Le Front populaire - À nous la vie !
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Sur France 2 le 5 juillet à 20 h 35

Le Front populaire - À nous la vie !

par Jean-François Delassus

Bruno Modica
vendredi 24 juin 2011

La présentation de ce DVD reçu en service de presse par Cinétévé permet à la Cliothèque de renforcer les liens avec ces maisons de productions audiovisuelles qui alimentent les chaines de télévisions en documentaires et docu-fictions.
On pourra trouver dans ces productions des documents vidéo qui permettront aux professeurs de nourrir des séquences sur différents aspects du programme.
On ne peux qu’apprécier le choix de France 2 qui diffuse en prime time un documentaire historique.

Jean-François Delassus a écrit et réalisé ce film à partir d’archives colorisées, un choix qui a été largement discuté parmi les historiens, mais qui rend probablement ces documents d’accès plus facile.
L’idée du réalisateur est claire, il ne prétend pas faire œuvre d’historien, même s’il s’il s’est appuyé sur Serge Berstein comme conseiller historique. On pourrait de ce fait s’interroger sur certaines affirmations dans le commentaire en off qui est dit, cela est assez rare pour être souligné, par le réalisateur lui-même. Quelques éléments de minutage sont présentés dans cette analyse du film. (5e’)

Le début du film évoque la crise des années trente dans le domaine politique mais surtout social. L’auteur insiste sur la cassure existant à cette époque dans la société française avec ses six millions d’ouvriers, vivant à part et développant une forme de conscience de classe. C’est bien une vision d’une classe ouvrière ayant conscience d’elle-même qui est ici défendue par l’auteur. La classe ouvrière est la première victime de la crise et les images des marches de la faim alternent avec celles, moins connues de la répression. Du travail et du pain ! est le slogan de cette période.

Les soupes populaires se développent et l’on sait qu’elles ont apporté une forme de réconfort à des millions de familles. Les explications de la crise sont par contre plus discutable. Une conception manichéennne de la mécanisation semble être défendue. (5‘)

Des images de films d’époque sont incorporées / Le temps des cerises. La classe ouvrière, qui représente 1/3 de la population active est bien le continent oublié de la société française. La division de la gauche est présentée mais pas expliquée pour ce qui concerne ses causes historiques. Léon Blum est présenté comme un révolutionnaire démocrate qui recherche l’alliance avec le PCF.

Le film montre une présentation du PCF, parti de la classe ouvrière. Maurice Thorez le secréataire général du Parti communiste y est présenté comme un fils de mineur ce qui peut surprendre si l’on connait les travaux de Philippe Robrieux parus il y a trente ans.
Le livre hagiographique "Fils du peuple" paru avant guerre sur la biographie de Maurice Thorez a été décortiqué et comporte bien des éléments de fabrication d’une légende ouvriériste qui aurait échappé à Serge Berstein, ce qui est quand même surprenant.

La présentation des ligues (11 ‘) est remarquablement filmée. Le montage donne vriament une image de cette "France qui marque le pas" "Celle qui se lève tôt" n’ayant pas encore été inventée par les conseillers en communication du locataire actuel de l’Élysée.

Février 34 et sa 100e crise ministérielle. (12e ‘) est un tournant à gauche. Défendre la république face à la montée du fascisme est une priorité . Manifestation de l’Unité de 1934 est bien montrée mais la date n’est pas précisée. Elle est présentée comme un débordement à gauche. La base réclame l’unité. Discours de Blum. Le PC embarrassé. Cette manifestion du 12 février 1934 est présentée dans sa signification historiographique sur ce lien.
http://histoire-geographie.ac-dijon.fr/Former/Conferences/Historio/Antifascisme.htm

Le Rapport Dimitrov au sein de l’internationale communiste qui ouvre la voie à un ccord avec la SFIO n’est pas mis en valeur. Le PC tend la main à la SFIO et se prononce pour un rapprochement avec les radicaux.
Ces derniers forment un Centre gauche sociologique associé aux Radicaux de ministères. Les classes moyennes peuvent basculer dans le fascisme. Les conditions des radicaux à l’accord du Front populaire sont le maintien de la propriété et pas de nationalisations.
Le 14 juillet 1935. (21 ‘) est présenté comme un grand rassemblement unitaire avec des radicaux qui s’associent "comme un seul homme" au Front populaire ce qui est quand même plus complexe en réalité.

La première vision de l’Allemagne nazie est celle de Mars 1936 avec la remilitarisation de la Rhénanie.
Les images de la campagne électorale des législatives sont rarement vues. On y voit le PC préconiser une sorte d’impôt progressif sur la fortune tandis que les Radicaux Socialistes rassurent les petits possédants.
Le premier tour des élections est présenté de façon dramatique. Le 26 avril 36 (27e‘) une petite progression est enregistrée à gauche. L’échec est encore possible. Les choses ne sont pas si simples d’autant plus que le système du scrutin majoritaire est largement favorable à un rassemblement au second tour qui est clairement annoncé à gauche. Encore faut-il que les électeurs suivent !
Au second tour, le report des voix fonctionne, la progression du PCF et de la SFIO est notable en termes de sièges.

