Il retrace, en repartant de l’« expérience légiste », le processus de dépersonnalisation de l’autorité qui mène à l’expérience de l’État total, et montre comment ce paradigme fondé sur les lois et les données chiffrées a refaçonné durablement dans la société chinoise l’expérience du temps, la mobilité dans l’espace, la vision de l’autorité souveraine ; comment il a contribué à redéfinir la notion de travail, le rapport de l’individu à lui-même ; enfin, comment il a permis de formuler très tôt un projet de société structurée par les techniques d’information, de surveillance et de sécurité.
À l’extrême pointe de cette trajectoire reliant l’âge du bronze à l’ère digitale, l’entreprise plurimillénaire de « mise en nombre » du monde culmine désormais dans la restauration du culte antique de l’Un. 4ème de couverture. .
Un livre novateur sur la culture politique chinoise
Lois et nombres, entre les pensées politiques occidentale et chinoise
Les lois, à la fois mesure et norme
Les lois doivent se comprendre à travers la notion de fa qui désigne à la fois la mesure et la norme. On pèse l’importance des personnes, la gravité de leurs actes, comme on pèse et évalue un boisseau de blé. Ainsi chacun doit connaître la mesure objective de ses capacités, indépendamment de tout critère moral ou de toute conception intégrant la protection des individus. Trois sortes d’outils, constituent l’arsenal conceptuel du légisme chinois : les premiers, compas, équerre ou balance pour la mesure des mots et des choses ; les deuxièmes, ressort, déclic, moyeu, levier, pour l’amplification de ses forces propres ; les derniers, haches et hallebardes, lames et carquois, fouets et filets, pour la neutralisation punitive des forces adverses.
On notera que le passage du 1er au 3e registre montre l’oscillation permanente des Légistes concernant la caractérisation du monarque, peu compétent mais bienveillant car secondé par des conseillers avisés ou tyran omnipotent et sanguinaire. Pas de système héréditaire sans l’inévitable production de médiocres au plus haut niveau de l’État…
Mettre en nombres toute réalité
La culture de l’évaluation, de la notation, de la performance prend sa source dans le royaume de Qin, au IIIe siècle avant notre ère. L’art de la guerre de Sunzi qui date au plus tard du Ve siècle avant notre ère envisage pour sa part la guerre non plus en terme de bravoure ou de juste cause, mais en terme de calculs et de coûts. De l’ensemble des paramètres d’une situation (nature du terrain, quantité du ravitaillement, moral des troupes, distance à parcourir, etc.) doit pouvoir se déduire l’issue du combat.
De l’usage symbolico-magique des nombres
Des premiers textes de cosmologie antique aux principes cardinaux de l’art de la guerre, la pensée chinoise a ainsi toujours associé d’une façon étroite la confrontation du réel à la connaissance des nombres et à la quantification des conduites. Cette dualité d’usage est toujours demeurée.
La Chine aura donc à sa manière été pionnière dans la mise au point de méthodes impersonnelles et automatiques pour établir l’ordre dans l’Empire aussi bien que dans la vie quotidienne.
De l’Antiquité à l’ère digitale chinoise, une continuité qui impressionne
Le grand tournant de l’Antiquité chinoise
Pour bien situer cette période, il importe d’avoir en tête ses moments-clé en liaison avec la carte Les cartes sont de l’auteur. Celui-ci nous informe que ces cartes ne sont pas autorisées à la publication en RPC. ci-dessous.
La seconde dynastie depuis l’entrée dans l’histoire de la Chine est celle des Zhou qui s’étend de 1045-256 av. notre ère. Mais dès 771, la royauté Zhou entre en déclin avec une période d’impuissance progressive face à des seigneurs en révolte et devenus indépendants, appelée « Période des royaumes combattants » (481-221 av. notre ère) dont celui de Qin, premier empire dynastique réunissant l’ensemble des territoires de la sphère cultuelle des Zhou sous une autorité unique.
