Publié chez Grand Angle, Mort blanche réunit le scénariste Kid Toussaint et le dessinateur Iñaki Holgado. Cette bande dessinée s’inspire librement de deux figures historiques marquantes : le sniper finlandais Simo Häyhä, célèbre pour ses exploits durant l’invasion soviétique de 1939, et le soldat japonais Hirō Onoda, qui continua à combattre des années après la fin de la Seconde Guerre mondiale. À travers leur fusion, Toussaint et Holgado racontent la lente transformation d’un jeune homme, Riku, en légendaire tireur d’élite surnommé « Mort Blanche ».

Une histoire de solitude et de survie

Dans les paysages glacés du nord de la Finlande, Riku Virtnanen grandit dans une enfance marquée par la violence de son père et la douceur de sa voisine Lümi, seule lumière dans un quotidien brutal. Lorsque l’invasion soviétique de 1939 frappe la Finlande, Riku perd ses frères et devient un tireur d’élite redoutable. Ses missions d’embuscades, d’assassinats et de sabotage le transforment en légende : la Mort Blanche hante les lacs gelés et les forêts enneigées. L’album retrace ses exploits, alternant scènes d’action et retours sur son passé, tout en évoquant les marques physiques et psychologiques laissées par son enfance et la guerre. Plus tard, le récit rejoint le destin singulier d’Hirō Onoda, prolongeant la trajectoire du héros au-delà du conflit pour explorer l’isolement et l’obsession, jusqu’à une fin rapide où Riku doit choisir entre légende et vie réelle.

Le mythe d’un tireur d’élite effleuré

Le scénario de Kid Toussaint s’ouvre sur une idée très prometteuse : s’inspirer de figures comme Simo Häyhä et Hirō Onoda pour explorer la genèse d’un tireur d’élite et la psychologie d’un homme confronté à la guerre et à ses fantômes. Malheureusement, la lecture déçoit quelque peu : les scènes s’enchaînent rapidement, laissant peu de place à la profondeur émotionnelle, et la conclusion, qui aurait pu offrir un moment fort et marquant est trop vite expédiée. La richesse de la trame psychologique et les réflexions sur ce qui transforme un adolescent en légende sont ainsi laissées en suspens.

Heureusement, le travail d’Iñaki Holgado sauve l’expérience : son dessin réaliste, précis et en même temps très expressif, rend la neige, le sang et la tension palpables, tandis que les couleurs harmonieuses de Raphaël Bauduin et Anaïs Blanchard donnent de la lumière à ce récit sombre. Le rythme graphique, bien maîtrisé, offre de belles compositions et rend les passages d’action lisibles, donnant à chaque planche une vraie force.

En résumé, Mort blanche séduit par son dessin et son intention de départ, mais la brièveté et l’enchaînement des scènes limitent l’impact psychologique du récit, laissant le lecteur sur sa faim malgré un matériau de base très prometteur.