Ce numéro des « Chroniques d’Histoire Maçonnique »[1] n° 96 (Automne-Hiver 2025) : « Nouvelles recherches, nouvelles archives », dernière parution de l’année 2025, est composé de l’habituel avant-propos du Comité de rédaction et d’un dossier (p. 4-92) comportant sept articles. Ce numéro 96 des CHM est issu de la journée d’études organisée par l’IDERM qui s’est déroulée à la bibliothèque siège de l’IDERM dans l’après-midi du 15 juin 2024 (13h30-17h), dans le cadre des 5e Conférence Internationale d’Histoire de la Franc-Maçonnerie des 14 et 15 juin 2024, au siège du GODF rue Cadet à Paris.
DOSSIER
- * Inventaire de rituels et documents conservant les degrés du R.E.A.A. du 4e au 14e: méthodologie, application, retour sur expérience (par Maurice Weber) : p. 4-13
Le premier article est la contribution de Maurice Weber sur le travail des membres de la Commission d’histoire de l’Aréopage de Recherches Sources du Suprême Conseil des Rites Ecossais sur les grades de Perfection du 4e au 14e degré. Outre l’intérêt du sujet, la contribution montre l’efficacité du travail collectif quand des thèmes d’études ou des fonds d’archives sont très vastes comme le prouve l’annexe de l’article recensant les rituels des grades de perfection des 4e au 14e degré allant du XVIIIe siècle à 1805.
* Strasbourg : le Legs Gerschel aux Archives de la Ville et de l’Eurométropole (par Philippe Wiedenhoff) : p. 14-23
Le deuxième article est la communication de Philippe Wiedenhoff concernant le fonds Gerschel conservé aux archives de la ville et de l’Eurométropole de Strasbourg. La démarche collective est aussi celle qui est suivie dans les travaux menés autour du fonds Gerschel réunissant des documents de plusieurs loges strasbourgeoises de langue française, soit de 1919 à 1940. L’auteur fait la présentation du Legs Gerschel, de la famille Gerschel et du parcours des documents, du contenu du fonds et de la difficulté de son inventaire puis, enfin, de l’étude et des travaux en cours et/ou à envisager.
* Lyon : le fonds Chomarat… et autres fonds maçonniques (par Didier Bouillot) : p. 24-35
Le troisième article est tiré de l’intervention de Didier Bouillot, membre de l’IDERM Rhône Alpes de Lyon, qui fait le point sur le fonds Chomarat et sur les autres fonds maçonniques lyonnais. Le fonds Chomarat est celui de l’éditeur Michel Chomarat, activiste gay, franc-maçon au GODF (travaillant au rite RER), notable marginal et anarchiste lyonnais vouant une passion pour la mort. Ce fonds est constitué de 1 423 références et déposé à la Bibliothèque municipale de Lyon (BML). Cette dernière accueille également d’autres fonds maçonniques (fonds Jésuite, Coste, Papus, Bricaud, Willermoz et de l’IDERM de Gadagne).
* Lyon : le fonds du Patronage des Enfants Pauvres de la ville de Lyon et de ses Faubourgs (par Yves Grange) : p. 36-51
Avec le quatrième article emprunt à la contribution d’Yves Grange (membre également de l’IDERM Rhône-Alpes de Lyon) qui est consacrée au fonds d’archives du Patronage des Enfants Pauvres de la ville de Lyon et de ses Faubourgs. Cette société a été fondée en 1840 par des francs-maçons lyonnais et a été reconnue d’intérêt publique en 1850 jusqu’à nos jours. Depuis 2023, l’IDERM de Rhône-Alpes étudie ce fonds en présentant régulièrement une fois par mois les résultats des travaux de janvier à juin depuis deux ans, sur le site des archives municipales de Lyon-Perrache. L’auteur présente les trois fondateurs du Patronage et son fonctionnement avec les pupilles et les donateurs sans oublier les « Patrons », parrains et marraines. Le fonds est particulièrement riche sur l’économie et la politique du patronage. L’article se conclue par une courte bibliographie et par deux annexes : annexe 1 est la présentation sommaire du fonds du Patronage (pré-inventaire) et l’annexe 2 est la biographie succincte des trois principaux fondateurs de la Société du Patronage de Lyon (les francs-maçons Bertholon, Bergier et Vachez).