Il y a 25 siècles commence donc sur le sol chinois l’histoire d’une immense transformation des modes de vie. Le pouvoir politique, jusqu’alors diffus dans une société seigneuriale, se concentra pendant des générations jusqu’à tenir dans les mains d’un seul homme.
Le problème de la violence sociétale fut circonscrit dans le carcan des lois pénales. Cette conception de l’autorité politique qui se voulait inhumaine pour le meilleur et pour le pire, prit des mesures concrètes pour imposer des références uniformes, optimiser les modes d’extraction des ressources et la production sociale. Tout sujet devait être informé de ces missions, des résultats à obtenir, des taxes devant s’acquitter, des gratifications qu’il pourrait espérer, des sacrifices qu’on attendait de lui. C’est donc autour du Ve siècle, avant notre ère que l’on commence à repérer les prémisses de cette grande révolution qui assujettit les communautés politiques au service des idées d’un État tout-puissant, dont le chef règnerait partout et sur tous.
La démarche de l’auteur va consister à mener l’enquête sur la permanence d’une pensée et des modes consécutifs d’action en résultant, de l’Antiquité chinoise à nos jours. Il ne s’agit pas d’une histoire mécaniste ou téléologique mais de la prise en compte d’un temps civilisationnel long qui englobe et ainsi relativise les temps d’anarchie ou de déclin qui ont entrecoupé les différentes dynasties chinoises.
La question que se pose à l’auteur et au lecteur vient de la surprenante corrélation entre les modes d’actions (ultra) modernes de la Chine de Xi qui apparaissent comme l’adaptation high tech de normes de gouvernement immémoriales.
De cette révolution, les penseurs, dit Légistes, en furent les figures de proue, en élaborant pendant quatre siècles la mise en place d’un contrôle de toutes les activités sociales jusqu’à la sphère privée.
Cette connaissance des Légistes nous est parvenue par des écrits exhumés lors de fouilles archéologiques et dont l’auteur présente les sources majeures.
L’enquête Le mot est utilisé à dessein par l’auteur pour laisser le lecteur se faire in fine sa propre opinion sur la thèse de livre. menée ici, commence par la détection d’une trame quasiment continue dans la culture politique chinoise sous la forme du slogan, « Enrichir l’État, renforcer l’armée » et se clôt sur le paradigme de « la Grande Unité », dont l’idéologie, monarchique dans son essence, détermine les priorités de la gouvernance chinoise d’hier et d’aujourd’hui.
Le choix du mot de « gouvernance » revêt ici un sens inhabituel pour la pensée politique occidentale qui le considère trop rapidement comme un dérivé sociétal de celui de « gouvernement ». Ici, au contraire, l’emploi du mot « gouvernance » permet de saisir le caractère à la fois diffus et omniprésent de la façon dont le pouvoir s’exerce sur tout et tous.
Les huit chapitres formant le corps du livre vont donc explorer ce que recoupe cet idéal d’ « État total ». Nous nous bornerons à en présenter quelques exemples particulièrement édifiants, notre rôle ici étant d’inciter nos collègues historiens-géographes à s’outiller avec un ouvrage que l’auteur présente dès le début de l’introduction comme un ouvrage de synthèse en direction d’un public de non-spécialistes de la Chine.
De l’histoire mal connue donc, mais aussi une réflexion sur ce que nos sociétés démocratiques empruntent actuellement à ce modèle qui est loin d’en être…
Huit enquêtes sur les ressorts de la culture politique chinoise
Nous allons succinctement aborder dans cette dernière partie les huit enquêtes de l’auteur sur les mots d’ordre issus du légisme, et en quoi ils connaissent une pérennité qui se poursuit en ce premier quart du XXIe siècle.
