L’Europe n’est plus l’alliée de l’Amérique. Les États-Unis ont lâché l’Union européenne. Et cette politique de l’administration Trump II n’est pas un retour à la vieille tradition isolationniste, mais la volonté de nous faire payer la mort de l’atlantisme. Comment, alors, sortir renforcés de cette situation inédite ? En faisant le choix de l’émancipation ! Cet ouvrage percutant plaide pour que les Européens assument cette solitude stratégique et idéologique en s’appuyant sur les outils – parfois d’une ingéniosité remarquable – forgés depuis trois générations. Leur avenir est politique, et il est collectif. (4ème de couverture)
L’auteur : Sylvain Kahn
Sylvain Kahn est professeur agrégé d’histoire, docteur en géographie et chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Europe, dont un sur les effets de la guerre en Ukraine sur l’Union européenne en 2024. Son expertise sur la construction européenne, fondée notamment sur une thèse de géohistoire sous la direction de Ch. Grataloup ( La Territorialité de l’Union européenne. Géohistoire du territoire de la construction européenne), soutenue en 2017, lui a permis d’intégrer le cabinet du ministre de l’Education nationale en 1998 au temps de la gauche plurielle, pour les affaires européennes.
Le résumé
Le contenu est incisif. C’était une promesse de la 4ème de couverture. Promesse tenue. L’auteur dresse le constat de la mort de l’atlantisme dont on ne sait pas si elle est seulement cérébrale ou bien définitive. En tout cas, il s’est passé quelque chose de fondamental le 20 janvier 2025 : une « rupture historique ».
Au-delà du diagnostic, ce qui compte est la réaction finale des Européens. Bien sûr, on pourrait tomber dans la déploration; certains s’y emploient déjà. On pourrait aussi se contenter d’attendre. Attendre que les Américains se réveillent, attendre qu’ils ne donnent plus leur vote à l’illibéralisme MAGA, attendre qu’ils sauvent l’alliance atlantique.
L’auteur défend tout autre chose. Les Européens ne peuvent attendre du vote d’une nation étrangère leur propre salut.
Il faut profiter de cette opportunité pour reconquérir notre liberté et assurer nous-mêmes notre propre sécurité. Cette litanie de l’Europe de la Défense, maintes fois entendues depuis la guerre en Ukraine en 2022, pourrait avoir un point de départ aussi concret que décisif : la base industrielle et technologique de défense. Il faudrait réussir dans l’aviation militaire ce qu’Airbus a permis pour le civil. En deuxième axe, il faudrait que l’UE reforme une alliance avec d’autres, sans les Américains. Troisième axe, la France, en tant que puissance nucléaire pourrait remplacer le parapluie américain sur l’Europe.
Avis final
Comme le texte est court, accessible et brasse beaucoup de thèmes différents, il est très recommandable pour les lycéens qui suivent HGGSP et/ou qui envisagent Sciences po. Sans doute que la lecture sera rendue obsolète dans deux ans mais je trouve qu’il y a du sens à faire lire ce livre cet été.
Écrit dans la fièvre entourant le retour de Trump à la Maison Blanche au début de l’année 2025, l’essai produit un effet un peu curieux au lecteur de mai 2026. D’abord, on ressent vivement la stupéfaction de l’auteur devant les déclarations méprisantes de la nouvelle administration américaine sur ses alliés historiques. Sylvain Kahn prend d’ailleurs le temps de citer explicitement plusieurs passages, sorte de réflexe du chercheur qui affleure uniquement à cette occasion. En mai 2026, rien n’a changé. Simplement, les insultes ont été tellement renouvelées qu’on avait un peu oublié les premières. Janvier 2025 parait si loin ! Ensuite, l’auteur pressent qu’il n’y aura sans doute pas un retour à la normale après Trump, qu’on ne pourra pas fermer la parenthèse car Trump aura déjà changé le monde. Le lecteur de mai 2026 ne peut que dire oui. On ne voit pas comment le rythme fracassant des décisions du Bureau-Ovale se calmerait dans les prochaines années et je partage aussi l’avis de Sylvain Kahn sur le fait que les élections de novembre sont imprévisibles. Enfin, pour avoir moi-même étudié pour les concours de l’enseignement les questions européennes, que ce soit en histoire et en géographie, cela fait un drôle d’effet de voir que finalement la défense pourrait être un accélérateur de la construction européenne et qu’un chercheur soutienne cette conclusion, quand cet aspect est resté assez marginal dans l’approche de la question ces vingt dernières années, en tout cas dans les bibliographies de concours.



