Dernier paru dans la collection « Mondes Anciens » des éditions Belin, cet ouvrage a été supervisé par Catherine Virlouvet, directrice de l’École française de Rome, et rédigé par Nicolas Tran et Patrice Faure, respectivement enseignants à l’université de Poitiers et à l’université Jean-Moulin Lyon 3.

« Rome, cité universelle » constitue le premier élément d’un ensemble de trois ouvrages dont deux sont encore à paraître. Ce premier tome traduit la volonté des auteurs d’axer leur propos autour de la question de la citoyenneté. Il couvre la période s’étendant de 70 av. J.-C. à 212 de notre ère, depuis le recensement ouvrant le corps civique romain aux Italiens consécutivement à la Guerre Sociale (91-89 av. J.-C) jusqu’à la Constitution antonine (ou édit de Caracalla) attribuant la citoyenneté à tous les hommes libres de l’Empire.

L’ouvrage est divisé en 11 chapitres dont les six premiers suivent un fil chronologique. L’objectif est de montrer les multiples adaptations d’un modèle politique et civique face à des contextes changeants, avec comme période charnière le principat d’Auguste. Les premiers chapitres abordent les Guerres civiles nées de l’opposition de César et de Pompée, puis d’Octavien et de Marc-Antoine, une période de crise qui porte en elle les germes d’un renouveau. L’émergence de la figure de l’homme providentiel ou encore la prétention à une domination universelle affirmée par Pompée forment un héritage qu’Auguste parvient ensuite à faire fructifier. Se présentant comme un refondateur, le premier empereur de Rome est par bien des aspects un continuateur.

Après lui, les règnes des empereurs sont analysés et replacés dans leur contexte. La question de la transmission du pouvoir a particulièrement intéressé les auteurs. Les fins de règnes peuvent se traduire, en cas de difficultés, par un changement dynastique comme cela se produit en 69 lorsque les Flaviens s’emparent du pouvoir ou en 193 avec l’avènement des Sévères. A chaque fois, des arbres généalogiques apportent la clarté nécessaire au lecteur pour se repérer dans les ramifications complexes engendrées par les politiques matrimoniales du milieu impérial.

Les cinq chapitres suivants sont thématiques (Guerres et paix dans l’Empire romain, Les Romains et le monde, Vivre dans la Rome des Césars, Hiérarchies et relations sociales dans l’Empire romain, Les deux patries : citoyenneté et adhésion à l’empire). Ils permettent d’aborder des questions transversales et de réévaluer certains aspects ou concepts telle que la paix romaine qui tend à masquer des formes d’instabilité et de contestations, ou de revenir sur la prolétarisation des légions longtemps attribuée à Marius.

Chacun de ces chapitres comporte des éclairages sous forme d’encadrés faisant le point sur des thèmes particuliers tels que les contacts entre Rome et la Chine (p. 510), Rome et le judaïsme (p. 622) ou encore la modification de l’environnement liée à l’expansion et à la domination romaines (p. 655), autant de thématiques qui reflètent les évolutions historiographiques récentes.

Comme l’éditeur nous y a habitué depuis sa collection « Histoire de France », la dernière partie de l’ouvrage est consacrée à « l’atelier de l’historien » qui propose des approfondissements sur des points précis. Cela offre l’opportunité de revenir sur le concept de romanisation qui a fait l’objet de bien des critiques. Si ce concept n’est pas indispensable selon les auteurs, il ne faudrait pas que son abandon se traduise par un appauvrissement de la grille de lecture de l’historien. Un autre éclairage porte sur l’épigraphie dont l’importance est soulignée pour la construction historique de la période antique. Le dernier thème nous confronte aux évolutions technologiques qui bouleversent le métier d’historien avec le développement de l’imagerie scientifique, l’utilisation du géoradar, autant d’innovations qui contribuent au renouvellement de la discipline. Ces technologies permettent de trancher certains débats anciens, mais les auteurs soulignent que cela doit s’accompagner d’un indispensable renouvellement des questionnements afin de « faire du neuf avec du neuf » (p. 808).

Cet ouvrage, à la fois clair et détaillé, ouvre une très belle porte d’entrée sur l’histoire romaine en couvrant un champ large sans jamais perdre le lecteur dans des détails inutiles. Les illustrations, nombreuses, variées et de grande qualité, permettent d’incarner le propos par des documents célèbres et presque attendus comme la statue d’Auguste dite de Prima Porta, mais aussi par d’autres beaucoup moins connus qui raviront tous les lecteurs y compris les plus initiés.