Dwight Eisenhower a été à la fois un chef de guerre et un président des Etats-Unis. C’était un modéré, un président « du milieu de la route » selon ses propres termes. Hélène Harter invite à penser le personnage dans sa dimension civile et militaire.

Un personnage difficile à saisir

Il faut penser la complexité de celui qui se cache derrière son image d’Américain tout simple. Il est difficile à saisir car il n’a, par exemple, pas tenu de journal avant 40 ans et beaucoup de sources sont des témoignages sur lui. L’autrice fait le choix d’une approche globale de sa vie, c’est-à-dire qu’elle accorde une large place aux cinquante premières années de sa vie.

La fabrique d’un chef (1890-1939)
Ses ancêtres sont des mennonites originaires du Palatinat et de la Sarre. Son père appartient au monde du petit salariat mais il touche un salaire régulier qui lui évite la précarité. Il a reçu une éducation religieuse où la notion de Bien et de Mal joue un rôle essentiel. Le jeune Dwight grandit dans une ville et un Etat où on partage les valeurs mainstream dans lesquelles se reconnaissent une majorité d’Américains. Il intègre ensuite l’académie militaire de West Point, un choix qui conditionnera toute sa vie d’adulte. Sportif accompli, une blessure au genou l’empêche de poursuivre dans cette voie. Il se révèle un très bon coach qui apprend à ses hommes à gagner en leur expliquant que le football est une école de la vie. En 1915, il rencontre Mamie, celle qui sera sa femme et qui jouera un rôle important dans sa carrière.

La Première Guerre mondiale et ses lendemains

La guerre accélère les carrières en raison des besoins d’encadrement. Dwight est un bon logisticien à une époque où cette compétence est de plus en plus nécessaire. Il ne dispose d’aucune expérience réelle et se révèle pourtant très efficace. Il participe à la création des premières unités de chars de l’armée américaine. A vingt-sept ans, il occupe son premier commandement important mais il a l’immense douleur de perdre son premier enfant âgé de trois ans. Le retour à la paix ne dessine pas pour lui de perspectives enthousiasmantes. Il est ensuite actif du côté du canal de Panama. Il est ensuite chargé d’inventorier les lieux de bataille américains en Europe pour la rédaction d’un guide qui s’avérera un succès éditorial. Il commence à se créer un réseau important et devient un protégé de Conner et de Pershing.

De 1929 à la Seconde Guerre mondiale

Au département de la Guerre, il contribue à l’élaboration de la politique militaire du pays pour la première fois de sa carrière. Il devient l’adjoint de MacArthur. Lorsque la crise frappe les Etats-Unis, il n’a pas à craindre pour son emploi. Il a progressivement acquis une vision globale de ce qu’est une armée. C’est un homme d’Etat-major doublé d’un expert de l’institution militaire. Il participe ensuite à la construction d’une armée aux Philippines. L’absence de sa famille lui pèse malgré l’excitation du défi.

Un chef de guerre (1939-1945)

L’armée américaine n’est pas prête en 1939 à livrer un combat long et intense. Le colonel Eisenhower se révèle aussi un habile communicant lors des points presse. En quatre ans, il va passer du statut de simple général de brigade à celui de chef de guerre. Il devient, une fois la guerre déclarée, le responsable de toute la planification des opérations de l’armée de terre. A cinquante-et-un ans, il est l’homme le plus influent de l’armée de terre après Marshall. L’ouvrage détaille ensuite plusieurs de ses faits d’armes. Il y a notamment la planification d’un débarquement en Afrique du nord. Cette réussite lui vaut pour la première fois de faire la une de Time magazine. Il doit maintenant préparer la libération de l’Europe continentale. Il commande par consensus. Pour pouvoir vaincre l’Allemagne, il décide de mettre toutes les forces dans la bataille. En 1944, la production de guerre américaine est deux fois plus importante que celle des pays de l’Axe. Hélène Harter raconte ensuite le Débarquement et montre par exemple qu’il avait aussi prévu un message à diffuser en cas d’échec. A la fin de juillet, il a sous ses ordres 1,5 million de soldats. Après la victoire, il est célébré par un million de personnes qui viennent l’applaudir le long du trajet qui le mène du Pentagone à la Maison Blanche.

Vers la présidence des Etats-Unis

Eisenhower fait de la dénazification une priorité. Il perçoit les Soviétiques comme des frères d’armes qu’il respecte. Il est très sollicité aux Etats-Unis mais reste encore discret. Comme il n’a jamais indiqué d’appartenance à un parti, il est approché par des républicains et des démocrates. Il écrit ses mémoires de guerre qui sont un véritable succès. Après un rapide passage comme président d’université, il devient le premier commandant suprême de l’OTAN. Profitant de sa popularité, il bascule dans le monde politique. Il se situe pourtant dans une situation paradoxale car il est minoritaire au sein des instances du parti républicain. Il s’associe à Richard Nixon. Il obtient 55 % des voix du vote populaire et il rassemble 442 voix contre 89 à son adversaire au niveau des grands électeurs.

La première présidence d’Eisenhower

Avec l’opération Ajax contre l’Iran, Eisenhower autorise une action qui est un coup d’état alors qu’il n’y a pas de motif de guerre entre les deux pays. Le Congrès des Etats-Unis n’est pas tenu au courant. Il ne donne pas de consigne écrite et privilégie les briefings oraux. Au niveau intérieur, il sanctuarise les programmes de Sécurité sociale qui assurent aux Américains une retraite, une pension en cas de handicap et une aide ponctuelle au chômage. Les années de sa présidence sont celles de l’American Way of Life. Il ne se positionne pas clairement en faveur des droits civiques et, en même temps, il est le premier président à employer du personnel noir à la Maison Blanche qui ne soit pas cantonné à des tâches domestiques. En terme de présidence, il agit comme une main de fer dans un gant de velours. Il fait émerger la fonction de vice-président. Il généralise aussi l’usage de la télévision à la Maison Blanche.

Le second mandat

Il officialise sa candidature en février 1956 et, au même moment, il se montre transparent sur son état de santé. Il obtient plus de 57 % des voix. Ce second mandat se révèle beaucoup plus difficile. Avec lui, les Etats-Unis sont toujours un Etat de guerre froide et il n’a pas réussi à dépasser cette situation. Il est obnubilé par l’idée qu’il faut éviter à tout prix de diviser le pays. Il commence à cumuler les problèmes de santé. Ses relations avec Nixon sont complexes. Le revenu des ménages a augmenté de 15 % et le pays dispose à présent de plus de 40 000 ogives nucléaires. Il soutient mollement la candidature de Nixon mais il est décu par sa défaite aux élections de 1960.

La vie après la présidence

Il peut enfin profiter de la chasse et de la pêche, deux loisirs qu’il affectionne. Il doit s’habituer à cette nouvelle vie. Il s’en tient à un devoir de réserve en matière de politique étrangère mais il n’hésite pas à exprimer son désaccord sur les sujets qui concernent la politique nationale. Après plusieurs épisodes de maladies et opérations, il meurt en 1969.

Cette biographe très vivante d’Eisenhower permet de braquer le projecteur sur un président parfois minoré en terme de recherche historique. Elle révèle les différentes facettes de celui qui se présentait comme un Américain moyen.