1- Le plus vieux slogan du monde
il est difficile de savoir à quel moment exactement, et par qui l’expression « enrichir l’État renforcer l’armée » fut forgée, puis promue, mais nous en trouvons les premières traces dans le livre du prince Shang, dont l’auteur fut le premier ministre et l’administrateur en chef de l’État de Qin, jusqu’à sa mort en -338. Cette formule pragmatique, impérative et volontariste, imposait agressivement les valeurs cardinales du profit et de la force et tranchait avec un paysage moral, encore dominé, idéologiquement par le régime de la dynastie Zhou 3e dynastie (1045-256 av. notre ère, remplacée par la dynastie Qin (221-206) qui unifia pour la première fois le territoire entre fleuve jaune et fleuve bleu sous un premier empereur au règne aussi cruel qu’éphémère… : militarisation totale de la société, dispositions fiscales imposant une exploitation maximale des ressources naturelles, réorganisation de la production sociale avec une population divisée en un petit nombre de catégories en fonction de leur utilité respective…
La formule a connu un renouveau au XIXe siècle avec l’intrusion dans le monde asiatique sinisé de l’Occident et de ses techniques avancées. Un slogan repris par la Japon de l’ère Meiji puis par Mao lui-même. Enfin en 2012, le slogan fut officiellement inscrit sous une forme condensée en tête de liste des valeurs fondamentales du régime de Pékin.
2- Le réel et ses nombres
Dans l’état actuel des connaissances, la plus grande révolution idéologique de l’histoire politique chinoise à l’époque des Royaumes Combattants Période mettant fin à la dynastie Zhou (481-221 av. notre ère). est liée précisément à une l’histoire quantitative du monde, à l’émergence d’un paradigme d’organisation de la société et d’appréhension des êtres et des choses en terme de règles objectives et d’efficacité productive qui suppose des opérations constantes de décomptes, d’équilibrage, de mesure fondées sur les nombres en tant qu’outil d’uniformisation de dénombrement et de manipulation des réalités. Autrement dit les nombres ne sont plus exclusivement un vecteur de figuration magique du cosmos, mais une technique de mise en ordre du monde humain par la force et la ruse. Le bureaucrate qui s’inspire des méthodes mercantiles prend le relais du devin et du clerc-astronome en réorientant les procédures combinatoires et les opérations arithmétiques en direction de l’exploitation économique du monde et du réaménagement productif de la société.
Que ce soit le célèbre Livre des mutations (Yijing), livre central de la civilisation chinoise ou l’Art de la guerre de Sunzi : « Ordre ou chaos, tout est une question de nombres ». Mao, dans un registre plus proche des massacres de masse du Premier Empereur que celui des premiers légistes, utilisa systématiquement des slogans arithmétiques pour désigner les opérations de rattrapage des puissances capitalistes qui coûtèrent la vie à des dizaines de millions de Chinois.
3- Le nouvel outil du pouvoir
Difficile d’assigner une origine nette à chaque idée directrice de la culture politique chinoise. L’invention d’un système de normes fixe et de règlements publics ne peuvent être attribués aux penseurs légistes exclusivement. D’autant qu’il s’agit d’un processus qui s’est étendu sur trois siècles.
Ce qui est certain, c’est que cet établissement de normes de pouvoir favorisant la puissance et la sécurité de l’Etat ne s’est pas fait sans contestations, notamment de la part des milieux confucéens lors de la fin de la période des Royaumes Combattants. Ceux-ci pouvaient difficilement accepter le découplage entre morale et politique et la remise en cause de l’éthique ritualiste fondée sur la hiérarchie naturelle entre les hommes et les catégories sociales.
Néanmoins, la garantie de l’équité pour tous ne devait son équilibre qu’à la clairvoyance du souverain et se heurtait à la corruption des fonctionnaires. Comment savoir si ce qui était pesé sur une balance était le juste poids rétribuant un juste prix si la mesure du poids, inconnue, ne dépendait que du fonctionnaire la fixant selon son intérêt ?
