Ce petit livre de poche sur l’histoire de l’Empire romain d’Orient sous le règne de Justinien au VIe siècle est une ré-édition d’un « Que sais-je ? » sorti en 1999 aux éditions PUF et déjà  dans la  collection CNRS éditions « Biblis » de 2012. Il est écrit par Pierre MARAVAL, professeur émérite d’histoire des religions de Paris IV-Sorbonne (où il enseigna jusqu’en 2004), spécialiste du christianisme ancien et de l’Antiquité tardive. Co-rédacteur de l’histoire du christianisme (tomes 2 et 3), il est également l’auteur d’ouvrages sur Théodose le Grand ou Constantin.

Le cadre géographique d’un « empire romain » devenu en grande partie asiatique et africain au VIème siècle est d’abord posé. Les principales villes sont d’abord Constantinople (400 000 à 600 000 habitants), puis Antioche et Alexandrie. L’empire se caractérise alors par une autocratie  du pouvoir impérial, la centralisation et la bureaucratisation de l’Etat. L’Empereur, qui a reçu « la grâce d’être loi vivante », est consacré par le patriarche et est considéré comme l’élu de Dieu d’un Empire officiellement chrétien depuis Théodose.

Né en 482, Justinien est venu très jeune faire ses études à Constantinople. En 525, il est proclamé co-empereur, couronné 3 jours plus tard. Le 1er août, le mort de son oncle Justin lui laisse la totalité du pouvoir qu’il conserve jusqu’en 565. Sa personnalité est source de controverses : certains l’estiment comme un grand Empereur quand d’autres le jugent comme un dangereux réformateur. Parmi ses traits de caractère, on peut distinguer sa force de travail mais aussi sa vanité.

La première partie du règne de Justinien est marqué par une grande activité législatrice. Le Code Justinien (en 529) systématise et simplifie la compilation des lois du droit ancien et du droit nouveau. Des réformes administratives, par exemple de l’organisation provinciale et des institutions municipales, sont mises en place.  On peut égaler parler d’une « politique sociale » avec la publication de lois protégeant les enfants ou la femme. La deuxième moitié du règne de Justinien connaît toutefois de nombreux problèmes : guerres, pression fiscale, fréquentes catastrophes naturelles, émeutes…tous ces facteurs déstabilisant se nourrissant les uns les autres.

Durant tout son règne, une des principales volontés de Justinien est de « rétablir » l’Empire romain dans son « état glorieux » en reprenant aux Barbares les provinces qu’ils lui avaient enlevées : Italie, Afrique, Espagne. Cette reconquête s’appuie sur un deuxième motif plus religieux de diffusion de l’orthodoxie. Mais Justinien doit également mener des guerres défensives, notamment face aux Perses.

Justinien mène aussi une véritable politique religieuse. Depuis le IVème siècle et Eusèbe de Césarée, « l’Empereur qui a reçu de Dieu son pouvoir, gouverne à l’image du Christ-Logos, qui lui-même gouverne à l’image du Dieu suprême, et son royaume est tenu pour une image du royaume des Cieux ». Justinien n’hésite pas à intervenir dans la définition même de la foi mais il échoue à refaire l’unité de l’Eglise.

Ce petit livre permet donc de dresser un bilan contrasté du règne de Justinien avec des points positifs (reconquêtes, réformes, richesse symbolisée par Sainte-Sophie) et des aspects négatifs (société encore inégalitaire, protection des frontières orientales). L’appendice qui traite du livre de Mischa MEIER « L’autre siècle de Justinien » permet encore de préciser ce bilan dans un contexte de catastrophes, de changements et de transformations. Au final, cet ouvrage permet davantage de faire un point rapide mais complet sur la transition entre Empire d’Orient et Empire Byzantin que de dresser un portrait de Justinien. Au-delà des conquêtes militaires ou des réformes législatives, on aurait aimé une analyse plus poussée de la personnalité de l’Empereur Justinien, si elle est possible compte-tenu des sources. Le titre est donc trompeur car il ne s’agit pas d’une biographie de L’Empereur Justinien mais d’une présentation de l’Empire Romain d’Orient au temps de l’Empereur Justinien.