La première coupe du monde féminine de basket a eu lieu au Chili en 1953. Des jeunes femmes vont s’affronter dans le climat de la Guerre Froide en cette année si particulière. Éliane Girod est l’une d’entre elles. » La valise d’Éliane » raconte ce moment unique pour la joueuse de la sélection suisse. Les deux auteurs, Jacobo Rivero et Raulowky puisent directement leur inspiration dans les souvenirs de la basketteuse.
Notre liberté n’est pas collective
Lorsque Éliane Girod prend le train le 27 février 1953 à 22 h 40 en compagnie des autres jeunes femmes de l’équipe, elle s’embarque pour un long périple. Cette mère de famille laisse derrière elle une petite fille, Corinne. Divorcée quand peu de femmes le sont, elle travaille dans un magasin de chaussures pour subvenir à leurs besoins. Indépendante et ivre de sport, rien ne peut entraver sa liberté. Passionnée de natation et de plongeon, née dans une famille de sportifs, Éliane est une femme bien en avance sur son époque. Repérée comme la meilleure joueuse de la sélection, elle commence son récit dès l’embarquement.
Le voyage entrepris par les équipes de Suisse et de France qui se sont rejointes à Paris est une odyssée en 1953. L’équivalent d’un voyage spatial aujourd’hui ! Train, bus, avion : le Chili est loin. Ainsi, lors de l’escale à Dakar, l’intrépide athlète réalise un rêve : découvrir l’Afrique. Comme tous les passagers de l’avion, elle reçoit son diplôme de passage de l’équateur avant de mettre un pied, enfin en Amérique du Sud. À Natal, l’avion est désinfecté avant de repartir pour Salvador de Bahia puis Rio. Le 3 mars 1953, à Buenos Aires, un match amical est organisé à la demande du général Perón. La rencontre France – Suisse a lieu dans le stade Évita Perón. La visite particulièrement encadrée de la ville et la soirée officielle à l’ambassade n’alertent pas, dans un premier les joueuses. Et pourtant, le regard d’Éliane devient plus attentif, très rapidement, à ce qui l’entoure.
« De vraies championnes »
Le magazine « Estadium » du 10 avril 1953 évoque » Un moment historique pour le sport » et dresse le portrait de dix joueuses. Ainsi, sous sa photographie, le journaliste décrit Éliane Girod comme « courageuse, intrépide et sans peur » : des traits de caractère aussi bien dans une salle de sport que dans la vie quotidienne. Le match du 7 mars 1953 est exceptionnel a plus d’un titre. Il oppose l’équipe nationale du pays hôte à la Suisse. L’ambiance est électrique dans le stade national du Chili. Un parquet en bois y a été installé au centre, 20.000 spectateurs totalement acquis à l’équipe chilienne s’entassent dans les tribunes. Cependant, la meilleure joueuse de l’équipe se blesse seule contre Éliane, la tension est à son comble. Mais, la défaite est inévitable et la Suisse perd 37 – 28 dans un match épique.
Les États-Unis battent le Chili en finale. L’équipe américaine remporte le premier championnat du monde féminin de basket-ball 1953. La France est troisième, la Suisse et Éliane Girod n’atteignent pas la poule finale. Bien au-delà du résultat, l’aventure de cette femme et de ses co-équipières est exceptionnelle au milieu du XXe siècle. De surcroît, certains journalistes ne masquent pas leur misogynie dans la presse. Il faut dire que la Fédération Internationale de Basketball a de l’avance sur son temps. Après l’Euro féminin de basket en 1952 à Moscou, le championnat du monde écrit une nouvelle page.
Une histoire vraie
Accompagné d’un exceptionnel dossier, le roman graphique signé Jacobo Rivero et Raulowsky plonge le lecteur dans l’atmosphère qui régnait sur le globe au moment de la mort de Staline. Des images d’archive des joueuses, l’affiche officielle de la Coupe du monde féminine ou la feuille du match Pérou – France témoignent de l’ampleur de cet événement. Plus encore, le sourire d’Éliane Girod, vêtue d’une robe à pois, capturé sur une photographie en noir et blanc témoigne de la femme qu’elle fût. Passionnée de musique, les auteurs ont reconstitué d’ailleurs la playlist qu’elle a pu écouter. Rien n’a été laissé au hasard y compris l’évolution des règles du jeu.
Grâce au dépôt de ces documents à la FIBA, les enfants d’Éliane ont permis de donner une nouvelle vie au parcours exceptionnel de leur mère. Plus encore, ils offrent un nouvel angle de lecture de la Guerre Froide et de la condition féminine à cette époque à la source de ce petit ouvrage. La figure pionnière d’Éliane Girod est une femme inspirante pour toutes. Une découverte passionnante.