4- Le culte de l’impersonnalité
Si le régime monarchique ne fut jamais remis en question jusqu’à 1911, son fonctionnement oscilla entre deux pôles opposés : régner ou gouverner. Le premier supposait que le souverain ne s’occupât pas des affaires courantes, laissant son administration le faire. Le second au contraire signifiant que l’empereur jaloux de son pouvoir dirigeait le pays de façon autoritaire et personnelle.
Difficile de maintenir un tel idéal, qui impliquait que le Fils du Ciel devait tenir le pays entier dans sa main, tout en tenant compte des avis de ses meilleurs conseillers. D’où la volonté des légistes de dépersonnaliser le pouvoir au profit de la mise en avant de ses rouages.
5- Compas, leviers et arbalètes : la mesure et la mort
Ainsi des outils de mesure et de levier – balances, compas, règles et équerres ; arbalètes, roues et arcs, gonds er moyeux – deviennent à la fois outils de démultiplication de la force humaine Jean-Marc Jancovici montre dans sa BD « Le monde sans fin » destinée au grand public combien cette démultiplication de la force humaine par les outils de levier puis par les machines mécaniques a fait de l’humanité une puissance démiurgique. et modèle de rationalité pour le gouvernant : « on tient entre les mains, un tout petit objet mais on à barre sur de grandes choses ; on détient une chose compacte mais vaste est ce que l’on contrôle par ce moyen Écrits du Maître de Huainan, chapitre 9 « L’art du Maître ». .»
À côté des instruments de mesure et des montages mécaniques une troisième série se déploie dans le champ de la réflexion politique. Il s’agit des armes : haches, arcs, dagues, filets, nasses, pieux… Tout cet arsenal d’outils de mort est associé à la rigueur des châtiments et illustre ainsi le dernier aspect de la notion de « fa », non plus comme norme précise et impersonnelle comme un levier, mais comme un outil assurant au pouvoir son visage martial pour brider et museler gouvernants et gouvernés.
Dans le contexte de la Chine ancienne, l’invention de l’arbalète marque une rupture qui impose une nouvelle façon de modéliser l’action par opposition à l’arc en lequel se dépose les valeurs et vertus traditionnelles de la civilisation Zhou. Un soldat ordinaire n’aura aucun mal à bander la corde de son arbalète et pourra tuer à une distance deux fois supérieure à celle que permet un arc Bien des siècles plus tard, en 1199, le roi Plantagenêt Richard « Cœur de Lion » fut tué par un arbalétrier de la garde du château de Châlus que ses troupes assiégeaient. .
6- Primes et châtiments : l’épargne morale du légisme
Préfiguration l’une des idées les plus célèbres d’Adam Smith, dans la richesse des Nations et légiste postule que l’intérêt général se trouve favorisée lorsque l’État Compte, sur les instincts égoïste et les intérêts particuliers, au lieu de miser sur les vertus d’altruisme de renoncement.
Préfigurant l’une des idées les plus célèbres d’Adam Smith, dans La richesse des Nations, les légistes postulent que l’intérêt général se trouve favorisé lorsque l’État compte sur les instincts égoïstes et les intérêts particuliers, au lieu de miser sur les vertus d’altruisme de renoncement.
Le législateur prendra donc appui sur la tendance universelle à convoiter plaisirs, richesses et honneurs, et sur l’aversion instinctive que suscite l’idée de souffrir, physiquement ou moralement ou de mourir de façon violente et prématurée. C’est donc en combinant ces différents facteurs que l’on parvient à faire faire l’impensable à la plupart des gens !