* Les archives de Cadix : une nouvelle source d’étude pour la franc-maçonnerie hispanophone (par Antonio Morales Benitez) : p. 52-65
Après ces trois contributions sur des chantiers français, ce sont deux autres projets menés dans la péninsule ibérique, le premier en Espagne et le second au Portugal qui sont présentés ci-dessous. Dans sa communication consacrée au fonds maçonnique qui a été déposé au printemps 2022 aux archives de Cadix, ce dernier constitue un nouveau centre d’études de la franc-maçonnerie hispanophone que présente Antonio Morales Benitez, chercheur rattaché au dynamique Centre des Études Historiques de la Maçonnerie Espagnole (CEHME). La franc-maçonnerie espagnole s’est imposée particulièrement dans la province d’Andalousie grâce à la ville portuaire de Cadix, libérale cosmopolite et ouverte aux idées nouvelles venues de l’extérieur ; de fait, cette dernière s’est imposée comme le bastion de la franc-maçonnerie espagnole tout au long du XIXe siècle en comptant le plus grand nombre de loges et de francs-maçons en Espagne, sans oublier son rôle de diffusion de la franc-maçonnerie dans tout l’empire colonial espagnol. Cadix a aussi bénéficié de la proximité de la colonie anglaise de Gibraltar. Le dépôt maçonnique de Cadix a été déposé dans le bâtiment du Centre culturel de la Reine Sophie en 2018, appartenant à la mairie de Cadix, grâce à un accord en 2019 entre le CEHME (créé en 1983) et la Fondation Joly pour la garde, conservation, administration et la diffusion des fonds afin d’intensifier le développement et les études scientifique autour de ce fonds. Ce dernier est constitué en partie par les archives du CEHME produites depuis plus de 40 ans et des archives personnels du professeur Ferrer Benimeli, l’un des plus grands spécialistes de l’histoire maçonnique hispanophone. En sus, il reste les sources imprimées sur tout l’espace maçonnique hispanophone (colonial ou non) comme l’Espagne, Gibraltar, Ceuta et Maroc, Cuba, Philippines, USA, France, etc… De plus, en 1985, le CEHME a lancé la constitution d’une base de données recensant les loges et les francs-maçons espagnols dans le monde entier. Enfin, la Fondation Joly possède son propre fonds général et a reçu en 2024 une partie des archives personnelles du professeur Enriquez del Arbol, spécialiste de l’histoire de la franc-maçonnerie andalouse.
* Les archives du GOLU (Grand Orient Lusitanien Uni) : de nouvelles perspectives pour l’histoire de la franc-maçonnerie au Portugal et dans ses colonies (par Joaquim Grave dos Santos) : p. 66-77
Avec le sixième article issu de la communication consacrée aux archives du Grand Orient de Lusitanie Uni (GOLU) de Joaquim Grave dos Santos, responsable des archives de l’obédience portugaise, l’auteur montre que l’histoire des archives du GOLU reflète étroitement celle de la franc-maçonnerie portugaise ainsi que celle des colonies de l’empire portugais. En effet, l’histoire très troublée de la franc-maçonnerie portugaise fait que de nombreuses archives de la GOLU ont été détruites depuis le XIXe siècle jusqu’à 1974. Des archives concernant des loges hors du Portugal existent également (Espagne, Roumanie et Bulgarie) ainsi que des loges dans les colonies portugaises (Zambie, Rhodésie, Malawi, Mozambique, Angola, Cap-Vert, Sao Tomé et Principe, Guinée, Inde et Macao et Timor). Pendant un demi-siècle, un long travail de collecte et de numérisation puis de valorisation a été fait auquel participent le Musée Maçonnique Portugais (MMP) et l’Institut Portugais d’Études Maçonniques (IPEM).
* Qui se souvient des premiers maçons de Craon ? Une « enquête pour que le passé des hommes ne s’oublie avec le temps » dans les archives départementales de la Mayenne (par Alban Chuniaud) : p. 78-90
Pour achever le numéro, il est présenté les résultats de l’un de ces « micro-chantiers » ouverts dans les villes et départements maçonniquement moins peuplés que les grandes métropoles régionales. À travers l’exemple de la Mayenne, Alban Chuniaud montre aussi, en restituant l’histoire et l’identité des frères d’une petite loge oubliée de l’orient de Craon, à quel point, quelle que soit l’échelle, la recherche archivistique permet d’améliorer et d’approfondir la connaissance de la franc-maçonnerie locale qui réserve encore des surprises obligeant de réviser l’histoire de la franc-maçonnerie dans l’ouest de la France.
[1] La revue « Chroniques d’Histoire Maçonnique » – ou CHM pour les initiés – (publiée depuis 1982) est présentée par le service de presse de l’association Les Clionautes, dans le cadre de la rubrique La Cliothèque, depuis avril 2012 (n° 70). Cette revue réunit des travaux de chercheurs français (pour la plupart) sur les évolutions historiques de la Franc-Maçonnerie française, liée à la plus importante obédience française : c’est-à-dire le Grand Orient De France ou GODF. L’abonnement annuel à la revue Chroniques d’histoire maçonnique comprend 2 publications semestrielles par an (Printemps-Été et Automne-Hiver) éditées en décembre et juin. Cette revue est réalisée avec le concours de l’IDERM (Institut d’Études et de Recherches Maçonniques) et du Service Bibliothèque-archives-musée de l’Obédience du Grand Orient De France (GODF). L’éditeur délégué est Conform Édition.