A nous la liberté, le film de René Clair (29e‘) présente le travail à la chaîne et
Jean Renoir, la vie est à nous ! (30e ‘) évoque le travail à la pièce qui est encore largement pratiqué.
Le 3 mai 36 d’après le commentaire, c’est le vote des classes moyennes qui serait déterminant. La gauche gagne les élections. Il faut pour former le gouvernement, un mois d’attente. Une attente trop longue qui explique les grèves qui éclatent et qui "débordent" les appareils syndicaux.

(32e ‘) On n’apprend pas grand chose sur les grèves de mai – juin 36. Les images de ces ouvriers occupant les usines sont connues ainsi que celle de ces paniers de ravitaillements livrés par les femmes à leurs maris.

L’été 36 est celui des premières vacances, (52e ‘) mais le mois de juillet est assombri par les premiers orages de la Guerre d’Espagne. (53e ‘) On relèvera le discours de la non intervention de Léon Blum et la formation des Brigades internationales.

Les hausses de prix de la rentrée favorisent l’impatience. L’idée serait à la rentrée de triompher à nouveau ! Mais la réaction patronale s’organise, ainsi que la fuite des capitaux. Blum dévalue de Franc. Mais il n’y a pas de nationalisation de la Banque de France. La trahison des possédants est évoquée, tandis que les ouvriers profitent encore de la semaine des deux dimanches !

La déception des campagnes et des artisans explique aussi les désillusions, mais on aurait quand même pu penser à la création des offices du blé et du vin et au regain des mouvements coopératifs agricoles. L’emprunt d’état est un échec. Léon Blum tergiverse et en appelle à une pause des réformes.

A partir de la Ligue des Croix de feu, dissoute, se constitue Parti Social français du Colonel de la Roque. Le 16 mars 1937, des incidents violents éclatent entre PSF et PCF, des coups de coups de feu éclatent. la police intervient. (5 morts et 200 blessés).
Jacques Doriot et le PPF sont mis en avant, avec des images peu connues. Mais ce qui est intéressant et sans doute significatif d’un point de vue de l’auteur est cette évocation du durcissement du PCF.
Le jeu des radicaux au Sénat explique en Juin 37 l’échec de Blum et la création du ministère Chautemps. 70e ‘.
L’Eté 37 est celui des premières vacances organisées, avec les centres de loisir, les colonies de vacances et le développement du camping et des auberges de jeunesse. Ici aussi ces images sont connues.

Les 40 heures sont présentées dans la dernière partie comme un obstacle au réarmement. Pour la Noël 37 une grève éclate dans une usine d’armement. Intervention des gardes mobiles. Le 31 décembre 37 une grève générale transforme Paris en ville morte et entraine la démission de Chautemps. Quatre cabinets ministériels en 4 mois. Un gouvernement Blum d’union nationale est mis en place, mais la droite modérée refuse de s’y associer.
Les chefs de file de la gauche se ressaisissent sous l’impulsion du PCF. L’opération de communication de Maurice Thorez, filmé dans sont intimité est également présentée, et ces images sont peu utilisées d’ailleurs dans les autres documentaires sur la période. Le gouvernement de Daladier est constitué avec comme programme la remise de la France au travail. Le programme de réarmement est défendu par Paul Reynaud, ministre des finances qui préconise hausses d’impôts et remise en cause des 40 heures.
L’echec de la grève générale de 1938 (87e‘) permet alors à Daladier de faire basculer sa majorité à droite.

Tout va très vite ensuite, de Munich, à la guerre et à la défaite. La droite se venge avec Vichy, et organise le procès de Riom.

Les valeurs du Front Populaire explique Jean-François Delassus vivent et grandissent au sein de la résistance. De Gaulle, reprend à son compte les mesures du Front Populaire qui finalement aboutissent. Le programme du Conseil National de la résistance aurait pu être évoqué cependant.
Ce film présente des images superbement montées, et bien restaurées. On pourra sans doute y trouver des séquences intéressantes mais on serait en droit toutefois de s’interroger sur certaines simplifications. La radicalisation du PCF par exemple est plus supposée que réelle et elle escamote les pressions de courants comme les Pivertistes [1] qui risquaient de déborder le PCF sur sa gauche. [2]

© Bruno Modica

Par Bruno Modica

[1Marceau Pivert (1895-1958) influencé par les Trotskystes préconise un Front populaire de combat avec son courant au sein de la SFIO, la bataille socialiste

[2Ce qui est quand même curieux, Serge Bernstein lui-même a rédigé la notice sur Pivert dans l’Encyclopédia Universalis.

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