L’une des idées maîtresses de la gouvernance du premier ministre Ministre Shang Yang cf. Le livre du prince Shang et le précepte : « Punir pour ne plus avoir à punir ». à Qin tenait à l’institution d’un système rigoureux de distribution de récompenses et de châtiments, fondée sur l’évaluation des résultats obtenus sur les champs de bataille ou de labour. Inversement, les mérites ne pourront être gagnés que sur ces deux champs…
On notera que les notions de réhabilitation des condamnés n’est jamais présente dans les textes juridiques. L’emploi dans la hiérarchie mineure des peines du tatouage frontal ou de l’amputation montre bien que au-delà d’une peine purgée, l’ex-condamné reste stigmatisé à vie par le corps social. Ce qui tranche avec l’insistance de la « rééducation » en vigueur sous le maoïsme. Mais la politique d’équilibre entre primes et châtiments des Légistes apparaît beaucoup plus stabilisantes pour les populations que les aléas de la voie révolutionnaire conduite par le Grand Timonier, lui même fervent adepte du féroce Premier Empereur. Sans faire de comparaison avec la période maoïste, il n’en reste pas moins que l’indépendance juridique garantie théoriquement par la Constitution est soumise aux lignes fluctuantes de l’État-Parti.
7- Surveillance et sujétion : de l’âge de fer à l’ère digitale
Le système dual de peines et de récompenses instauré par les Légistes, fournit la matrice d’un appareil beaucoup plus vaste de surveillance et de sanctions qui a prospéré dans l’histoire chinoise sous des formes très variées. Ce sont encore les principes de ce système automatique de rétribution des conduites développé à Qin , que l’on retrouve sous une forme très sophistiquée dans les tentatives d’établir dans la Chine d’aujourd’hui, un système de crédit social.
Dans le contexte de cette longue histoire des pratiques sécuritaires de la surveillance du territoire et du contrôle idéologique de la population, on peut repérer une obsession très ancienne dès le IVe siècle avant notre ère pour l’espionnage ciblée et le renseignement continu sur l’ensemble de la population.
En ce sens, on peut parler d’une grande continuité historique qui se traduit depuis la décennie 2010 vers une exploitation sans précédent – dans l’histoire de la Chine, mais aussi ailleurs dans le monde – des big data fournies par la masse des données personnelles au profit de la surveillance d’État et les « primes et châtiments » en conséquence pour l’ensemble de la population.
Affranchi des obstacles de la subjectivité, l’État serait-il enfin en mesure, vingt-cinq siècles après les premiers expérimentations des Légistes, de placer tous les humains sous le Ciel en état de parfait sujétion ?
Lors de son discours d’adieu après sa disgrâce en 2023, l’ex Premier Ministre Li Keqiang prononça en guise d’avertissement à l’Empereur Rouge cette citation du temps des Zhou : « Le Ciel observe ce que font les humains. Le firmament a des yeux. »
8- L’Un, envers et contre tout
Depuis la première formulation de la valeur suprême de l’unité en Chine ancienne, des finalités telles que l’ordre, la puissance, la prospérité, la stabilité et la paix sont apparues comme indissociables de la concentration, autoritaire de tous les pouvoirs dans les mains d’un seul. La question d’un autre pouvoir que celui de la monarchie absolue n’est pas envisagée, celle-ci s’opposant par principe à l’état de nature.
Sans doute, dès le départ de l’histoire chinoise ancienne, la désintégration de l’empire Zhou en royaumes en conflit les uns avec les autres aux VIIe et VIe siècles a favorisé la fusion de la Grande Unité (synthèse religieuse) et de la monarchie absolue (synthèse temporelle). Les tentatives de création d’un système politique multipolaire ayant échoué au milieu du VIe siècle, le retour à une dynastie impériale imposant son pouvoir absolu tant aux masses qu’aux familles aristocratiques régnantes apparut comme la seule solution cohérente. Désormais, la seule différence entre les penseurs politiques sera sur le choix d’une voie morale ou d’une voie martiale.
