Directeur de recherche au CNRS, Pierre-Jean LUIZARD propose ici un livre clair et didactique, facile à lire, permettant de comprendre les causes de la complexe situation actuelle en Irak et en Syrie et comment l’État islamique (Daesh), apparu sur la scène médiatique en 2014, plus précisément le 10 juin lors de la prise Mossoul et quelques jours plus tard le 29 juin de la proclamation du califat par Abou Bakr al-Bagdadi du haut du minbar de la principale mosquée de cette ville, l’érigeant ainsi en capitale religieuse, est en fait issu de mouvements qui existent depuis le début des années 2000.

Cette construction s’effectue au nom d’une revanche à prendre sur l’Histoire, au nom d’une revanche à prendre sur l’Occident qui a créé artificiellement des États-nations à la fin de la Première Guerre Mondiale en dressant une carte du Moyen-Orient, au nom d’une revanche à prendre également sur les chiites qui ont mis à l’écart de la société iraquienne les sunnites depuis la chute de Saddam Hussein, engendrant ainsi de multiples frustrations. La particularité de ce mouvement djihadiste est sa volonté de construire un État avec ses lois, sa monnaie, sa division provinciale, son service de communication redoutablement efficace tant dans l’horreur de ses images que dans son rythme de diffusion. Ceci le distingue nettement des autres mouvements, type Al Qaïda. Cet État qui se proclame califat, qui revendique l’unité et l’hégémonie impériale de l’islam tel qu’il existait jusqu’au XIe siècle, est ainsi devenu un acteur de première importance au Moyen-Orient.

L’auteur montre les principaux événements qui ont mené à la création de ce mouvement en Iraq, comment il s’est mué en État islamique et comment l’État syrien a été rattrapé par le confessionnalisme, perdant ainsi une partie de son territoire au profit de Daesh. Il dresse la liste des atouts de ce nouveau venu sur l’échiquier géopolitique, met en exergue la force inédite de ce mouvement qui dispose de moyens financiers et militaires considérables et qui bouleverse ainsi l’ordre régional voire international. L’État islamique est aux portes du Liban, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite, de la Turquie. Comment réagissent ces pays ? De quoi disposent-t-ils pour y faire face ? Les stratégies sont-elles celle que l’on croit ? Dans le contexte de délitement des États irakien et syrien, des entités kurdes autonomes se sont créées. Elles recueillent aujourd’hui 1 500 000 réfugiés et déplacés. Quels sont alors les rapports de pouvoir entre les Kurdes, Arabes et Turcs ? Quelle répartition de l’espace ? Quels secteurs à contrôler ? Parallèlement n’assiste-t-on pas à une consolidation de la position iranienne et à un retour des États-Unis en Irak ? Et quid des pays européens dans tout cela ?
Cette organisation djihadiste n’est ainsi pas un acteur surgi ex nihilo, mais le résultat d’un long processus. La conclusion de Pierre-Jean Luizard n’est ainsi guère optimiste tant la situation de destruction et de recomposition, voire de vide, est importante.

Qu’ont à offrir les forces qui s’opposent à lui ? L’État islamique serait-il alors, dans cette région, le seul acteur viable ? S’il en était ainsi les perspectives seraient terribles mais comme le souligne l’auteur « les leçons de l’Histoire doivent aussi servir à le combattre » !

Véronique GRANDPIERRE