivée de nouvelles populations ont profondément modifié la composition sociale des espaces ruraux. Toutefois, Bernard Kayser a montré dès les années 1990 que, selon la proximité des villes et la taille de la communauté rurale locale et régionale, des différences sont sensibles. Tandis que certains espaces se gentrifient, d’autres connaissent vieillissement et précarisation.
La diversification sociale des campagnes est d’abord liée à la diminution du poids des agriculteurs dans les populations rurales. Ce recul massif entraîne la disparition progressive des sociétés paysannes traditionnelles, dans lesquelles les agriculteurs constituaient le cœur économique, social et politique des territoires. La structure sociale des campagnes françaises se caractérise désormais par une forte salarisation populaire, les ouvriers et employés représentant plus de la moitié des actifs ruraux. Notons le rôle de plus en plus important des retraités âgés de 65 ans ou plus qui regroupent 35% de la population rurale.
Mais la diversification sociale des campagnes est inégale spatialement. Elle est très forte dans les zones périurbaines qui voient l’arrivée de citadins avec leurs comportements et pratiques urbaines. A l’inverse, dans l’espace rural très peu dense, la part des agriculteurs exploitants est plus importante (près de 13%). La diversification sociale s’accompagne d’une transformation des paysages et modes de vie. Les lotissements construits rompent avec les architectures rurales traditionnelles. Des équipements de loisirs, des routes, des centres commerciaux se créent. Les campagnes sont désormais des territoires en interaction constante avec les villes (par transports, télévision, téléphone, internet), ce qui facilite l’adoption des modes de vie urbains par la société rurale.
Dans cette société rurale diversifiée, les agriculteurs apparaissent de plus en plus marginalisés. Leur recul démographique s’accompagne d’une fragilisation économique. Au-delà du monde agricole, une part importante des populations est confrontée à la pauvreté. Au sein des espaces ruraux, les niveaux de vie baissent quand on s’éloigne des pôles urbains. Cette pauvreté est moins visible qu’en ville en raison de la dispersion de la population. Pourtant, elle se manifeste par l’isolement et par des difficultés d’accès à l’emploi, aux services et aux transports, renvoyant à la question de la justice spatiale.
Parallèlement à ces dynamiques de paupérisation, certains espaces ruraux connaissent des processus de gentrification, correspondant à l’arrivée de populations plus aisées, qui transforment les territoires en y investissant des ressources économiques et culturelles, provoquant alors une hausse des valeurs immobilières, et, par suite, le départ des classes les plus populaires. Le terme gentrification souligne que la recherche d’une proximité avec « la nature » est au cœur des mobilités des classes moyennes et supérieures vers les espaces ruraux.
La gentrification se manifeste également par plusieurs transformations spatiales comme le développement de commerces haut de gamme (produits bio, épiceries fines) et l’essor d’activités culturelles et artistiques (galeries d’art, ateliers de création, groupement artistiques). Dans certains cas, les prix du foncier peuvent atteindre des niveaux très élevés, avec des surcotes allant jusqu’à 300% voire 600% par rapport à la moyenne. Ces dynamiques sont particulièrement visibles dans les régions attractives : campagnes autour des grandes villes, littoraux, montagnes, mais aussi campagnes réputées pour leur qualité paysagère (Luberon, Provence, Périgord, Perche, Sologne, coteaux de Bourgogne ou du Beaujolais, ainsi que les moyennes montagnes à proximité des grandes villes). A l’inverse, les territoires moins attractifs, souvent plus éloignés des pôles urbains, concentrent davantage de populations modestes. Cette différenciation renforce les inégalités territoriales.
Document pédagogique (libre de droits)
La géographie de la ruralité en France métropolitaine
Exercice pédagogique par Alexandre DUCHESNE
Enseigner la Révolution Française par une pédagogie active
Cette proposition s’insère dans le 1er chapitre du programme d’Histoire de 1ère qui s’intitule : « La Révolution française et l’Empire : une nouvelle conception de la nation ». L’aborder par une approche plus active dénommée « pédagogie incarnée » semble particulièrement intéressant. Elle considère que le corps, les sensations et les émotions font partie intégrante du processus d’apprentissage, au même titre que l’intellect.
Les élèves disposent de fiches-évènements (réalisées par IA génératives) qui leur permettent de construire un récit historique. Par confrontation, ils questionnent les évènements pour dégager les axes forts du processus révolutionnaire.
Analyse par Pierre GRAPIN
L’Inde : les facettes géographiques du pays le plus peuplé du monde
En visitant l’Inde, le pays le plus peuplé du monde, on peut éprouver 3 chocs.
Le choc esthétique attend d’abord tout visiteur qui arrive pour la première fois en Inde.