Et si la brève dynastie impériale des Qin (221-206 av. notre ère) a été condamnée par les lettrés, il n’en demeure pas moins vrai que les stèles érigées par son fondateur rappellent qu’il rétablit la paix et unifia tous les êtres de ce monde, imposa à tous les lois et les mesures. Ce qui est de façon plus ou moins assumée la formule que reconnait un chef d’État de la Chine jusqu’à aujourd’hui. La dégradation sur près de six siècles de la royauté Zhou et les désordres dans les différents États territoriaux avaient fait de la période pré-impériale l’archétype de la situation à éviter à tout prix, et dont les erreurs ne devaient jamais se reproduire.
Ce n’est qu’à la fin de la l’empire au début du XXe siècle que face aux puissances occidentales dominantes et agressives, le modèle politique pluri millénaire chavira, tandis que la question de l’Unité connut une nouvelle renaissance intellectuelle puis populaire. Ainsi le mythe de l’Empereur Jaune, premier unificateur qui aurait vécu en – 2700 av. notre ère, alors que les premiers écrits censés sortir la civilisation chinoise de la préhistoire remontent au XIIIe siècle avant notre ère…
Se reconstruire en tant que nation au XXe siècle
il faut avoir en tête que la Chine du début du XXe siècle n’est plus le centre du monde recevant les tributs de ses vassaux géographiques. Elle n’a pas de nom, ni de noms pour dire « État », « pays », « nation », ni de langue commune à ses peuples. Elle découvre en fait qu’elle est un pays comme d’autres… Cela explique en grande partie pourquoi la question de l’Unité redevint si centrale.
Forger de nouveaux néologismes, étrangers à la tradition chinoise ne fut pas chose aisée. La notion de Zhongguo attestée dès les Royaumes Combattants n’a jamais signifié que le pays était l’empire du milieu mais juste le pouvoir au centre des royaumes qui se combattaient. Pareil pour la question de la souveraineté qui suppose des frontières définies où l’autorité s’exerce. Tianxia (Tout sous le Cie) définissait des modalités de souveraineté plus ou moins fortes selon l’éloignement géographique. Il suffisait pour un Chinois (ou même pour un étranger) de se rattacher au Zhongghua, la sphère culturelle de la sinité.
Il faut attendre la fin du XVIIe siècle, pour voir une carte avec un tracé précis, signé entre la Chine et la Russie impériale. N’oublions pas que la Chine a été régulièrement envahie puis administrée sous domination notamment mongole et mandchoue.
Une autre controverse importante a porté sur le nom pouvant unifier les peuples chinois et plus ou moins au cours des siècles englobés dans l’Empire. S’imposa le fait d’englober sous le nom de Han les peuples de la dynastie Ming auxquels furent agrégés des territoires tibétains, mongols, mandchous et turcophones, les différences ethniques devant s’effacer devant l’unité de la race « jaune ». De même, les conquêtes de la Chine par des barbares s’étaient terminées par la sinisation des barbares en dépit des preuves archéologiques démontrant le contraire.
C’est ainsi que le l’intellectuel réformateur Liang Qichao (1873-1929) put faire accréditer l’idée que le moment d’expansion mandchoue avait été en fait un moment de sinisation maximale autorisant les pouvoirs communistes à justifier des frontières chinoises n’ayant jamais été réelles et d’englober des peuples certes tributaires, mais extérieurs sur le plan géographique et culturel.
Xi et la synthèse de l’Un
La pensée du chef de la nation en route pour la prééminence mondiale se doit de concilier toutes les pensées historiques chinoises dans l’Harmonie du Tout. Le marxisme qui reste malgré tout la doxa est « sinisé », comme le définit Jiang Shigong, professeur de droit à la faculté de Pékin et exégète du régime : la loi du Ciel et la loi de l’Histoire se rejoignent et diluent la société sans classes dans la « Grande Harmonie ». Le rêve de puissance et de prospérité promis pour 2049 Date anniversaire des cent ans de la création du PCC, vue comme date symbole du « retour » de Taiwan à la République Populaire, devenu la 1ère puissance mondiale. fait écho au rêve des Légistes de « Enrichir l’État, renforcer l’armée » du premier chapitre…




