La parution de Hiver 1938 : les cousins Meyer constitue un véritable événement dans le monde de la bande dessinée. Après dix-huit ans d’absence, le personnage de Max Fridman revient sous la plume et le pinceau de Vittorio Giardino, dans un nouvel album publié chez Glénat. Cette parution marque le retour d’une série emblématique du neuvième art, reconnue pour la solidité de ses scénarios et l’élégance de son dessin. Pour accompagner cet événement, les cinq premiers albums ont été réédités sous forme de romans graphiques en deux volumes, avec une nouvelle traduction, un lettrage modernisé et des dossiers graphiques enrichis d’illustrations inédites. Une belle occasion pour les lecteurs de redécouvrir les débuts de cette saga avant de plonger dans cette nouvelle aventure.
Une plongée dans l’Autriche de 1938
L’intrigue se déroule à Vienne en 1938, au moment où l’Autriche vient d’être annexée par l’Allemagne nazie. La famille Meyer, issue de la bourgeoisie juive, voit son quotidien bouleversé par la montée progressive de la violence et des mesures antisémites. Franz Meyer, médecin respecté et profondément attaché à son pays, refuse d’abord de croire à un effondrement total de la société. Pourtant, la réalité le rattrape rapidement : il est exclu de son poste, tandis que sa fille Myriam est licenciée. Dans les rues, les chemises brunes agissent désormais en toute impunité, soutenues par un pouvoir qui encourage la persécution.
Malgré l’aide discrète d’un officier du régime, la situation devient de plus en plus critique. Face à l’urgence, la famille décide de fuir vers la Suisse et sollicite l’aide de Max Fridman, un ancien agent du renseignement français ayant déjà affronté les tensions politiques en Europe. La seconde partie du récit s’ouvre alors sur une opération d’exfiltration particulièrement risquée. Entre contrôles renforcés, absence de visas et surveillance constante, Max doit faire preuve de ruse et de sang-froid pour mener à bien sa mission. Dans une ville dominée par la peur et la délation, chaque déplacement devient un pari dangereux.
Un retour réussi pour une bande dessinée « à l’ancienne »
Ce nouvel album illustre parfaitement ce que l’on peut attendre d’une bande dessinée classique, au sens le plus noble du terme.
Le scénario, d’une grande précision, est construit avec rigueur et intelligence. Vittorio Giardino prend le temps d’installer son récit en consacrant une première partie entière à la description du quotidien des Juifs viennois après l’Anschluss. Cette approche, très documentée et sans dramatisation excessive, permet de rendre la montée de la menace encore plus palpable et crédible. La seconde partie, plus dynamique, propose un mélange particulièrement réussi d’espionnage, d’action et de diplomatie. L’auteur y déploie tout son savoir-faire en construisant une intrigue tendue, proche des grands romans d’espionnage, où chaque détail compte. Les personnages bénéficient d’une caractérisation soignée : Myriam, au cœur du récit, incarne avec justesse les espoirs et les inquiétudes d’une jeunesse autrichienne confrontée à la brutalité du contexte, tandis que Max Fridman impose sa présence par son calme et sa détermination face au danger. Autour d’eux, Franz Meyer, figure paternelle à la fois digne et lucide, ou encore von Trudhof, officier ambigu pris entre devoir et conscience, enrichissent l’intrigue par leur complexité et donnent au récit une profondeur humaine.
Le trait de Giardino, à la fois simple, précis et élégant, sert parfaitement la narration et contribue à l’immersion dans cette période historique troublée.
Cette maîtrise graphique, alliée à une narration exigeante, fait de cette œuvre une lecture particulièrement agréable. On redécouvre ici tout le charme d’une bande dessinée « à l’ancienne », qui prend le temps de raconter et de construire, et qui prouve qu’elle a encore toute sa place aujourd’hui.
À la fois captivant et instructif, Hiver 1938 : les cousins Meyer s’impose comme une lecture de grande qualité. Par la richesse de son contexte historique et la solidité de son récit, cet album constitue un support pertinent pour les établissements scolaires. Il trouve naturellement sa place dans les CDI, où il pourra autant nourrir la réflexion des élèves que leur donner le goût d’une bande dessinée exigeante mais accessible.