Le deuxième choc est économique. Bangalore illustre parfaitement le paradoxe de la modernité indienne. Vous arrivez dans un aéroport de classe internationale, à 30 km du centre-ville, avec, à l’intérieur, un mall, donc un ensemble de magasins, restaurants et services regroupés dans un même complexe de haut luxe.
En même temps, Bangalore est classée parmi les villes les plus embouteillés et les plus polluées du Monde, essentiellement à cause d’une urbanisation totalement débridée et incontrôlée.
Le troisième choc est spirituel. La présence de l’hindouisme est visible partout. L’Inde reste aussi marquée par le système des castes qui continuent de structurer la société indienne, à commencer par les familles hindoues. Il est difficile, voire impossible, pour un hindou de sortir de ce cadre, y compris en matière d’éducation, ce qui freine d’autant les possibilités de promotion et d’ascension sociale.
Comme l’a fait la Chine dès 1990, l’Inde a des chantiers prioritaires à engager, notamment sur les infrastructures trop longtemps négligées : le réseau routier où l’on ne compte quasiment pas d’autoroutes, le réseau ferroviaire obsolète et actuellement sans train à grande vitesse, le réseau portuaire pour être aux normes internationales.
Une attention et un effort exceptionnel doivent être consacrés au réseau électrique. Pour que ce pays le plus peuplé au monde joue dans la cour de grands en 2050, l’Inde devra combler tous ces retards.
Il présente certes d’un côté, une modernité en matière de technologies de l’information et d’intelligence artificielle (IA). Mais, de l’autre, des freins au développement que rencontrent beaucoup de pays du Tiers-Monde.
L’inde, première démocratie parlementaire du monde, dans un sous-continent dont la situation géopolitique reste tendue, est la croisée des chemins pour jouer un grand rôle dans le futur.
Le point sur… par Cristina SOUSA GOMES, Dulce PIMENTEL, Isabel TIAGO de OLIVEIRA et Paulo TEODORO de MATOS
Portugal : quand les migrations redessinent la dynamique démographique
Au Portugal, de 2000 à 2004, compte tenu de l’« hiver démographique », concept qui définit une fécondité inférieure au seuil de remplacement des générations (constatée depuis 1982), le nombre annuel de naissances est passé de 120 000 à 85 000, tandis que, dans le même temps, l’effectif des décès augmentait de 105 000 à 118 000. Le déficit est dorénavant structurel.
Alors que le Portugal a longtemps été un pays d’imigration, il compte, depuis le début du XXIe siècle, un apport migratoire notable. Toutefois, depuis ce début du XXIe siècle, le Portugal n’a pas toujours eu un solde migratoire excédentaire. A compter de 2019, l’importance du taux d’accroissement migratoire a fini par compenser le déficit naturel et de contrer la diminution du nombre d’habitants. La migration internationale est donc le seul moteur de l’accroissement démographique du Portugal. Mais c’est un moteur aléatoire.
En 2023, plus de 180 000 entrées ont été enregistrées. Cette attractivité du pays se traduit logiquement par une croissance de la population étrangère qui dépasse le million de personnes en 2023. Outre l’augmentation du nombre d’immigrés, on observe une évolution de leurs origines. L’apport migratoire a par ailleurs un effet sur le mouvement naturel, notamment en contribuant à la natalité. Ainsi, les enfants mis au monde par des mères étrangères sont passés d’environ 5 800 en 2000 à plus de 22 000 en 2024, soit le quart des naissances (26%). Toutefois, cette progression ne compense pas le recul des naissances chez les mères portugaises. L’immigration atténue donc le déclin de la natalité, mais sans en modifier la trajectoire structurelle.
A l’échelle locale, comme à l’échelle nationale, la croissance du nombre d’habitants repose essentiellement sur la capacité d’attraction migratoire des territoires. Les taux d’accroissement migratoires atteignent les valeurs les plus élevées dans les municipalités situées au centre du pays, en particulier celles se trouvant sur le littoral entre Porto au Nord et Lisbonne au centre. C’est aussi le cas de l’extrême sud-est, dans les municipalités littorales proches de la frontière avec l’Espagne. A l’inverse, les territoires marqués par une moindre densité économique et une moindre part d’emplois qualifiés, présentent une attractivité plus faible.
En conséquence, la démographie du Portugal est à un tournant. A l’échelle nationale comme à l’échelle locale, dans le contexte mondiale vers une « ère de la dépopulation », la croissance migratoire est le principal moteur – voire, le plus souvent, le seul moteur – de l’augmentation du nombre d’habitants. De nombreuses municipalités enregistrent ainsi une croissance démographique uniquement par l’intensité des gains migratoires. On peut craindre que cette dépendance démographique aux migrations n’accentue les disparités territoriales.




